vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2405956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 7ème chambre |
| Avocat requérant | BLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 19 avril 2024, le 23 avril 2024 et le 5 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Blin, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions notifiées le 17 avril 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, ou subsidiairement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;
- le droit d'être entendu, garanti par les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ; il n'y a dès lors pas eu d'examen de la situation individuelle ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il vit en France depuis environ quatre années ; son frère et sa sœur résident sur le territoire français ; il est en concubinage avec une compagne française depuis neuf mois et sa compagne est probablement enceinte ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision ne permet pas de préciser le critère retenu qui n'est pas assorti de justification et non fondé ;
- la décision limite son droit au recours, avec un délai de saisine de 48 heures et perte de garanties ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet du Nord a produit des pièces enregistrées le 29 avril 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- l'accord franco-tunisien relatif aux échanges de jeunes professionnels du 4 décembre 2003 ;
- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, ensemble le protocole relatif à la gestion relatif à la gestion concertée des migrations et le protocole en matière de développement solidaire du 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,
- les observations de Me Blin, représentant M. C.
La clôture de l'instruction a été différée, à l'audience, jusqu'au 27 septembre 2024 à 12 heures.
Des pièces produites pour M. C, enregistrées le 26 septembre 2024, n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien né en juillet 1993, est entré en France en juillet 2021 selon ses déclarations. Par des décisions notifiées le 17 avril 2024, le préfet du Nord a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une année. M. C demande l'annulation des décisions notifiée le 17 avril 2024.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Nord et par délégation par Mme E D, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière. Par un arrêté du 5 mars 2024, régulièrement publié, le préfet du Nord a donné délégation de signature du directeur de l'immigration et de l'intégration à l'effet de signer certaines décisions dont " () 9. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français en application des articles L. 611-1 et L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () / 11. Les décisions relatives au délai de départ volontaire, en application des articles L. 612-1 à L. 612-5 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () / 12. Les décisions fiant le pays à destination duquel un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement doit être éloigné () / 13. Les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français () prononcées en application des articles L. 612-6 à L. 612-11 et L. 613-2, L. 613-5, L. 613-7 et L. 613-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". L'article 9 de ce même arrêté conférait également une délégation de signature à la cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière pour les décisions mentionnées notamment aux alinéas 1 à 29. Enfin, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, l'article 10 de l'arrêté confiait cette délégation de signature à Mme D. Il n'est ni établi ni même soutenu que la cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière n'était pas absente ou empêchée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 17 avril 2024 doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
4. En premier lieu, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
6. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
7. Il ressort des pièces du dossier du dossier que M. C a été placé en garde à vue le 17 avril 2024 par les services de police de Lille à la suite d'une procédure de retenue aux fins de vérification du droit de circulation et de séjour. Il ressort du procès-verbal de cette garde à vue que M. C a été entendu sur l'irrégularité de son séjour, sa situation familiale et sur la perspective de son éloignement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces que M. C qui se borne à soutenir qu'il n'est pas établi qu'il a été mis en mesure de présenter ses observations avant l'édiction de la décision litigieuse, aurait été, notamment lors de son audition par les services de police à la suite de son interpellation, empêché de présenter des observations susceptibles d'influer sur le prononcé ou les modalités de la mesure prise à son encontre. Par suite, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents du jugement, que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français, cette absence d'examen ne résultant pas de la seule absence de mention de la compagne du requérant, avec laquelle il n'est pas marié et n'a pas conclu de pacte civil de solidarité.
8. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. M. C ne serait entré en France, selon ses déclarations qu'en juillet 2021, moins de trois années avant la décision attaquée, après avoir vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans dans son pays d'origine. Il a indiqué, dans son audition devant les services de police, qu'à l'exception d'un de ses frères chez qui il vit, les membres de sa famille résident en Tunisie. Si le requérant fait état de sa relation avec une ressortissante française, il ressort de l'attestation de cette dernière que la relation n'a débuté qu'au cours du mois de septembre 2023 quelques mois uniquement avant la décision attaquée. Il ressort également des déclarations de M. C au cours de son audition par les services de police qu'il ne résidait pas, à la date de la décision attaquée, avec sa compagne dans le Nord mais chez son frère en région Pays de la Loire. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de M. C et de la nature de ses attaches privées et familiales, et quand bien même M. C et sa compagne tentent d'avoir un enfant, le préfet du Nord n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
10. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
11. En premier lieu, la décision refusant d'accorder à M. C un délai de départ volontaire comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est donc suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
12. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen de la situation de M. C avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du jugement que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision du 17 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
14. En quatrième lieu, il résulte de la motivation de l'arrêté du 17 avril 2024 qu'il est fondé sur les dispositions, citées ci-dessus, du 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est également constant que M. C n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour après son entrée en France et entre donc dans le champ d'application du 1° de l'article L. 612-3 du code. Il ressort également du procès-verbal d'audition de l'intéressé devant les services de police du Nord qu'il a déclaré ne pas vouloir quitter le territoire français et entre donc également dans le champ d'application du 4° de l'article L. 612-3 du code. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions et de l'absence de précision de la base légale de la décision doivent être écartés.
15. En dernier lieu, M. C qui a pu effectivement saisir le tribunal administratif dans le délai requis n'est pas fondé à invoquer une méconnaissance de son droit au recours.
Sur la décision fixant le pays d'éloignement :
16. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule quant à lui que : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination duquel M. C pourrait être reconduit d'office comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est donc ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
18. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 17 avril 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen de la situation de M. C avant de fixer le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.
19. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du jugement.
Sur l'interdiction de retour :
20. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 15 du jugement que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision du 17 avril 2024 prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une année serait illégale en raison de l'illégalité des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire.
22. En second lieu, M. C a fait l'objet d'une décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Il pouvait donc légalement, et en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, compte tenu de la situation personnelle et familiale de M. C et du caractère récent de sa relation avec sa compagne française, tels qu'exposés au point 9 du jugement, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant cette décision doit être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Blin et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La magistrate désignée,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
Le greffier,
P. VOSSELER
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2405956
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026