jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2404314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BECHIEAU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une première requête enregistrée sous le numéro 2304314 le 21 mars 2024, suivie de la production de pièces complémentaires le 28 mars suivant et un mémoire le 5 avril 2024, M. K A E, représenté par Me Bechieau, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, née le 22 février 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 22 novembre 2023 des autorités consulaires françaises à Abidjan refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de " lui délivrer le visa qu'il sollicite " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite :
* alors qu'il est orphelin de père, au regard de la durée de séparation d'avec sa mère, depuis plus de sept ans ;
* au regard de la séparation d'avec ses frères et sœurs, qui vivent tous dans différents lieux de Côte d'Ivoire ;
* au regard des craintes de persécution ;
* au regard de son état de santé : il est atteint de la drépanocytose, nécessitant des soins coûteux. La personne qui s'occupe de lui peine à avancer les frais médicaux ;
* au regard de la santé psychologique de sa mère ;
* au regard de l'arrêt forcé de sa scolarisation ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle souffre d'un défaut de motivation et révèle un défaut d'examen de sa situation ;
* elle est entachée d'une erreur de fait et méconnait les dispositions des articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la filiation n'a pas été contestée et sera tenue pour établie ; sa demande de visa de long séjour a été effectuée le 21 mars 2023 alors qu'il était âgé de 18 ans et deux mois, soit moins de 19 ans.
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
II. Par une deuxième requête enregistrée sous le numéro 2304320 le 21 mars 2024, suivie de la production de pièces complémentaires le 28 mars suivant et un mémoire le 5 avril 2024, Mme H D, agissant en son nom et en celui de G F E, née le 15 septembre 2008, représentée par Me Bechieau, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, née le 22 février 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 22 novembre 2023 des autorités consulaires françaises à Abidjan refusant de délivrer à l'enfant G F E un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de " lui délivrer le visa qu'elle sollicite " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir les mêmes arguments s'agissant de l'urgence, et soutient les mêmes moyens que sous le numéro précédent.
En outre, elle soutient qu'elle craint que G F soit excisée et mariée de force par sa famille paternelle qui est à sa recherche. L'enfant est scolarisée tout près de la maison de Mme B afin d'éviter tout déplacement. G F a récemment été hospitalisée en raison de la dégradation de son état de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
III. Par une troisième requête enregistrée sous le numéro 2304326 le 21 mars 2024, suivie de la production de pièces complémentaires le 28 mars suivant, Mme H D, agissant en son nom et en celui de I N'da C, né le 18 juin 2015, représentée par Me Bechieau, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, née le 22 février 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 22 novembre 2023 des autorités consulaires françaises à Abidjan refusant de délivrer à l'enfant I N'da C un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de " lui délivrer le visa qu'il sollicite " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir les mêmes arguments s'agissant de l'urgence, et soutient les mêmes moyens que sous le numéro précédent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- les requêtes en annulation.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 avril 2024 à 10h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Bechieau, avocate des requérants, qui insiste particulièrement sur l'état de santé préoccupant des enfants, notamment sur celui de G F ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2404314, 2404320 et 2404326 présentent à juger les mêmes questions, concernent des personnes se réclamant d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre afin d'y statuer par une même ordonnance.
2. Mme H D, ressortissante ivoirienne, a obtenu le statut de réfugié le 19 juillet 2022. Elle a demandé le bénéfice de visas de long séjour pour ceux qu'elle présente comme ses enfants, K A E, G F et I C. Par la présente requête, elle demande, ainsi que M. K A E, en tant que majeur, au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté les recours dirigés contre les décisions du 22 novembre 2023 des autorités consulaires françaises à Abidjan refusant de délivrer aux demandeurs un visa de long séjour au titre de la réunification familiale.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme H D et à M. K A E le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur le surplus des conclusions des requêtes :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution des décisions en litige, les requérants mettent en avant, d'une part la durée de séparation des demandeurs de visas, eux-mêmes isolés en Côte d'Ivoire, d'avec leur mère, d'autre part leurs conditions de vie difficiles, s'agissant de l'absence de scolarisation ou même des craintes de persécution de la part de la famille paternelle, enfin leur état de santé dégradé ainsi que celui de leur mère. Toutefois, ils n'apportent pas suffisamment d'éléments probants au soutien de leurs intérêts, de nature à établir que le refus de visa en litige préjudicierait de manière suffisamment grave à leur situation. Ainsi en est-il de M. K A E, qui ne démontre ni les risques de persécution allégués, ni qu'il serait déscolarisé, alors qu'il est au demeurant âgé de 19 ans. S'il n'est pas contesté que G F est atteinte de drépanocytose et qu'elle doit à ce titre être régulièrement hospitalisée, les pièces versées au dossier démontrent que l'intéressée bénéficie en Côte d'Ivoire de soins adaptées à son état, comme en témoigne le rapport médical daté de mars 2024, sans que les difficultés financières de la personne qui la prend en charge, comme d'ailleurs celles s'occupant de son frère et de sa sœur, ne soient particulièrement avérées, alors même que Mme H D leur transmet des mandats d'argent réguliers pour subvenir aux dépenses, notamment de santé, ainsi exposées. S'agissant du jeune I N'da C enfin, il est également établi, par les propres déclarations de son père avec qui il vit, que la requérante participe également aux dépenses liées à son éducation. Enfin, aucun élément n'est produit s'agissant des conséquences de la situation familiale sur la santé psychique de la requérante. Dans ces conditions, en dépit des affres de la séparation des membres d'une même famille, il ne résulte pas de l'instruction que soit caractérisée une situation d'urgence propre à permettre l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que le surplus des conclusions des requêtes doit être rejeté.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme H D et M. K A E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H D, à M. K A E, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à Me Bechieau.
Fait à Nantes, le 11 avril 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2304314, 2404320 et 2404326
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026