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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2405627

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405627

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROUCOUX ISABELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 30 avril 2024, M. F C et Mme D Père doivent être regardés comme demandant au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 mars 2023 par laquelle le maire de la commune de Suze-sur-Sarthe ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 15 novembre 2022 par M. et Mme B en vue de l'extension de leur habitation située au 55 rue de Malicorne et de celle du 16 novembre suivant par laquelle le maire de la commune de Suze-sur-Sarthe a accordé à M. et Mme B un permis de démolir un mur de clôture.

Ils soutiennent que :

- les travaux ont commencé le 22 avril 2024 par le terrassement, empiétant sur leur propriété ;

- ces travaux ont pour conséquence de modifier un bâtiment ancien datant d'avant 1949 ;

- le terrain est inconstructible en raison d'une servitude d'alimentation en eau potable datant d'avant 1995 ;

- il y a une erreur de bornage, de sorte que les travaux empiètent sur leur propriété, et la hauteur de plus de 3,15 mètres entrainera une perte d'ensoleillement et de luminosité dans leur salon, alors même que leur fils handicapé, qui suit sa scolarité à domicile, y passe le plus clair de son temps ; malgré leurs demandes de communication des plans d'urbanisme faites auprès de la mairie de la Suze-sur-Sarthe, aucun document ne leur a été transmis ;

- il pourrait y avoir conflit d'intérêt car leur voisin est charpentier-couvreur au sein de l'entreprise intervenante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, la commune de La Suze-sur-Sarthe, représentée par Me Vally, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A titre principal, pour irrecevabilité :

- au regard du défaut d'intérêt à agir des requérants : il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les requérants sont effectivement propriétaires du terrain voisin du terrain d'assiette du projet, ou, à tout le moins, disposent d'un titre leur permettant de l'occuper ;

- au regard de l'absence de preuve de production de la requête en annulation :

- les requérants avaient jusqu'au 20 juillet 2023, à tout le moins jusqu'au mois d'octobre 2023, pour présenter un recours. Or, force est de constater que la première demande adressée à la commune par les requérants afin de contester la décision de non-opposition à déclaration préalable est datée du 4 janvier 2024, soit de nombreux mois après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- au regard de l'absence de notification des recours à la commune et au pétitionnaire.

A titre subsidiaire, elle devra être rejetée au fond :

- la condition d'urgence n'est pas remplie :

* aucun des éléments produits par les requérants ne permet de démontrer que les travaux de construction ont effectivement débuté ;

* la décision de non-opposition à déclaration préalable a été délivrée aux pétitionnaires le 9 mars 2023, soit il y a plus d'une année. L'affichage de cette décision a été faite sur le terrain d'assiette du projet dès le 20 mai 2023 et était visible depuis la voie publique. Les requérants ne pouvaient donc ignorer l'existence de la déclaration préalable ;

- sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions :

* c'est à tort que les requérants soutiennent que le projet serait réalisé sur une maison en pierre datant d'avant 1949 ; l'argument soulevé par les requérants n'est assorti d'aucune précision suffisante. En tout état de cause, il convient d'indiquer que le dossier de demande comportait une pièce DP6 permettant à l'autorité administrative d'apprécier la construction existante.

* sur le moyen tiré de ce que les requérants auraient relevé des incohérences dans le plan de bornage effectué par le géomètre. Il est inopérant. La décision de non-opposition à déclaration préalable n'a vocation qu'à assurer la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme ;

* sur le moyen tiré de ce que la construction serait érigée sur une servitude privée. Il ne ressort pas du plan produit par les requérants que la construction empièterait sur la servitude dont ils bénéficient et dont la réalité n'est au demeurant pas démontrée. En outre, la décision de non-opposition à déclaration préalable n'a vocation qu'à assurer la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme ;

* sur le moyen tiré de ce que le projet serait de nature à occasionner une perte d'ensoleillement : il n'appartient pas au juge administratif de contrôler la conformité du permis de construire aux règles de droit privé.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2024, M. et Mme E B, représentés par Me Roucoux, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A titre principal, pour irrecevabilité au regard du défaut d'intérêt à agir des requérants, qui ne justifient pas avoir contesté au fond le permis de construire.

Au fond,

- la condition d'urgence n'est pas remplie : les requérants ne démontrent pas que la construction du bâtiment présente un caractère difficilement réversible. En l'espèce, les travaux n'ont pas commencé, ni même la démolition du muret qui est sur leur propriété puisque Mme Père s'est " accrochée " au moment de la venue des ouvriers, faisant fuir ces derniers et provoquant l'intervention de la gendarmerie ;

- les requérants ne font état d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ayant accordé le permis de construire.

Un mémoire en réplique, présenté par les requérants, a été enregistré le 10 mai 2024. Ces derniers concluent au rejet des conclusions présentées par les parties défenderesses au titre des frais d'instance.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 avril 2024 sous le numéro 2405704, par laquelle M. C et Mme Père demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2024 à 10 heures :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Vally, avocate de la commune de la Suze-sur-Sarthe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C et Mme D Père demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 9 mars 2023 par laquelle le maire de la commune de Suze-sur-Sarthe ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée le 15 novembre 2022 par M. et Mme B en vue de l'extension de leur habitation située au 55 rue de Malicorne à la Suze-sur-Sarthe et de celle du 16 novembre suivant accordant à M. et Mme B un permis de démolir un mur de clôture.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens soulevés par M. F C et par Mme D Père, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense ni d'apprécier la condition d'urgence, que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative par M. F C et par Mme D Père doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. F C et de Mme D Père la somme que la commune de La Suze-sur-Sarthe et M. et Mme E B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. F C et de Mme D Père est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de la Suze-sur-Sarthe et par M. et Mme E B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée M. F C, à Mme D Père, à la commune de la Suze-sur-Sarthe et à M. et Mme E B.

Fait à Nantes, le 17 mai 2024.

Le juge des référés,

L. Bouchardon

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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