mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2404115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars 2024 et le 17 janvier 2025, M. A C et M. B C, représentés par Me Allioux, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel la maire de Nantes a délivré à la société Eiffage Aménagement un permis d'aménager valant permis de démolir en vue de la réalisation d'un lotissement de dix lots à bâtir sur un terrain cadastré section RV n°262 sis 25, rue du Ranzay sur le site des Batignolles à Nantes, modifié par un arrêté de la maire de Nantes du 9 juillet 2024 portant permis d'aménager modificatif, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nantes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les arrêtés attaqués méconnaissent l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme ;
-ils ont été pris au vu d'une étude d'impact insuffisante s'agissant des impacts sur l'environnement, le réseau routier et le trafic existants ;
-ils méconnaissent l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme et L. 122-2-1 du code de l'environnement, faute d'être assorti des prescriptions spéciales en matière d'urbanisme destinées à éviter, réduire et compenser les effets notables du projet ;
- ils méconnaissent, eu égard au règlement du lotissement, les dispositions des articles UE 1.2 et A.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes Métropole ;
-ils méconnaissent l'article B.3.1 de la zone UE du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes Métropole ;
- le permis d'aménager modificatif est illégal par voie de conséquence de l'illégalité du permis d'aménager initial.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, la commune de Nantes, représentée par Me Vic, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 mai 2024 et le 20 janvier 2025, la société Eiffage Aménagement, représentée par Me Cherel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des courriers du 2 décembre 2024 et du 20 janvier 2025, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Par des observations, enregistrées le 24 janvier 2025, la société Eiffage Aménagement, représentée par Me Cherel, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Un mémoire en défense, présenté par la société Eiffage Aménagement, enregistré le 24 janvier 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Allioux, avocat des requérants,
- les observations de Me Vic, avocat de la commune de Nantes,
- et les observations de Me Cherel, avocate de la société Eiffage Aménagement.
Une note en délibéré, présentée pour MM. C, a été enregistrée le 30 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. La société Eiffage Aménagement a déposé une demande de permis d'aménager le 11 janvier 2023, ayant pour objet l'aménagement d'un quartier d'hôtels industriels sur la parcelle cadastrée RV n°262 située au 25, rue du Ranzay à Nantes, d'une superficie de 82 450 m2 et classée en secteurs UMb et UEi du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes Métropole, correspondant à l'aménagement du fragment nord du site industriel des Batignolles. Le projet prévoit, selon une programmation d'opérations immobilières à destination d'activités tertiaires et industrielles sur une superficie totale de 79 359 m2, la réalisation de voies de desserte et venelles, d'un parking silo et la reconfiguration de l'ancien site industriel dit site Kelvion. La mission régionale d'autorité environnementale Pays-de-la-Loire a rendu son avis le 27 mars 2023. Une enquête publique s'est tenue du 14 juin au 13 juillet 2023, le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable le 11 août suivant. Par un arrêté du 20 septembre 2023, la maire de Nantes a délivré à la société Eiffage Aménagement un permis d'aménager sur la parcelle cadastrée section RV n°262 pour la démolition de constructions et la création d'un lotissement de 10 lots, d'une surface de plancher maximum de 52 316 m2. Par un arrêté du 9 juillet 2024, la maire de Nantes a délivré un permis d'aménager modificatif, les modifications portant notamment sur la protection d'une haie et d'arbres d'intérêt patrimonial. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2023 modifié par l'arrêté du 9 juillet 2024 et du rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme :
2. Aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / () 3° Les projets et opérations d'aménagement ou de construction ayant pour effet de modifier de façon substantielle le cadre de vie, notamment ceux susceptibles d'affecter l'environnement, au sens de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, ou l'activité économique, dont la liste est arrêtée par décret en Conseil d'Etat ; / 4° Les projets de renouvellement urbain ".
3. Les opérations d'aménagement soumises à concertation en application du 3° de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme sont énumérées à l'article R. 103-1 de ce code, dans le champ duquel le projet en cause n'entre pas. En outre, et en l'absence de toute autre précision, il y a lieu de considérer que les " projets de renouvellement urbain " visés par le 4° de l'article L. 103-2 sont ceux prévus par la loi n° 2003-710 du 1er août 2003 d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine. A ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'opération d'aménagement autorisée par l'arrêté attaqué constitue un projet d'aménagement ou de renouvellement urbain, au sens et pour l'application du 3° et 4° de l'article L. 103-2. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de soumission du projet à la concertation prévue par ces dispositions doit être écarté.
En ce qui concerne l'étude d'impact :
4. Aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / () / 2° Une description du projet, y compris en particulier : / () / 3° Une description des aspects pertinents de l'état initial de l'environnement, et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport à l'état initial de l'environnement peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; /4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : () ".
5. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
6. S'agissant de l'analyse de l'étude initiale de la circulation, l'étude d'impact mentionne que " les deux voies majeures environnantes sont saturées. Les connexions viaires débouchant à proximité du Grand Clos ne sont pas envisageables. Le stationnement est coûteux dans le quartier " et fait état de ce que " le boulevard Jules Verne est un axe accidentogène dans ses tronçons sud et nord ". S'agissant des impacts du projet lors de la phase d'exploitation, l'étude d'impact relève qu'" il est prévu d'implanter un parking silo de 271 places ainsi que 10 places sur l'opération Kelvion et 93 places à l'arrière de la nef B ", et s'agissant de la circulation automobile et de poids lourds, que " la capacité de réserve nominale de chaque giratoire est satisfaisante. Bien que le trafic soit parfois chargé cela n'implique de véritable saturation. Le plus souvent, ce sont les saturations des carrefours en aval qui bloquent le giratoire étudié ". L'étude d'impact conclut que le projet entrainera un impact résiduel faible à nul sur la circulation et le stationnement automobile.
7. Le contexte particulier de la période au cours de laquelle a été réalisée l'évaluation du trafic routier existant a été explicité par l'auteur de l'étude d'impact qui précise que " les données de trafic entre 2020 et 2021 sont à prendre avec précaution compte tenu de la situation sanitaire exceptionnelle qui engendre de nouveaux comportements (télétravail, couvre-feu à 18h00) ". Les spécificités de cette situation conjoncturelle ont été prises en compte avec l'application de coefficients correcteurs, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils seraient erronés, dès lors que les données ainsi ajustées sont cohérentes avec la trajectoire de l'évolution du trafic sur les années précédentes. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces données seraient erronées ou que les flux de circulation auraient significativement augmenté depuis lors. En outre, le trafic supplémentaire généré par le projet, décrit de façon suffisante pour en permettre une évaluation pertinente, n'apparaît pas disproportionné par rapport à l'existant, compte tenu des capacités du réseau et des aménagements projetés visant à favoriser d'autres modes de déplacements ainsi que les transports collectifs. Dans ces conditions, les données de l'étude d'impact relatives à l'état initial du trafic et aux incidences du projet sur les transports et en particulier la circulation routière, ne sont pas de nature à caractériser à elles seules une insuffisance de l'étude d'impact susceptible d'entacher d'illégalité l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact doit être écarté.
En ce qui concerne l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme :
8. Il résulte de l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme, d'une part, et des articles L. 122-1, R. 122-2 et R. 122-14 du code de l'environnement, d'autre part, que, lorsque le projet autorisé par le permis de construire est soumis à une étude d'impact en application du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, notamment des lignes 36° et 37°, le permis de construire doit, à peine d'illégalité, être assorti, le cas échéant, des prescriptions spéciales imposant au demandeur, en plus de celles déjà prévues par la demande, d'une part, les mesures appropriées et suffisantes pour assurer le respect du principe de prévention, destinées à éviter, réduire et, lorsque c'est possible, compenser les effets négatifs notables du projet de construction ou d'aménagement sur l'environnement ou la santé humaine (mesures dites ERC) et, d'autre part, les mesures de suivi, tant des effets du projet sur l'environnement que des mesures destinées à éviter, réduire et, lorsque c'est possible, compenser ces effets.
9. Il ressort des pièces du dossier que les mesures d'évitement, de réduction, de compensation et d'accompagnement du projet, relevant de la police de l'urbanisme, et mentionnées dans l'étude d'impact, ont été intégrées dès la conception du projet d'aménagement, tel qu'autorisé par l'arrêté attaqué. Compte tenu de l'intégration de ces mesures, au vu de la synthèse des incidences et impacts du projet figurant à l'étude d'impact, l'opération d'aménagement n'a pas d'impact résiduel susceptible d'être qualifié de fort sur l'environnement. En particulier, au vu de la notice descriptive du projet dans son dernier état tel qu'autorisé le 9 juillet 2024, cette opération autorisée ne prévoit aucun parking souterrain sur le site Kelvion, mais une mutualisation de l'ensemble des stationnements à l'échelle d'un seul parking silo, à laquelle doivent se conformer les demandes d'autorisation d'urbanisme à délivrer dans le périmètre du lotissement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués auraient dû être assortis de prescriptions supplémentaires interdisant la réalisation de parkings souterrains. Par ailleurs, l'épannelage des bâtiments donnant sur la rue de Koufra, a été, contrairement à ce que soutiennent les requérants, au vu de la notice descriptive et du projet de règlement mentionné au a) de l'article L. 442-6 du code de l'urbanisme, intégré au projet dans son dernier état tel qu'autorisé par l'arrêté du 9 juillet 2024. L'ensemble de ces éléments permettaient à la maire de Nantes de délivrer le permis d'aménager, sans prescription complémentaire, en sus de celles dont l'arrêté attaqué du 9 juillet 2024 est assorti, et des caractéristiques du projet tel qu'autorisé par cet arrêté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que de telles prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, sur lesquelles les requérants ne présentent aucune précision, seraient susceptibles de limiter davantage, compte tenu du dernier état du projet, ses éventuels impacts négatifs sur l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes Métropole :
10. Aux termes de l'article UEi 1.2 " Dispositions applicables à la zone UE " : " Le secteur UEi est exclusivement dédié aux activités industrielles, logistiques et de commerces de gros susceptibles de générer des risques ou des nuisances ". Aux termes de l'article UEI A.2.1 " Dans toute la zone UE " : " Sont admis, sous conditions, les usages et affectations des sols suivants : / - Les constructions, extensions, réhabilitations relevant de la sous-destination Bureau à condition qu'elles soient nécessaires à l'exercice d'une activité implantée sur le site d'activités ; () ". Ainsi, seuls les bureaux directement en lien avec les activités implantées sur le site peuvent être autorisées en zone UEi du PLUm.
