mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2406040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2024, suivie de la production de pièces complémentaires le 3 mai 2024, M. D H A et Mme I C, agissant en son nom ainsi qu'en qualité de représentante légale des enfants G H A, N H A, O H A, L B F, J B F et K B F, représentés par Me Renard, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, née le 27 février 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté leur recours dirigé contre les décisions du 13 décembre 2023 de l'ambassade de France au Kenya rejetant les demandes de visa de M. D H A et des enfants G H A, N H A, O H A, L B F, J B F et K B F, sollicités au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la situation des demandeurs, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 € à verser à leur conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle en cas d'accord, et à leur profit directement en cas de refus d'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite :
* au regard de la durée de séparation des membres de la famille, sans qu'un manque de diligence ne puisse leur être reproché ;
* les demandeurs de visas sont dans une situation de grande vulnérabilité ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation des demandeurs, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;
* elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant :
* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction sous astreinte et au rejet de celles formulées au titre des frais d'instance, s'agissant des quatre enfants nés de la première union de Mme I C. En effet, ces derniers sont déclarés à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et leur père est décédé en septembre 2008. Dans ces conditions, la délivrance de visas de long séjour a été demandée aux autorités consulaires à Nairobi pour M. D H A et pour les enfants G H A, N H A et O H A.
S'agissant des trois autres demandeurs de visas issus de l'union entre Mme I C et M. B F M, il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : les requérants n'établissent pas la vulnérabilité et la précarité matérielle dans laquelle se trouveraient les demandeurs sans représentant légal au Kenya. Force est de constater que les demandeurs ne vivent pas dans un camp de réfugiés mais dans un logement à Nairobi. Si le risque d'une expulsion est avancé, celle-ci se réfère à des actions entreprises par le Kenya en 2013. Les menaces dont il est fait état dans la requête ne reposent sur aucun élément tangible, mais sur des considérations de portée générale. Concernant la durée de la séparation, force est de constater que les demandeurs n'ont pas fait montre d'une célérité particulière pour déposer leurs demandes de visa.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : la commission n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que la réunification familiale était partielle.
Un mémoire en réplique, présenté pour les requérants, a été enregistré le 6 mai 2024. Ils concluent aux mêmes fins que dans leur requête.
Ils font valoir en outre que :
- sur l'urgence : les demandeurs de visa, qui demeurent actuellement à Nairobi, et non dans un camp de réfugiés, et qui sont de nationalité somalienne, ne peuvent donc être enregistrés en tant que demandeurs d'asile au Kenya. Dès lors, ils se trouvent nécessairement en situation irrégulière dans cet Etat, et encourent donc un risque accru d'être victimes des abus perpétrés par les forces de l'ordre kenyane, mais également d'expulsion vers la Somalie. En outre, compte tenu de cette situation administrative, ils ne peuvent avoir accès à l'éducation. Enfin, la convocation des quatre aînés de la fratrie par le consulat, suite au mémoire en défense de l'administration, va accentuer leur isolement. Agés respectivement de 11, 10 et 8 ans, ils ne peuvent rester seuls au Kenya.
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : Mme I C exerce seule l'autorité parentale sur les enfants, tel que l'a constaté le juge compétent. Cette décision de justice permet de démontrer qu'elle est la seule à subvenir aux besoins de ses enfants.
Mme I C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 à 10 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Nève, accompagnée de Mme E, élève avocate, qui a pris la parole, substituant Me Renard, conseil des requérants,
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme I C, ressortissante somalienne bénéficiaire de la protection subsidiaire, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, née le 27 février 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours dirigé contre les décisions du 13 décembre 2023 de l'ambassade de France au Kenya rejetant les demandes de visa de M. D H A, également requérant, et des enfants G H A, N H A, O H A, L B F, J B F et K B F, sollicités au titre de la réunification familiale.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Postérieurement à l'introduction de la requête, le ministre de l'intérieur a donné instruction à l'autorité consulaire française à Nairobi de délivrer les visas sollicités par M. D H A et par les enfants G H A, N H A et O H A, ce qui n'est pas contesté par les requérants. Par suite, les conclusions présentées en ce qui concerne ces demandeurs sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
5. Il résulte de l'instruction que les demandeurs de visas L B F, J B F et K B F, dont le lien familial avec Mme I C n'est pas discuté en défense, vivent aujourd'hui au Kenya en étant séparés de celle-ci, à tout le moins depuis 2016. En outre, cette dernière démontre, par les pièces qu'elle produit, qu'elle est seule à bénéficier de l'autorité parentale sur ceux-ci, âgés de seulement 8, 10 et 11 ans, leur père demeurant pour sa part en Somalie. Le ministre ne conteste par ailleurs pas sérieusement que ces jeunes enfants sont déscolarisés et que leurs conditions de vie sont précaires en l'absence de ressources propres, malgré les efforts financiers de la requérante, laquelle justifie par la production de ses revenus ne pas être toutefois en capacité de se déplacer régulièrement au Kenya pour les visiter. Ainsi, sans qu'un manque de diligence ne puisse être retenu à l'encontre de Mme I C, et alors que la circonstance que le reste de la fratrie, comprenant notamment le seul majeur de la famille, est appelé à rejoindre prochainement la France, laissant ainsi les demandeurs dans une situation d'isolement, au surplus sous la menace d'une expulsion vers la Somalie en proie à un conflit armé, au regard de la précarité de leur situation administrative, la condition d'urgence impartie par l'article L. 521-1 précité doit être regardée comme étant remplie. Par ailleurs, au regard des pièces versées à l'instance, ainsi que du débat à l'audience, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, en ce qu'elle concerne L B F, J B F et K B F, au regard de ses motifs tels que retenus en défense.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en tant qu'elle rejette le recours dirigé contre les décisions du 13 décembre 2023 de l'ambassade de France au Kenya rejetant les demandes de visa de L B F, J B F et K B F.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen des demandes de visa de L B F, J B F et K B F, dans un délai de 15 jours à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Mme I C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Renard d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, tendant à la suspension de l'exécution de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en tant qu'elle rejette le recours dirigé contre les décisions du 13 décembre 2023 de l'ambassade de France au Kenya rejetant les demandes de visa de D H A et des enfants G H A, N H A et O H A.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions du 13 décembre 2023 de l'ambassade de France au Kenya rejetant les demandes de visa de L B F, J B F et K B F est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen des demandes de visa de L B F, de J B F et de K B F, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'État versera à Me Renard, avocat des requérants, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme I C, à M. D H A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Renard.
Fait à Nantes, le 7 mai 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026