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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404119

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404119

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars 2024 et le 21 mai 2024, M. B A, représenté par Me Pavy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 mai 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en fait notamment ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ; le préfet a rejeté sa demande en se bornant à examiner le sérieux des études alors qu'il ne s'agit pas d'une condition prévue par les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ; il remplit les deux conditions posées par ces stipulations : suivre un enseignement, un stage ou faire des études en France et justifier de moyens d'existence suffisants ; en outre, il s'est investi dans ses études malgré des difficultés scolaires importantes ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ; il a été confié à son oncle dans le cadre d'une kafala en janvier 2021 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- quant à la substitution de motifs sollicitée, les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien n'exigent pas une inscription dans un établissement d'enseignement supérieur ; une inscription dans un établissement d'enseignement secondaire permet la délivrance d'un certificat de résidence " étudiant " ; l'absence de visa de long séjour n'implique pas l'absence d'examen de la demande de titre de séjour étudiant au regard du pouvoir de régularisation du préfet pour sa situation particulière puisqu'il est entré mineur en France ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale ;

- il sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés, tant au regard de l'illégalité externe qu'interne du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le motif tiré de l'absence de sérieux et de réalité des études poursuivies, s'il n'était pas fondé, pourrait se voir substituer les motifs tirés de l'absence de détention de visa de long séjour et de l'absence d'inscription dans un établissement supérieur ;

- M. A n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Pavy, représentant M. A.

Une note en délibéré, enregistrée le 12 décembre 2024 à 10 heures 50, a été enregistrée pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 17 décembre 2003, est entré en France le 10 juillet 2017, sous couvert d'un visa touristique valable du 1er juin 2017 au 27 novembre 2017 délivré par les autorités françaises à Alger. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant sur le fondement de l'accord franco-algérien. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 10 mai 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 mai 2023.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le refus de séjour attaqué fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait insuffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé, à l'issue de l'instruction de sa demande de titre de séjour, à un examen de la situation personnelle de M. A, avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Ce moyen manque donc en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'alinéa 2 de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Pour être admis à entrer et à séjourner plus de trois mois sur le territoire français () les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Le titre III du protocole annexé au premier avenant de ce même accord prévoit que " les ressortissants algériens qui () font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, () un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention étudiant ".

6. D'une part, contrairement à ce soutient M. A, la délivrance du titre de séjour en qualité d'étudiant prévu par ces stipulations est subordonnée, notamment, à la justification de la réalité et du sérieux des études envisagées. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en vérifiant le caractère sérieux de ses études en France.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de certificat de résidence, M. A se prévaut d'un certificat de scolarité pour l'année 2022-2023 en seconde professionnelle " métiers de la construction et travaux publics " au lycée Michelet. Pour autant, et alors même que depuis juin 2019 le requérant est titulaire d'un certificat de formation générale, il est resté durant quatre années scolaires au même niveau d'études, en première année de lycée, au sein de deux établissements différents, et s'est réorienté à trois reprises. S'il entend justifier ses difficultés scolaires par le décès de sa grand-mère maternelle, la maladie de son grand-père maternel, la séparation de son oncle et sa tante ainsi que la circonstance qu'il n'a pas intégré la formation qu'il souhaitait à l'issue de la troisième, ces éléments ne permettent pas à eux seuls de justifier le sérieux de ses études. De plus, s'il invoque disposer de moyens d'existence suffisants notamment en raison d'une bourse perçue durant l'année 2021-2022, d'une aide financière de ses parents pour les frais de scolarité ainsi que de la part de sa famille maternelle résidant à Nantes, aucune pièce versée au dossier ne permet de le justifier. Par ailleurs, il ne conteste pas être entré en France, sans être titulaire d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises, condition exigée par les stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. En tout état de cause, dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'accueillir la substitution de motif demandée par le préfet tiré du défaut d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation au regard du titre III du protocole annexé au premier avenant de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, que le préfet a refusé de délivrer à M. A un certificat de résidence en qualité d'étudiant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Il résulte de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a examiné d'office la situation de M. A au regard de ces stipulations. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France le 10 juillet 2017, à l'âge de treize ans, muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises et valable jusqu'au 27 novembre 2017. Il est célibataire et sans enfant. L'intéressé vit chez un de ses oncles. Il n'a jamais travaillé. Il fait valoir la présence et la proximité qu'il entretient avec ses grands-parents sur le territoire français ainsi que de celle de ses oncles et tantes et se prévaut également de son intégration sur le territoire français par la pratique du football. Pour autant, il a des attaches familiales proches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majorité de sa vie et où résident ses parents ainsi que sa fratrie. Les liens avec sa famille nucléaire demeurée dans son pays d'origine ne sont pas rompus, puisqu'il ressort des déclarations en audience que la mère du requérant lui verse de l'argent et lui rend visite. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

10. En dernier lieu, M. A réside en France depuis le 10 juillet 2017 et y est scolarisé depuis cette date. Il est, toutefois, constant que son père, sa mère ainsi que sa fratrie résident toujours dans son pays d'origine. Compte tenu de ces éléments, et eu égard aux conditions de la scolarisation de l'intéressé rappelées au point 7 du jugement, la circonstance que l'intéressé suit des études en France ne permet pas à elle seule d'établir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 du jugement que M. A n'est pas fondé soutenir que la décision du 10 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour. Il en va de même de l'illégalité alléguée de la décision fixant le pays de destination en conséquence de l'illégalité des décisions du même jour portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, en se bornant à solliciter " le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés tant au regard de l'illégalité externe qu'interne du refus de séjour ", le requérant n'assortit pas sa critique de la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, qui constituent des décisions distinctes, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Pavy.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

cc

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