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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404238

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404238

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2024, M. B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour dix-huit mois :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douet, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant kosovar né le 2 septembre 1981, déclare être entré irrégulièrement en France le 22 septembre 2015. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 28 juin 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 décembre 2016. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Il a fait l'objet de plusieurs décisions portant obligation de quitter le territoire, prononcées les 9 mars 2017 et 20 mars 2018. Son admission exceptionnelle au séjour a également été refusée par un arrêté du 16 novembre 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire. Ces décisions n'ont pas été exécutées. Il a de nouveau sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour le 10 novembre 2022, demande complétée les 24 mars et 17 avril 2023. Sa demande a été rejetée par un arrêté notifié le 13 février 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté notifié le 13 février 2024 a été signé par M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet a, par un arrêté du 26 septembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à l'effet de signer " tous les arrêtés, décisions, relavant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du pays de renvoi et du délai de départ, et interdiction de retour en France. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publique ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211 5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. / Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

4. La décision attaquée portant refus de titre de séjour vise les éléments de droit dont elle fait application, notamment les articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également les circonstances de fait ayant conduit le préfet de Maine-et-Loire à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, notamment qu'il se soit fait opposer trois décisions portant obligation de quitter le territoire, qu'il n'a travaillé que dix jours entre 2021 et 2022 et que son fils, qui réside en France, s'est également vu opposer une obligation de quitter le territoire français. De plus, il retient qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de l'arrêté attaqué, la décision portant obligation de quitter le territoire français est, par suite, motivée. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-3 de ce code, constate que M. B est ressortissant kosovar et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, motivée. Enfin, l'arrêté vise les articles L. 612-1 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne, d'une part, que les circonstances ne justifient pas de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours et, d'autre part, que l'interdiction de retour sur le territoire ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Il en résulte que le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut de motivation.

5. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B soutient que le centre de ses attaches privées et familiales se situe en France. A cet égard, il entend se prévaloir, notamment, de l'ancienneté de son séjour, de la présence de son fils en France et du fait qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France depuis huit ans à la date de la décision attaquée, il s'y est maintenu en situation illégale durant la totalité de son séjour. Par ailleurs, il ressort de l'arrêté attaqué que son fils, majeur, fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire et n'a donc pas vocation à se maintenir en France. En outre, il ressort des attestations de Pôle emploi, désormais France travail, que le requérant n'a travaillé qu'une dizaine de jours entre 2021 et 2022, depuis son arrivée en France, et ne peut donc justifier d'une insertion professionnelle. Enfin, s'il conteste la décision fixant le Kosovo comme pays à destination duquel il pourra être renvoyé en ce qu'elle le séparera de son fils qui est de nationalité macédonienne, la décision, qui précise que M. B pourra être renvoyé dans le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible, n'a pas pour objet de l'empêcher de séjourner en tant que visiteur en Macédoine et de maintenir le lien avec son fils majeur. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

7. Il ressort des motifs énoncés au point 6 que la situation tant personnelle et familiale que professionnelle de M. B n'est pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou une considération humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, la circonstance qu'il craigne pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine ne peut utilement être invoquée au soutien de la contestation d'une décision portant refus de titre de séjour. Il en résulte que le requérant n'était pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation du requérant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant fixation du pays de destination doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant fixation du délai de départ volontaire doit être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois :

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

H. DOUETL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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