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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406086

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406086

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantBENVENISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 avril et 5 juin 2024,

M. B A, représenté par Me Benveniste, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024, notifié le 18 avril suivant, par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant trois ans à compter de la notification de cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder au réexamen de sa demande, de lui délivrer sans délai et sous astreinte une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son inscription au fichier du système d'information Schengen (SIS) ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les droits de la défense ont été méconnus dans le cadre de la présente instance dès lors que la désignation d'office d'un avocat n'a été sollicitée par la juridiction que plusieurs semaines après l'introduction de la requête et quelques jours seulement avant l'audience.

- L'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente dès lors que la délégation de signature du préfet de la Sarthe ne comporte aucune signature et ne peut dès lors valablement produire ses effets ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 et du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifiait avant son incarcération d'un contrat de travail à durée indéterminée et qu'il reprendra l'activité ainsi exercée à sa sortie de détention ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article

L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les faits reprochés, dont certains ne sont nullement étayés, ne permettent pas de caractériser une menace réelle, actuelle et grave à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a fixé en France l'ensemble de ses attaches personnelles et familiales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle, compte tenu notamment de sa durée de présence en France et de son intégration sociale et professionnelle ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale par voie d'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle, compte tenu notamment de sa durée de présence en France et de son intégration sociale et professionnelle ;

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant trois ans :

- la décision attaquée est illégale par voie d'exception, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Danet, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Benveniste, avocate de M. A présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Le préfet de la Sarthe n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été reportée au lundi 10 juin à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 15 mars 1989, a été condamné le 12 octobre 2022 par le tribunal correctionnel de La Rochelle à une peine d'emprisonnement de six mois, assortie d'un suris probatoire pour une durée de deux ans. Par jugement du 29 juin 2023, le juge d'application des peines près le tribunal judiciaire des Sables d'Olonne a prononcé la révocation de ce sursis. M. A a été, en conséquence, incarcéré à compter du 3 janvier 2024, en dernier lieu, au centre pénitentiaire du Mans (Sarthe). Sa date prévisionnelle de libération est prévue le

3 juillet 2024. Par un arrêté du 16 avril 2024, notifié le 18 avril suivant, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant trois ans à compter de la notification de cette décision. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 16 avril 2024 :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions figurant dans l'arrêté :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux citoyens de l'Union européenne : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. ". Aux termes de son article L. 614-6 : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure.

Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes de son article L. 614-8 : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". Aux termes de son article L. 614-9 : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ". Et aux termes de son article L. 614-15 : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-22 du code de justice administrative, applicable en cas de rétention ou d'assignation à résidence : " L'étranger peut, au plus tard avant le début de l'audience, demander qu'un avocat soit désigné d'office. Il en est informé par le greffe du tribunal au moment de l'introduction de sa requête. / Quand l'étranger a demandé qu'un avocat soit désigné d'office, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné en informe aussitôt le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal judiciaire dans le ressort duquel se tiendra l'audience. Le bâtonnier effectue la désignation sans délai. ".

4. M. A fait valoir que les droits de la défense ont été méconnus dans le cadre de la présente instance dès lors qu'il n'a bénéficié de la désignation d'office d'un avocat que quelques jours seulement avant la tenue de l'audience alors qu'il avait sollicité cette désignation dès l'introduction de sa requête. Il ressort des pièces du dossier que la présente affaire avait été initialement inscrite au rôle d'une audience prévue le 30 mai 2024, selon la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prévoyant un délai pour statuer de trois mois, et applicable aux contestations concernant les mesures d'éloignement et les interdictions de circulation sur le territoire français prises à l'encontre de citoyens de l'Union européenne, par renvoi en ce sens des dispositions de l'article L. 251-7 du même code. Par courrier du 29 mai 2024, la juridiction a informé les parties de la radiation de l'affaire du rôle de l'audience initialement prévue et son renvoi à une audience du 27 juin 2024. La juridiction a toutefois été informée, le 30 mai suivant, que le requérant, détenu, était susceptible d'être libéré avant qu'il ne soit statuer sur sa requête. En conséquence et en application des dispositions applicables précitées de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'affaire a été inscrite au rôle de l'audience du 6 juin 2024 afin qu'il puisse être statué dans le délai de huit jours prescrit par ces dispositions. A la demande du requérant, un avocat a été désigné le 31 mai 2024 pour assurer la défense de ses intérêts. Le même jour, un avis d'audience a été transmis aux parties. Si M. A fait valoir qu'il n'a pas pu échanger utilement avec son conseil avant la tenue de l'audience, la circonstance, pour regrettable qu'elle soit, que la désignation de son avocat ne soit pas intervenue plus tôt, peu après l'introduction de sa requête, n'est pas de nature à démontrer que les droits de la défense auraient été en l'espèce méconnus, compte tenu notamment de l'évolution des circonstances ayant conduit en cours d'instance à modifier les modalités de traitement du recours et des diligences accomplies par la juridiction pour permettre une telle désignation six jours avant l'audience, dans le cadre d'une procédure contentieuse d'urgence. Au surplus, le report de la clôture d'instruction au

