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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404070

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404070

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 20 mars 2024, M. E F A et Mme B D, représentés par Me Bourgeois, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er mars 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à C a refusé de délivrer à Mme B D un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent dans le dernier état de ses écritures que :

- la condition d'urgence est satisfaite : M. E F A se marie le 6 avril 2024 à Ezanville dans le Val d'Oise. La présence de sa mère à cet évènement revêt une importance particulière, d'autant plus qu'elle est son seul parent vivant, son père étant décédé en 2020. Le mariage prévu depuis le mois de juillet 2023 ne peut bien évidemment pas être délocalisé en Centrafrique.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux conditions de délivrance du visa de court séjour ; Mme B D justifie remplir les conditions de délivrance d'un tel visa ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant au risque de détournement de l'objet du visa. Mme B D est âgée de 60 ans et a passé toute sa vie en Centrafrique où elle vit auprès de ses frères et sœurs ainsi que l'un de ses fils à C. Elle possède et gère deux terrains et deux maisons à son nom à C, dont l'une est actuellement en location. Elle perçoit également une pension de retraite de l'Etat Centrafricain, ce qui lui permet d'être autonome financièrement. De plus, elle est très implantée dans la communauté chrétienne locale où elle supervise activement la construction de l'église Cattin 1 et s'occupe des orphelins. Elle n'a aucune intention de quitter son pays d'origine où elle a toutes ses attaches ; elle souhaite juste assister au mariage de son fils, ce qui apparait légitime ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : ce mariage étant celui d'un proche et non de la requérante elle-même, la présence de celle-ci n'est pas requise pour que la cérémonie ait lieu et rien n'indique qu'elle soit empêchée de voir les membres de sa famille dans d'autres circonstances.

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. La requérante dispose d'attaches personnelles fortes en France, davantage qu'en Centrafrique, d'où un risque de mésusage de son droit au visa.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2024 à 09h30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Bourgeois, avocat des requérants.

La clôture de l'instruction a été reportée au 28 mars 2024 à 14h00.

Une note en délibéré, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 28 mars 2024 à 12h52. Elle a été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E F A et Mme B D demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 1er mars 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à C a refusé de délivrer à cette dernière, ressortissante centrafricaine née le 4 avril 1964, un visa d'entrée et de court séjour en France afin d'assister, le 6 avril 2024, au mariage de son fils, M. A.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'objet du référé organisé par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'autorité administrative ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de cette autorité pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que cette autorité ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

4. En premier lieu, si le ministre de l'intérieur fait valoir que Mme B D ne justifie pas suffisamment d'attaches familiales et matérielles en Centrafrique, l'intéressée, qui fait état de ce qu'elle souhaite simplement assister au mariage de son fils, démontre, par les pièces qu'elle produit, qu'elle dispose dans son pays de la présence de ses frères et sœurs, mais aussi d'un autre de ses fils, ainsi que de nombreux biens matériels, qu'elle est engagée socialement en qualité de bénévole et qu'elle est financièrement autonome. Par suite, alors qu'il n'est pas allégué par le ministre, au demeurant non représenté à l'audience, que l'intéressée n'aurait pas respecté dans le passé les termes de précédents visas, le moyen tiré de ce que la décision attaquée, prise au motif qu' " il existe des doutes raisonnables quant à [la] volonté [de Mme B D] de quitter le territoire des états membres avant l'expiration du visa ", est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

5. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux démarches accomplies par Mme B D pour pouvoir être présente au mariage de son fils et à la proximité de cet évènement organisé le 6 avril 2024, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme étant satisfaite, ce que le ministre de l'intérieur ne conteste d'ailleurs pas sérieusement dans ses écritures.

6. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard au motif qui la fonde, la présente ordonnance implique nécessairement que la demande de Mme B D soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder, dans le délai de sept jours tel que sollicité, à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 800 euros au titre des frais exposés par M. E F A et par Mme B D et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 1er mars 2024 de l'autorité consulaire française à C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la demande de Mme B D, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. E F A et à Mme B D la somme globale de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E F A, à Mme B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 28 mars 2024.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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