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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406440

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406440

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 9ème chambre
Avocat requérantGIRARDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2024, M. C D, représenté par Me Girardeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de la décision

- elle est signée par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile

- elle méconnaît l'article 47 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

- elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 21 janvier 2025, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen né le 23 janvier 1993, déclare être entré en France le 25 mai 2016. Il a formé une première demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 22 octobre 2018. Il a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile, et l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a considéré que cette demande était irrecevable par une décision en date du 8 janvier 2024. Il a formé un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile le 26 février 2024. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'ensemble de la décision :

2. Par un arrêté du 18 mars 2024, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire le même jour (n° 31), le préfet de ce département a donné délégation à M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire, à l'exception : / - des règlements généraux de police et de leurs modificatifs, / - des déclinatoires de compétence et arrêtés de conflits, / - des actes pour lesquels une délégation de signature a été conférée à un chef de service de l'Etat dans le département, / - des ordres de réquisition du comptable public ".

3. En l'espèce, la décision attaquée a été signée par M. B et figure dans la liste des décisions pour lesquelles l'intéressé bénéficie d'une délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

4. Si M. D invoque la méconnaissance du droit à un recours effectif devant un tribunal impartial et se prévaut de l'application de l'article 47 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces stipulations concernent toutefois les avis consultatifs de la Cour européenne des droits de l'homme. Il ressort des écritures que l'intéressé a en réalité entendu se prévaloir de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, aux termes duquel : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. / Une aide juridictionnelle est accordée à ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, dans la mesure où cette aide serait nécessaire pour assurer l'effectivité de l'accès à la justice. ".

5. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". L'article L. 542-1 de ce code dispose que : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". L'article L. 542-2 du code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; ". Enfin, l'article L. 531-32 du même code dispose que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que cela a été dit au point 1, que la demande d'asile de M. D a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 22 octobre 2018, et que sa demande de réexamen a été rejetée du fait de son irrecevabilité par une décision du 8 janvier 2024, prise en application des articles L. 531-32 et L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il résulte des dispositions citées au point précédent que M. D ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le recours qu'il a formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides portant rejet de sa demande de réexamen, étant également précisé qu'il ne présente pas d'éléments probants justifiant son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. En outre, selon l'article L. 725-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un ressortissant étranger peut demander au juge saisi du recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français de suspendre l'exécution de cette décision. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant retrait de l'attestation de la demande d'asile à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. En se bornant à soutenir qu'il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile en raison de nouveaux éléments relatifs à sa situation, sans préciser lesquels, et de l'assassinat de ses deux parents, M. D ne démontre pas que le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations citées au point 8. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale, en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Girardeau et au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 25 février 2025.

La magistrate désignée,

M. A

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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