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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404362

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404362

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024, Mme C A, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente en méconnaissance des articles L. 111-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douet a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 17 février 2001, déclare être entrée irrégulièrement en France le 1er mai 2021. Elle a fait l'objet d'une décision de réadmission vers l'Espagne en date du 4 mai 2021 mais s'est maintenue sur le territoire français et a sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 15 février 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire, auquel le préfet a, par un arrêté du 26 septembre 2023 régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ".

4. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 1er mai 2021. Elle s'est maintenue sur le territoire en se soustrayant à l'exécution d'un arrêté de réadmission auprès des autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, raison pour laquelle elle a été déclarée en fuite. Mme A déclare résider habituellement en France depuis plus de deux ans à la date de la décision attaquée et être la mère d'un enfant né à Cholet le 13 juin 2022 de sa relation avec M. B, un compatriote résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en 2026. Toutefois, la production d'une attestation des intéressés, de l'attestation de paiement de la caisse des affaires familiales (CAF) de Maine-et-Loire du mois de février 2024, de l'avis d'imposition sur les revenus de M. B établi en 2023, ainsi que des quittances de loyer des mois de novembre et décembre 2023 et de janvier 2024 mentionnant le nom de la requérante ne sont pas suffisants pour établir l'ancienneté de la communauté de vie du couple, antérieurement au début de l'année 2023. Ainsi il ressort des pièces du dossier que le concubinage allégué, qui datait d'à peine plus d'un an à la date de la décision contestée, était très récent à la date de cette décision et ne suffit pas à attester de l'existence d'un lien durable. Mme A n'est, par ailleurs, pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Enfin, Mme A ne se prévaut d'aucune intégration professionnelle particulière en France. Dans ces circonstances, Mme A ne justifie pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 précité. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu l'article L. 4351 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A réside en France depuis le 1er mai 2021. Si elle fait valoir sa vie commune avec M. B, ressortissant guinéen en situation régulière, et la naissance de leur enfant il n'en demeure pas moins que leur communauté de vie n'est attestée, au mieux qu'à partir de l'année 2023 soit à peine plus d'un an à la date de la décision attaquée. De plus, en dehors de sa relation avec M. B, Mme A ne justifie pas avoir tissé en France de liens d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité, ni être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère et où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, elle n'a pas non plus produit d'éléments témoignant d'une potentielle insertion professionnelle ou pouvant indiquer une volonté d'insertion professionnelle sur le territoire français. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme A en France comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

H. DOUETL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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