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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404943

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404943

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLENGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2024 Mme C D, agissant pour le compte de sa fille B E, représentée par Me Lengrand, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 7 février 2024 par laquelle les autorités consulaires françaises à Abidjan (Côte d'Ivoire) ont rejeté la demande de visa long séjour de Mme B E au titre de la réunification familiale ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer un visa de long séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un étranger qui a obtenu le statut de réfugié est de plein droit et que la requérante, mère de la jeune B E, a été protégée en raison de sa soustraction à un mariage forcé et des violences physiques qu'elle a subies durant la cohabitation avec son époux. Sa fille vit actuellement avec son oncle maternel, ne pouvant plus vivre avec son père, qui est un homme violent, qui vit déjà avec plusieurs épouses et plusieurs autres enfants. Elle vit ainsi sous la menace que son père la retrouve et se venge du départ de sa mère ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2, L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que sa fille a fourni son passeport et son acte de naissance, l'acte de naissance de sa mère délivrée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides ainsi que la décision de justice de la cour nationale du droit d'asile octroyant à Mme D le statut de réfugiée, par décision du 21 janvier 2022, ainsi la décision contestée maintient donc séparée la requérante de sa mère alors même que le lien de parenté n'est pas remis en cause par l'administration et que sa mère est bénéficiaire du statut de réfugié en France ;

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce que les services du consulat se contentent de mentionner l'absence du document octroyant le statut de réfugié de la part de l'OFPRA alors qu'il lui appartenait de solliciter la production des éléments manquants, nécessaires au traitement du dossier et qu'aucune demande en ce sens ne lui a été adressée ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et révèle un examen incomplet de la situation en ce qu'elle se borne à mentionner qu'il manquait, dans le dossier de demande de visa de la requérante, la décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides accordant le statut de réfugié à la requérante, alors même que c'est la cour nationale du droit d'asile qui le lui a octroyé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, régularisé le 11 avril 2024 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie en ce qu'il n'est ni établi que le père de l'enfant vive en Côte d'Ivoire, ni qu'il voudrait effectivement se venger en commettant des actes de violence, la famille maternelle de l'enfant pouvant en outre protéger l'enfant ;

- aucun des moyens soulevés par Mme D, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que les déclarations de l'intéressée créent un doute sérieux quant à la date de naissance réelle de l'enfant, l'acte de naissance, non communiqué aux autorités consulaires mais produit à cette instance, apparaissant inauthentique.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 2 avril 2024 sous le numéro 2405021 par laquelle Mme E demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 avril 2024 à 10h45 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été différée au 15 avril 2024 à 15h00.

Considérant ce qui suit :

1. Madame C D, agissant pour le compte de sa fille B E, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 7 février 2024 par laquelle les autorités consulaires de France à Abidjan ont rejeté la demande de visa long séjour déposée par la jeune B E au titre de la réunification familiale avant que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne statue sur le recours administratif préalable obligatoire dont elle a accusé réception le 6 mars 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à Mme B E le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aucun des moyens invoqués par Mme E, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 7 février 2024 par laquelle les autorités consulaires de France à Abidjan ont rejeté la demande de visa long séjour déposée par la jeune B E au titre de la réunification familiale avant que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne statue sur le recours administratif préalable obligatoire dont elle a accusé réception le 6 mars 2024.

5. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter la requête de Mme E en toutes ses conclusions.

O R D O N NE :

Article 1er : Le demande de Mme D d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est rejetée.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lengrand.

Fait à Nantes, le 18 avril 2024.

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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