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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404312

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404312

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2024,M. D F, représenté par Me Danet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 23 juin 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) ayant implicitement refusé la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à l'enfant B F ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la situation de M. D F et de l'enfant B F, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France d'un recours administratif préalable obligatoire le 29 novembre 2023 et que la décision explicite de rejet, prise postérieurement par l'autorité consulaire le 5 mars 2024, est sans incidence sur cette recevabilité ;

- la condition d'urgence est satisfaite eu égard à la durée de séparation de la famille, M. F étant séparé de son frère depuis quatre ans ; la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate aux intérêts de l'enfant B F et à son intérêt supérieur, en ce qu'il est isolé en Iran où il n'a plus aucune attache familiale ; l'enfant B F se trouve en situation irrégulière du fait de l'expiration de son visa court séjour iranien et risque l'expulsion vers l'Afghanistan où il encourt des persécutions du fait de la collaboration de son père avec les forces armées occidentales ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : elle est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'enfant B F ; elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce que l'enfant risque d'être persécuté en cas d'expulsion en Afghanistan ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en ce que l'isolement de l'enfant en raison notamment du décès de ses parents n'est corroboré par aucune pièce au dossier et qu'il en est de même s'agissant de la situation en Iran comme des risques imminents d'éloignement contraint, le requérant a en outre attendu la décision de la commission avant d'engager la présente procédure:

- aucun des moyens soulevés par M. F, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 21 mars 2024 sous le numéro 2404452 par laquelle M. F demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 avril 2024 à 9 heures 45 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- les observations de Me Danet, représentant M. F;

- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant afghan né le 17 avril 1986, a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2022. Il a déposé une demande de visa au titre de la réunification familiale pour sa femme Mme H F, leurs deux fils mineur E et G F, ainsi que pour son petit frère mineur B F. Par décisions implicites du 23 juin 2023, l'autorité consulaire à Téhéran a refusé la délivrance des visas sollicités. Par décision postérieure du 5 mars 2024, l'autorité consulaire a délivré les visas à Mme F et à ses deux enfants et confirme explicitement le refus de délivrer le visa à l'enfant B F. M. D F, agissant en son nom et pour le compte de son petit frère mineur, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire refusant implicitement la délivrance du visa sollicité à l'enfant B F.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. S'il est toujours loisible à l'autorité diplomatique ou consulaire française de délivrer un visa d'entrée ou de long séjour à un membre de la famille d'une personne bénéficiant en France de la reconnaissance de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire mais ne relevant pas du champ d'application de la réunification familiale ouverte à cette personne, comme il lui est d'ailleurs loisible de délivrer un tel visa à toute personne quelconque dont elle estimerait opportun de l'en munir, elle dispose, pour prendre une telle mesure de faveur, d'un large pouvoir d'appréciation, qu'elle exerce en opportunité.

4. Eu égard à ce qui précède, alors que le requérant ne présente aucun document quelconque dont il résulterait qu'il serait investi de l'autorité parentale, ou de droits équivalents à ceux de l'autorité parentale, sur la personne de l'enfant B F, s'il est bien son frère aucun des moyens invoqués par M. F, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 23 juin 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter la requête de M. F en toutes ses conclusions.

O R D O N NE :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Danet.

Fait à Nantes le 11 avril 2024

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

M. A CLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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