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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404634

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404634

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, suivie de la production de pièces complémentaires le 29 mars suivant, Mme H I D, agissant en son nom et en celui de l'enfant H B E, représentée par Me Guilbaud, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision par laquelle l'autorité consulaire française à Abidjan a refusé de délivrer à l'enfant H B E un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer " de délivrer le visa sollicité " ou, à défaut de procéder à un nouvel examen de la demande, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ; à défaut à son bénéfice, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite :

* au regard des conditions de vie particulièrement dégradées de son fils H B E en Côte d'Ivoire. Lorsqu'elle a dû envisager de fuir son pays, elle n'avait pas de proche de confiance, ami ou membre de famille, à qui elle pouvait confier son fils. Sa grand-mère est décédée en 2019 et ses " tuteurs " ayant été responsables de son mariage forcé, il n'était pas envisageable de leur laisser l'enfant, qui risquait d'être remis à son géniteur. Aussi, elle a dû se résoudre à laisser son fils à son demi-frère, qu'elle connaissait à peine, M. F D. Ce dernier n'a ni conjointe ni enfant, ni travail ou logement stable. Les conditions de vie B avec son oncle ont toujours été très difficiles depuis son départ et la situation s'est récemment encore plus dégradée. Son demi-frère n'a pas de logement fixe, a beaucoup de dettes ainsi que de mauvaises fréquentations. B vit actuellement à la rue avec son oncle, lequel admet lui-même qu'il n'est pas en mesure d'assurer sa sécurité. Quand bien même elle adresse très régulièrement des mandats à son demi-frère pour les besoins de son fils, elle se rend compte que cet argent n'est manifestement pas utilisé à bon escient ;

* cette situation est extrêmement anxiogène pour elle, qui n'est pas en mesure de pouvoir assurer la sécurité de son fils à distance. D'autant qu'elle est actuellement enceinte et que son accouchement devrait intervenir sous peu puisque le terme est prévu pour le 15 avril prochain. Son compagnon atteste de l'état de stress dans lequel elle se trouve.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

* elle est entachée d'une erreur de droit ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il n'existe pas de doute possible quant au fait qu'Aaron soit bien son fils. En tout état de cause, elle produit des éléments de possession d'état ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie.

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 à 10 heures 30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de Me Guilbaud, avocate de Mme H I D, qui insiste sur la dégradation récente de la situation de son fils. Sur la légalité de la décision, elle fait valoir, qu'en tout état de cause, les éléments qu'elle produit au titre de la possession d'état sont particulièrement probants ;

- et celles de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H I D, ressortissante ivoirienne née le 15 septembre 1992, a obtenu le statut de réfugié en France. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 23 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision par laquelle l'autorité consulaire française à Abidjan a refusé de délivrer à l'enfant H B E, né le 30 septembre 2015, qu'elle présente comme son fils, un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme H I D le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision en litige, Mme H I D fait valoir que son fils, H B E, connait des conditions de vie particulièrement dégradées en côte d'Ivoire, dès lors qu'il vit sous la responsabilité de son demi-frère, M. F D, lequel n'a ni travail ni logement stable, de sorte que l'enfant est déscolarisé et se trouve en danger. Toutefois, alors qu'il résulte de l'instruction, notamment de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 16 décembre 2021, que l'enfant a été confié à M. F D lors de son départ du pays le 28 juin 2019, Mme H I D ne démontre pas que la situation H B E, aujourd'hui âgé de 8 ans, ait récemment défavorablement évolué, en se bornant à produire à l'appui de son argumentation deux attestations, au demeurant stéréotypées, l'une de son demi-frère, l'autre de M. G C, qui se décrit " comme témoin d'un risque de trafic d'enfant ", faits là encore pourtant nullement documentés. La requérante ne démontre pas davantage les conséquences concrètes de cette situation sur sa santé personnelle, désormais uniquement psychologiques au vu de son récent accouchement, en l'absence de toute production d'un document médical en attestant. Dans ces conditions, en dépit des affres de la séparation d'avec celui qu'elle présente comme son fils, Mme H I D n'établit pas que le refus de visa en litige préjudicierait de manière suffisamment grave à sa situation pour caractériser une situation d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent une mesure de suspension par le juge des référés.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme H I D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme H I D est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H I D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Guilbaud.

Fait à Nantes, le 16 avril 2024.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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