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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406414

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406414

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 9ème chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 29 avril, 14 mai et 27 août 2024, 31 janvier, 3 février et 4 février 2025, Mme B A, représentée par Me Blin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et l'a obligée à se présenter au commissariat les lundis, mercredis et vendredis afin d'indiquer les diligences accomplies dans la préparation de son départ ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît le droit à la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le droit à la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter au commissariat

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne prévoit aucune date de fin ;

- elle est manifestement disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 21 janvier 2025, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pétri pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Blin, représentant Mme A.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante angolaise née le 12 mars 1991, déclare être entrée sur le territoire français le 24 juillet 2022. Sa demande de protection internationale a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 14 mars 2024. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et l'a obligée à se présenter au commissariat les lundis, mercredis et vendredis afin d'indiquer les diligences accomplies dans la préparation de son départ. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne le rejet définitif de la demande d'asile de Mme A, ainsi que des éléments relatifs à sa situation familiale, notamment la circonstance que son conjoint fait également l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors qu'elle comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels elle se fonde, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte () : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; ".

4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union européenne. Il s'ensuit que le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision pouvant affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre la personne intéressée lorsque celle-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective.

5. Dans le cas où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise après que la demande d'asile a été définitivement refusée au ressortissant étranger, ladite décision découle nécessairement de ce refus. Le droit d'être entendu n'implique dès lors pas que l'autorité préfectorale soit obligée de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations spécifiquement sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant l'octroi de la protection internationale. Le ressortissant étranger, lorsqu'il sollicite le bénéfice de cette protection, ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande à être admis au bénéfice de l'asile et à produire tous éléments utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire état de toute observation complémentaire utile.

6. En l'espèce, la requérante a été mise à même de présenter ses observations à l'occasion de sa demande d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été empêchée, lors de cette demande et au cours de son instruction, de formuler toute remarque utile susceptible d'exercer une influence sur la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En troisième lieu, il est constant que la décision attaquée ne fait pas référence au décès du père de Mme A en Angola, à son activité professionnelle, à la scolarisation d'un de ses enfants sur le territoire français, ou à la circonstance que sa mère et ses sœurs disposent d'un titre de séjour en France. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à caractériser l'existence d'un défaut d'examen, alors en outre que le préfet de Maine-et-Loire indique que l'époux de Mme A fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que leur vie familiale a donc vocation à se poursuivre dans leur pays d'origine, et qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a débuté une activité professionnelle postérieurement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si Mme A soutient que le préfet de Maine-et-Loire n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que des erreurs de fait auraient été commises. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a entrepris, à compter du mois de mars 2024, des démarches pour exercer une activité professionnelle en France, que sa mère et ses sœurs sont en situation régulière sur le territoire français, que son époux y occupe un emploi depuis le 4 octobre 2023, que l'aîné de ses enfants y est scolarisé depuis l'année 2022-2023, que son cadet y est né le 13 mai 2023, et que son père, qui résidait dans son pays d'origine, est décédé le 29 août 2012. Toutefois, eu égard au caractère récent de l'ensemble de ces éléments, à la date de la décision attaquée, et dès lors que son époux fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, sa vie familiale a vocation à se poursuivre dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Ainsi que cela a été dit au point 10, il ressort des pièces du dossier que les enfants de Mme A avaient vécu peu de temps en France, à la date de la décision attaquée, et que leur vie familiale a vocation à se poursuivre dans leur pays d'origine, où Mme A a vécu durant la majeure partie de sa vie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme A doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 10 et 12.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, la décision attaquée mentionne notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que Mme A n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, elle doit être regardée comme suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

16. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 10.

En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter au commissariat :

17. Si la décision attaquée cite les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne mentionne toutefois aucune circonstance de fait justifiant l'application de ces dispositions à la situation de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être accueilli.

18. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de Mme A une obligation de se présenter au commissariat trois fois par semaine, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

Sur les frais d'instance :

19. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 5 avril 2024 est annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de Mme A une obligation de se présenter au commissariat trois fois par semaine.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Blin et au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 25 février 2025.

La magistrate désignée,

M. PETRI

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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