11. Il ressort des dispositions de l'article UE A.2.1 du règlement du PLUm que les bureaux ne peuvent être autorisés en zone UEi qu'à la condition qu'ils soient nécessaires à l'exercice d'une activité implantée sur le site d'activités, qui en vertu de l'article UEi 1.2, relève exclusivement des " activités industrielles, logistiques et de commerces de gros, susceptibles de générer des risques ou des nuisances ".
12. L'article R. 442-6 du code de l'urbanisme, relatif aux demandes de permis d'aménager un lotissement, dispose que : " Le dossier de la demande est, s'il y a lieu, complété par les pièces suivantes : / a) Un projet de règlement, s'il est envisagé d'apporter des compléments aux règles d'urbanisme en vigueur ; / (). ". En l'espèce, le projet de règlement prévu au a) de l'article R. 442-6 du code de l'urbanisme qui mentionne à titre indicatif une répartition des surfaces entre activités industrielles et activités tertiaires, dispose également que " l'équilibre général de surfaces de planchers entre activités et bureaux de l'opération d'aménagement se fait à l'échelle du permis d'aménager, dans le cadre d'un permis "à la carte" (cf Cerfa). Cependant, chaque opération immobilière, développée dans le cadre d'une future déclaration préalable ou d'un futur permis de construire, doit également assurer la mixité activités / bureaux pour répondre aux exigences du PLUm en zone UEi ".
13. Alors que les dispositions du règlement du PLUm relatives à la zone UEi ne fixent aucun seuil limitant la surface de plancher, susceptible d'être créée, de bureaux en lien avec les activités industrielles autorisées dans cette zone, les mentions du projet de règlement qui se bornent à projeter à titre indicatif des surfaces pour le développement des activités tertiaires, n'ont ni pour objet ni pour effet d'autoriser l'implantation de bureaux qui ne seraient pas nécessaire à une activité industrielle autorisée dans cette zone. Dès lors le projet n'est pas incompatible avec cette règle d'urbanisme dont le contrôle devra être assuré ultérieurement lors de la délivrance des autorisations de construire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles UEi 1.2 et UE A 2.1 du règlement du PLUm applicable à la zone UE doit être écarté.
En ce qui concerne le coefficient de biotope par surface :
14. Il résulte des articles L. 442-1, L. 442-1-2 et R. 442-1 du code de l'urbanisme que la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière constitue un lotissement dès lors que l'un au moins des terrains issus de cette division est destiné à être bâti. Le périmètre du lotissement peut ainsi, au choix du lotisseur, ne comprendre qu'un unique lot à bâtir ou comprendre, avec un ou des lots à bâtir, des parties déjà bâties de l'unité foncière.
15. Il ressort des pièces du dossier que le règlement écrit du PLUm a institué, au sein des règles afférentes au traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et des abords des constructions, un outil, dénommé " coefficient de biotope par surface " (CBS), destiné à évaluer et assurer la qualité environnementale des unités foncières. L'article B.3.2 de la 1ère partie du règlement prévoit à cet effet que " Tout projet de construction nouvelle ou d'extension, situé dans une zone où s'applique un coefficient de biotope par surface, doit comprendre une proportion de surfaces favorables à la biodiversité, au cycle de l'eau et à la régulation du microclimat, dites surfaces éco-aménagées. / Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, les règles de CBS édictées par le PLUm sont appliquées à la parcelle, déduction faite du CBS déjà atteint par les espaces communs de l'opération ".
