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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406157

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406157

vendredi 6 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12eme chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme C, ressortissante gabonaise, contestant l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 18 avril 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation au regard de l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992, en raison de l'absence de diplôme obtenu depuis son arrivée en France, du manque de progression et de l'incohérence de son cursus universitaire. Il a également jugé que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'absence de liens personnels et familiaux suffisamment stables en France. Par conséquent, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination ont été jugées légales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2024 et 3 mars 2025, Mme B C, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive cette décision de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prive cette décision de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante gabonaise née le 22 août 1997, est entrée en France le 22 août 2018, sous couvert d'un visa de long séjour étudiant. Le 29 novembre 2019, elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de son titre de séjour étudiant sur le fondement des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992. Une carte de séjour pluriannuelle lui a été délivrée pour la période du 6 janvier 2020 au 5 janvier 2022, puis une carte de séjour temporaire, renouvelée une fois jusqu'au 5 janvier 2024. Le 8 novembre 2023, elle a de nouveau sollicité du préfet le renouvellement de son titre de séjour étudiant sur le fondement des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-gabonais précité. Sa demande été rejetée par un arrêté du 18 avril 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'issue de ce délai. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ".

3. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-gabonais, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de délivrance d'une carte de séjour en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme C, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur l'absence de succès dans ses études, l'intéressée n'ayant pas obtenu de diplôme depuis son arrivée en France, sur l'absence de progression significative dans ses études et sur l'incohérence de son cursus au regard du changement d'orientation de la requérante pour un diplôme de niveau inférieur.

5. Il ressort des pièces du dossier et des termes de l'arrêté attaqué que Mme C est entrée en France le 22 août 2018 et s'est inscrite en première année de licence de droit sur deux ans à l'université d'Angers. Au terme des années 2019-2020 et 2020-2021, elle a validé cette première année. Au cours de l'année scolaire 2021-2022, elle a été ajournée de sa deuxième année en licence de droit avec une moyenne de 6,752 sur 20 à la première session et de 7,278 sur 20 à la seconde session. L'intéressée, qui s'est de nouveau inscrite en deuxième année de droit au titre de l'année 2022-2023, a été déclarée " défaillante " à la première session et a été ajournée à la seconde session avec une moyenne de 7,146 sur 20. Mme C s'est ensuite réorientée en première année de brevet de technicien supérieur " collaborateur juriste notarial " au titre de l'année 2023-2024. Contrairement à ce que soutient le préfet de Maine-et-Loire, cette formation est en lien avec les études de droit suivies antérieurement par la requérante, ce qui ne démontre pas une incohérence dans son cursus. Par ailleurs, la circonstance que le changement d'orientation de Mme C vise l'obtention d'un diplôme de niveau inférieur aux études universitaires initialement suivies ne fait pas obstacle à ce que cette dernière puisse bénéficier d'un titre de séjour en application des stipulations de la convention franco-gabonaise précitées, dès lors qu'elle justifie suivre un enseignement réel et sérieux en France et disposer de moyens d'existence suffisants. Toutefois, il ressort de l'ensemble du parcours d'études de la requérante, rappelé ci-dessus, qu'elle n'a validé qu'une seule année d'études en cinq ans et sept mois de présence sur le territoire français sans obtenir aucun diplôme et qu'ainsi, son parcours, marqué en outre par des ajournements prononcés sur la base de notes très faibles, ne démontre pas de progression suffisante, sans que la requérante apporte le moindre élément d'explication sur ces échecs successifs. Elle ne justifie pas davantage des raisons pour lesquelles elle ne s'est pas présentée aux examens afférents à l'année universitaire 2022-2023. Dans ces circonstances, les résultats satisfaisants obtenus au titre du premier semestre de brevet technicien supérieur, ainsi que l'obtention d'une convention de stage dans un office notarial pour la période du 21 mai 2024 au 12 juillet 2024, ne sauraient suffire à démontrer que le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations précitées en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour étudiant.

6. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant pour contester une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui procède exclusivement d'une appréciation par l'autorité préfectorale, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité et du sérieux des études poursuivies par l'intéressée. Dès lors, ce moyen, en tant qu'il est soulevé à l'encontre de la décision de refus de séjour opposée à Mme C, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Mme C se prévaut de sa relation en concubinage avec un ressortissant congolais titulaire d'une carte de séjour mention " étudiant ", valable jusqu'au 23 octobre 2024. Il ressort des déclarations de son concubin que celui-ci était, à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise, étudiant en 3ème année de licence à l'université d'Angers, que leur relation a débuté en novembre 2022, et qu'ils disposent d'un domicile commun depuis le 10 février 2023. Toutefois, l'avenant au contrat de bail d'habitation produit ne permet d'établir la vie commune du couple que depuis le 20 novembre 2023. L'attestation produite par le concubin allégué de la requérante ne saurait, à elle seule, suffire à établir la réalité et la stabilité des liens qu'il prétend entretenir avec cette dernière. En outre, Mme C ne fait valoir aucune autre relation d'une particulière intensité qu'elle aurait nouée en France et ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de Mme C.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et une demande présentée au titre des frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Seguin.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2025.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. A

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

al

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