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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404572

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404572

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 4ème chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, M. B, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision le privant d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet des Yvelines a produit des pièces enregistrées le 4 septembre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allio-Rousseau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 mars 2024, dont M. C, ressortissant algérien né le 10 juin 1998, demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

3. L'arrêté litigieux en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire vise les éléments de droit dont il fait application et notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état des considérations de fait qui en justifient l'adoption en mentionnant l'entrée et le maintien sur le territoire français sans documents de voyage et de séjour, sa situation personnelle et familiale en France et en Algérie. Il en découle que l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté du 21 mars 2024 et des autres pièces du dossier que le préfet des Yvelines a procédé à un examen de la situation personnelle de M. B avant d'adopter la décision attaquée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. Si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en faisant valoir que sa présence en France depuis le 5 décembre 2019 ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il est inséré personnellement et professionnellement en France, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet s'est fondé sur le 1° des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B. Par suite, et à supposer que l'intéressé aurait eu l'intention de déposer une demande de certificat de résidence, le préfet pouvait, en se fondant sur l'unique motif tiré de ce que le requérant ne justifie pas d'un titre de séjour et d'une entrée régulière sur le territoire national, prendre l'arrêté litigieux. Le moyen doit dès lors être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, titulaire d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, indique être entré en France le 5 décembre 2019. Il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. Si une de ses sœurs réside régulièrement en France, il n'est pas contesté que résident toujours en Algérie ses parents et d'autres membres de sa fratrie. Alors qu'il produit une attestation d'une ressortissante française qui mentionne leur relation de couple depuis 2018, il ressort de ses déclarations effectuées le 21 mars 2024 devant les services de la gendarmerie nationale de Rambouillet, qu'il s'est déclaré célibataire, sans enfant à charge. Dans ces conditions, et quand bien même M. B justifie avoir procédé à son inscription professionnelle en qualité d'autoentrepreneur depuis 2020 et indique qu'il aurait travaillé dans le secteur du bâtiment, compte tenu de la durée de son séjour en France et de la nature de ses attaches privées et familiales, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). L'article L. 612-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

10. Il ressort de la motivation de l'arrêté du 21 mars 2024 que la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire est fondée sur l'existence d'un risque que l'intéressé se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Si M. B conteste que son comportement soit constitutif d'une menace à l'ordre public, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et qu'il présente des garanties suffisantes de représentation, il n'établit pas être entré régulièrement en France à la fin de l'année 2019 et avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, et alors que M. B n'établit pas que l'absence de délai aurait pour effet de mettre fin à des contrats professionnels en cours d'exécution, en application des dispositions combinées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Yvelines pouvait légalement refuser d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, la décision prononçant à l'égard de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une année comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par ailleurs, il ressort de la motivation globale de l'arrêté attaqué que le préfet des Yvelines a motivé sa décision au regard de l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.

12. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition établi le 21 mars 2024 par les services de gendarmerie de Rambouillet qu'entendu en français, langue qu'il a déclaré comprendre, M. B a été interrogé sur son entrée en France et sur la durée de son séjour, sur les éventuelles démarches qu'il aurait entreprises en France pour régulariser son séjour, sur la présence éventuelle de sa famille sur le territoire, sur son insertion professionnelle, sur l'éventualité d'une mesure de reconduite à la frontière et qu'il a été invité explicitement à formuler toutes observations orales utiles sur sa situation notamment personnelle. M. B ne précise pas en quoi il disposait d'autres informations pertinentes tenant à sa situation que l'administration n'aurait pas déjà eues et qu'il aurait été empêché de porter à sa connaissance avant que ne soit prise la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

13. Pour les mêmes motifs que ceux figurant au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La magistrate désignée,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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