16. La formule de calcul du CBS, présentée dans l'article B.3.2 des dispositions générales du règlement du PLUm, résulte du rapport entre, d'une part, les " surfaces éco-aménagées ", qui sont déclinées en dix types différents selon leur nature (liée à leur caractère d'espaces de pleine terre, à leur caractère perméable, partiellement perméable ou imperméable ou à l'épaisseur de terre végétale recouvrant les surfaces imperméables) et pondérées par un coefficient propre à chaque type de surface et, d'autre part, la surface du terrain d'assiette. La valeur minimale requise du CBS est de 0,30 en zone UE.
17. Par ailleurs, et par dérogation à la formule générale de calcul du CBS, présentée dans l'article B.3.2 des dispositions générales du règlement du PLUm, le point 6 de cet article B.3.2 dispose que " Dans le cas d'un projet qui prévoit, sur une même unité foncière et dans le cadre d'une autorisation de construire unique, d'une part le maintien d'emprises bâties (qu'elles soient réhabilitées ou non) et d'autre part, la réalisation de constructions neuves ou d'extension limitée de constructions existantes, le CBS applicable est défini en tenant compte de la surface du terrain d'assiette du projet à laquelle soustraite l'emprise au sol des constructions existantes et de leur extension limitée puisque le CBS n'est pas applicable aux extensions limitées et aux réhabilitations ". Enfin, les dispositions de l'article B.3.2 de ces dispositions prévoient que : " Le CBS n'est pas applicable aux extensions limitées, aux surélévations et aux réhabilitations de constructions ainsi qu'à la construction d'annexe ".
18. Contrairement à ce qui est soutenu en défense par la commune de Nantes, les dispositions dérogatoires du point 6 de l'article B.3.2 des dispositions générales du règlement du PLUm ne sont pas applicables au projet en cause faisant l'objet du permis d'aménager attaqué et non d'une autorisation de construire unique. Mais dans un tel cas, les dispositions de l'article B.3.2 applicables au projet prévoient que les règles de CBS édictées par le PLUm doivent être appliquées à la parcelle, déduction faite du CBS déjà atteint par les espaces communs de l'opération d'aménagement. Un lotissement pouvant comprendre des lots à bâtir comme des parties déjà bâties de l'unité foncière, la circonstance que le projet en cause comprend la restructuration du site Kelvion et de la nef B ne suffit pas à faire obstacle à l'application des dispositions de l'article B.3.2 précitées relatives aux lotissements. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le CBS relatif au projet devrait correspondre au rapport entre les surfaces éco-aménagées des espaces communs du lotissement et la totalité de l'unité foncière.
19. Au vu de la notice, non remise en cause sur ce point par les requérants, le coefficient de biotope par surface (CBS) des espaces éco-aménagés communs est de 0,46. Compte tenu de ce coefficient, il ne ressort pas des pièces du dossier que les opérations prévues sur chaque lot ne pourraient atteindre le CBS résultant de l'application des dispositions précitées de l'article B.3.2. En particulier, le projet de règlement de lotissement prévoit que sur chaque lot, tout projet de construction neuve doit satisfaire à un CBS de 0,3. Il résulte en outre des dispositions précitées de l'article B.3.2 que le CBS n'est pas applicable aux lots, tel que celui relatif à la nef B, qui ne consiste qu'en la réhabilitation de constructions existantes. Enfin, s'agissant du site Kelvion, il ne ressort pas des pièces du dossier que le CBS de l'opération, qui devra être calculé sans prendre en compte au dénominateur l'emprise au sol des constructions existantes dès lors que celles-ci doivent être réhabilitées, ne pourrait être conforme à celui à atteindre en application des dispositions précitées.
20. Enfin, s'agissant de la transformation d'une surface de 2 127 m2 en pleine terre, correspondant à l'emprise du " décroutage du site Kelvion ", transformé en jardin des Portiques, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette surface qui a vocation à être renaturée à terme aurait été prise en compte dans le calcul du CBS relatif aux surfaces éco-aménagées des espaces communs au lotissement.
21. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article B 3.1 applicable à la zone UE du règlement du PLUm doit être écarté en toutes ses branches.
22. Eu égard à ce qui précède, le permis d'aménager initial n'étant entaché d'aucune illégalité qui n'aurait pas été régularisée par le permis d'aménager modificatif du 9 juillet 2024, le moyen tiré de l'illégalité, par la voie d'exception, de l'arrêté du 20 septembre 2023, soulevé à l'encontre de l'arrêté du 9 juillet 2024, ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la société Eiffage Aménagement, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nantes, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme à verser aux défendeurs à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MM. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Nantes et de la société Eiffage Aménagement présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C désigné représentant unique des requérants, à la commune de Nantes et à la société Eiffage Aménagement.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Douet , présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La rapporteure,
S. THOMAS
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026