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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2405469

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405469

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, M. C A, représenté par Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 8 avril 2024 par lesquelles le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il représentait une menace pour l'ordre public ; il ne reconnait que les infractions routières et non les faits de recel de vol ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il travaille comme carrossier de profession, métier sous tension en France ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de main d'œuvre signée le 1er juin 1963, publiée par le décret n° 63-779 du 27 juillet 1963 ;

- l'accord en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987, publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 ;

- l'accord sous forme d'échange de lettres relatif à la circulation des personnes, signé à Paris le 10 novembre 1983, modifié par l'accord sous forme d'échange de lettres signé à Paris le 25 février 1993 et publié par le décret n° 93-850 du15 juin 1993 ;

- l'accord relatif aux échanges de jeunes professionnels, signé le 24 mai 2001 à Rabat, publié par le décret n° 2001-970 du 19 octobre 2001 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant marocain né en novembre 1987, est entré en France selon ses déclarations en novembre 2022 en compagnie de son épouse. Leur enfant est né en mai 2023 sur le territoire français. Par des décisions du 8 avril 2024, le préfet de la Sarthe a obligé M. A à quitter le territoire français sans un délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A demande l'annulation des décisions du 8 avril 2024.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet de la Sarthe par M. D B, directeur de la citoyenneté et de la légalité. Par un arrêté du 20 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Sarthe a donné une délégation au directeur de la citoyenneté et de la légalité à l'effet de signer " les arrêtés, correspondances, récépissés, états liquidatifs des dépenses () " et notamment au titre du bureau du droit au séjour " - les décisions relatives à la délivrance et au refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour () - arrêtés portant obligation de quitter le territoire français (OQTF), avec ou sans délai / - arrêtés et décisions portant fixation du pays de renvoi / - décisions concernant l'interdiction de retour () ". La délégation n'est pas conditionnée par l'empêchement du préfet de la Sarthe. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. En premier lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté du 8 avril 2024 que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'égard de M. A est fondée sur son entrée irrégulière sur le territoire français et l'absence de détention d'un titre de séjour en cours de validité et dès lors sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, explicitement visé. Dès lors, si l'arrêté relève les faits pour lesquels l'intéressé a été interpellé le 8 avril 2024 par les services de la police, l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'est pas fondée sur l'existence d'une menace à l'ordre public. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet de la Sarthe en estimant que M. A constituait une menace à l'ordre public doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. A ne résiderait en France, selon ses déclarations, que depuis environ dix-sept mois selon ses déclarations, après avoir vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Il ne ressort aucunement des pièces du dossier que M. A aurait demandé la délivrance d'un titre de séjour depuis son entrée sur le territoire français. Il n'établit ni même n'allègue que son épouse résiderait en situation régulière sur le territoire français. Si l'enfant du couple est né en France le 10 mai 2023, il était âgé de moins d'un an à la date de l'obligation de quitter le territoire français attaquée. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de M. A et de la nature de ses attaches privées et familiales, quand bien même il exerce un emploi en France dans un métier qui serait en tension, le préfet de la Sarthe n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le pays d'éloignement :

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 du jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 8 avril 2024 fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Moutel et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No2405469

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