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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2405695

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405695

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantGIRARDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2024, M. B C A, représenté par Me Girardeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

en ce qui concerne le retrait de l'attestation de demande d'asile :

-cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité du retrait de l'attestation de demande d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 47 de cette même convention, garantissant le droit à un recours effectif et à l'accès à un tribunal impartial ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité du retrait de l'attestation demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, est entré en France le 4 décembre 2021. Sa demande de la reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 13 novembre 2023 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par ordonnance du 8 février 2024. Par un arrêté du 18 mars 2024, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé le retrait de son attestation de demande d'asile, a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté attaqué est signé par M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 4 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire lui a accordé une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire à l'exception de certains actes au nombre desquels ne digèrent pas les décisions litigieuses. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre le retrait de l'attestation de demande d'asile :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de l'article L. 542-3 de ce code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé Telemofpra produit en défense, que l'ordonnance par laquelle la CNDA a rejeté le recours formé par M. A contre la décision par laquelle le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile lui a été notifiée le 26 février 2024. M. A ne disposait, dès lors, plus du droit de se maintenir sur le territoire français au-delà de cette date. S'il soutient qu'il n'a pas été en mesure de produire en temps utile à la CNDA certains documents qu'il estime être de nature à démontrer les persécutions dont il est susceptible de faire l'objet dans son pays d'origine, les documents en question sont datés de 2021 et de 2023, le requérant n'ayant, au demeurant pas informé le préfet de Maine-et-Loire de ce qu'il aurait été en possession de nouveaux éléments susceptibles de conduire l'autorité préfectorale à différer sa décision. S'il soutient par ailleurs que le préfet de Maine-et-Loire aurait pu examiner s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions, le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office cette possibilité, M. A n'apportant en tout état de cause pas le moindre élément de nature à établir qu'il aurait pu se voir délivrer un titre de séjour pour un autre motif. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de l'attestation de demande d'asile doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision litigieuse est intervenue après que la CNDA a statué sur le recours formé par M. A contre la décision ayant rejeté sa demande d'asile, de sorte que le requérant ne saurait soutenir que son droit au recours effectif a été méconnu, alors même qu'il entendait solliciter un réexamen de sa situation. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de de l'article 47 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a, en elle-même, pas pour objet de fixer le pays à destination duquel la personne faisant l'objet d'une telle obligation est susceptible d'être reconduite.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été précédemment dit que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de l'attestation de demande d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Girardeau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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