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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2405105

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405105

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP ROBIN- VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 4, 19 et 22 avril 2024, Mme C M G, agissant en son nom et en celui des enfants L B D K E, H N E et F A K E, et Mme I J E, représentées par Me Robin, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision par laquelle les autorités consulaires françaises à Brazzaville ont implicitement refusé de délivrer un visa de long séjour aux enfants L B D K E, H N E et F A K E, et à Mme I J E, au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer les visas sollicités dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : les enfants sont séparés d'avec leur mère sur une durée anormalement longue, uniquement imputable à l'administration qui ne répond pas aux demandes de visa long séjour précédemment formulées ; ils sont contraints à une séparation alors même qu'ils sont menacés par leur père et la famille de ce dernier qui est à l'origine de la fuite de Mme G ; ils vivaient jusqu'alors sous la protection de leur grand-mère maternelle qui est décédée le 30 juillet 2023 ; les enfants ont reçu des menaces ; depuis le décès de leur grand-mère, ils sont hébergés par une connaissance dans des conditions d'insalubrité à l'origine d'importants problèmes de santé ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

* elle méconnait les dispositions des articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 434-3 et l'article L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, invoqués par le ministre, concernent la procédure de regroupement familial et ne sont donc pas applicables à la procédure de réunification familiale ;

* elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle porte atteinte aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par les requérantes n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Mme C M G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 8 mars 2024.

Vu :

- la requête par laquelle les requérantes demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huet, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Huet, juge des référés,

- les observations de Me Pavy, substituant Me Robin, représentant les requérantes, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique au cours de l'audience que Mme I J E n'est plus étudiante en pharmacie, que le père de l'enfant H N E réside en République démocratique du Congo et est dans une situation financière défavorisée et que les jugements de délégation de l'autorité parentale n'ont pas été demandés par le consulat lors du dépôt du dossier de demande de visa.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C M G, ressortissante congolaise née le 18 avril 1978, et Mme I J E, ressortissante congolaise née le 12 mars 2001, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision par laquelle les autorités consulaires françaises à Brazzaville ont implicitement refusé de délivrer un visa de long séjour aux enfants L B D K E, H N E et F A K E, et à Mme I J E, au titre de la réunification familiale.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. En l'espèce, pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence, Mme G, ressortissante congolaise entrée en France en 2021 et admise au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 avril 2022, se prévaut de la durée de séparation avec ses enfants, des menaces qu'ils subissent et de leur précarité, tant matérielle que sanitaire, depuis le décès de leur grand-mère le 30 juillet 2023 dès lors qu' " ils sont hébergés par une connaissance dans des conditions d'insalubrité à l'origine d'importants problèmes de santé ". Toutefois, d'une part, et alors qu'il est constant que les enfants L B D, H et F A sont pris en charge par la fille aînée de Mme G, laquelle est âgée de 23 ans et " a stoppé sa scolarité pour veiller sur ses trois frères ", les requérantes n'établissent pas, par les pièces qu'elles produisent, la réalité et l'actualité de la précarité tant matérielle que sanitaire des demandeurs de visa, qui n'est documentée que par des extraits non datés des échanges par messagerie instantanée entre les deux requérantes et une attestation, non circonstanciée, d'une belle-sœur de Mme G. En particulier, il n'est apporté aucun élément circonstancié sur l'état de santé desdits enfants et sur leurs conditions de vie. D'autre part, l'unique extrait des échanges par messagerie instantanée entre les deux requérantes en date du 20 décembre 2023 ne permet pas de justifier ni de la réalité ni de l'actualité des menaces dont les enfants de Mme G seraient victimes. Dans ces conditions, et pour douloureuse que soit la séparation des membres d'une famille, les requérantes n'établissent pas, en l'état du dossier et par les pièces qu'elles y versent, que les refus de visa en litige porteraient atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à leur situation et à celles des enfants L B D, H et F A. Ainsi, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que la requête de Mme G et de Mme J E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme G et de Mme J E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C M G, à Mme I J E, à Me Robin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 30 avril 2024.

Le juge des référés,

F. HUET

La greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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