10 juin 2024 a, en tout état de cause, permis au requérant d'apporter les compléments utiles à l'appui de ses prétentions. Par suite, le moyen ainsi invoqué doit être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par arrêté du 9 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation pour signer " tous arrêtés, décisions, saisines juridictionnelles, circulaires, rapports, correspondances documents et avis, relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe " à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées contenues dans l'arrêté. La circonstance que l'ampliation de l'arrêté de délégation publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture ne comporte pas la signature de l'autorité délégante est sans incidence sur la légalité de cette délégation, dès lors que la version originale, produite à l'instance, en est revêtue. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; ". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une ou plusieurs infractions à la loi mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour édicter à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe s'est fondé d'une part, sur le motif tiré de ce que M. A ne justifiait plus d'aucun droit au séjour, en particulier au regard des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que son comportement constituait une menace à l'ordre public au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du même code.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie en France depuis 2021 d'une activité professionnelle en tant qu'ouvrier-monteur dans le secteur de la construction lui procurant une rémunération d'environ 2 500 euros net par mois. En outre, si son incaracération a conduit à l'interruption de l'exercice de son activité professionnelle, il est établi et non contesté que le contrat de travail de l'intéressé a été maintenu et son employeur a exprimé le souhait de le conserver dans les effectifs de son entreprise à sa sortie de détention. Ainsi, M. A peut être regardé comme exerçant une activité professionnelle au sens du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le premier motif retenu par le préfet de la Sarthe pour fonder sa décision est entachée d'illégalité. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. A a été condamné le 12 octobre 2022, par le tribunal correctionnel de La Rochelle, à une peine de six mois d'emprisonnement, assortie d'une mesure de sursis probatoire pendant deux ans, pour des faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commis en février 2022, et pour violence sans incapacité par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire d'un pacte civil de solidarité en janvier 2022. Le sursis probatoire a été révoqué par une décision du juge de l'application des peines du tribunal judiciaire des Sables d'Olonne du 29 juin 2023. Il ressort également du bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé que ce dernier a été condamné, le 15 janvier 2020, par le tribunal correctionnel de Toulouse, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de dégradation ou déterioration de bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique, commis le 14 juillet 2019. Par ailleurs, si M. A, qui se déclare célibataire et sans enfant, indique séjourner en France depuis 2009, il ne produit aucune pièce susceptible d'étayer ses allégations. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent et répété des infractions commises, non dénués de gravité, ayant donné lieu à condamnations judiciaires, et, pour l'une d'entre elles, à la révocation d'un sursis, de nature à mettre en doute la volonté réelle de réinsertion du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que son comportement personnel constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, justifiant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Il résulte de l'instruction que l'autorité adminstrative aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que ce seul motif pour fonder la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. M. A, qui s'est déclaré célibataire et sans enfant, ne justifie pas de liens personnels anciens, stables et intenses en France. Par ailleurs, il est constant qu'il dispose d'importantes attaches familiales où vit toute sa famille, selon ses déclarations lors de son audition par les services de police le 8 mars 2024, confirmées à l'audience. S'il fait état de la présence d'un frère, domicilié à Oyonnax (Ain), ce seul élément n'est pas de nature à établir qu'il aurait fixé en France de manière stable le centre de ses intérêts personnels et familiaux ni qu'il y justifierait d'une particulière intégration. Au surplus et ainsi qu'il a été dit au point 8, l'intéressé a fait l'objet, dans un passé récent, de deux condamnations pénales, pour des faits non dénués de gravité. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise ni qu'elle procéderait d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, les moyens ainsi invoqués doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre la décision fixant le délai de départ volontaire.

14. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable et en particulier l'article L. 251-3 dudit code précité. Elle précise que l'urgence à éloigner M. A sans délai de départ volontaire est justifiée par le caractère grave et répété des faits pour lesquels il a été condamné et rappelés précédemment et en raison de l'absence de garantie suffisante de représentation, en l'absence notamment de documents d'identité et de voyage en cours de validité et de justification d'une résidence réelle, stable et actuelle. Ainsi, elle énonce avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

15. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A a fait l'objet, en 2020 et en 2022, de deux condamnations pour des faits non dénués de gravité et dont l'une a donné lieu à la révocation du sursis prononcé, à l'origine de son actuelle incarcération. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police du 8 mars 2024 que M. A ne dispose à ce jour d'aucun documents d'identité ou de voyage valide. De même, s'il a déclaré être hébergé à titre gratuit par son employeur à La Motte-Achard (Vendée), il n'a pas été en mesure de justifier de cet hébergement malgré l'invitation qui lui a été faite par les services de police de transmettre tout document utile à cette fin à la préfecture. Dans ces conditions, en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français.

18. En second et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

19. Ainsi qu'il a été dit précédemment, si M. A fait valoir qu'il séjourne en France depuis 2009, il ne l'établit pas. Par ailleurs, alors qu'il a fait l'objet de deux condamnations pénales en 2020 et 2022, il ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses et stables en France ni d'une particulière intégration. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté du

16 avril 2024 présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Sarthe et à Me Benveniste.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

Le magistrat désigné,

J. DANET

La greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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