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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406474

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406474

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2024, M. B A, représenté par Me Leudet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 20 mars 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; la décision attaquée a pour effet de le placer en situation irrégulière et emporte des effets sur sa santé mentale et le déroulement de ses études ; sans récépissé durant l'examen de son recours au fond, il n'aura d'autre choix que d'arrêter ses études, mettant ainsi un terme à tous les efforts réalisés et perdra le bénéfice des unités d'enseignement qu'il a validées et la possibilité de valider son diplôme dont il suit les enseignements depuis 5 ans ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

* elle est entachée d'une erreur et d'un défaut de base l'égale et d'une erreur de droit : la décision contestée est fondée sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur l'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992, relatif à la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant ", alors qu'il est ressortissant mauritanien ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992 et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations : le fait qu'il n'ait obtenu qu'une seule note supérieure à 10/20 au cours des années académiques 2018/2018 et 2019/2020, comme l'a relevé le préfet, n'est pas un critère pertinent dès lors que l'obtention de son diplôme nécessite d'obtenir un total de 130 points, qui peut être atteint en cumulant des notes supérieures à 6 et inférieures à 10 ; la formation qu'il suit est particulièrement exigeante ; la désorganisation, le suivi des enseignements à distance, et l'isolement provoqués par la pandémie de la COVID 19, ont affecté ses résultats scolaires et son état de santé ; les résultats obtenus ne remettent pas en cause le sérieux et la réalité de ses études, au cours desquelles il a fait preuve d'assiduité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par M. B A n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle est fondée sur les stipulations de l'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992 qu'il convient de substituer aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 avril 2024 sous le numéro 2406494 par laquelle M. B A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République islamique de Mauritanie, signée à Nouakchott le 1er octobre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 à 10 heures 30 :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- et les observations de Me Obrio, substituant Me Leudet, représentant M. B A, en sa présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 15 juin 1997, est entré en France le 15 septembre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant ". Par la suite, il a bénéficié d'un titre de séjour, en qualité d'étudiant, valable en dernier lieu, du 1er septembre 2022 au 31 août 2023. L'intéressé en a sollicité le renouvellement auprès du préfet de la Loire-Atlantique lequel a refusé de l'admettre au séjour par une décision du 20 mars 2024, dont le requérant demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions de ce code " s'appliquent sous réserve des conventions internationales ". L'article L. 422-1 du même code dispose : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". L'article L. 433-1 du même code dispose que " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ". L'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes stipule : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi () ainsi que () de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention ‹ étudiant ›. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études () et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ".

4. Il résulte des stipulations précitées de l'article 13 de l'accord franco-mauritanien du 1er octobre 1992 que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants mauritaniens désireux de poursuivre des études supérieures en France, dont la situation est régie par les stipulations de l'article 9 de cet accord. Par suite, l'arrêté contesté ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. D'une part, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant " contestée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par la décision en cause, dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées de l'article 9 de cet accord et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, en troisième lieu, que ce dernier a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Il y a, dès lors, lieu de procéder à la substitution de base légale demandée en défense.

7. D'autre part, aucun des moyens invoqués par M. B A, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 20 mars 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour en tant qu'étudiant.

8. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, de rejeter la requête de M. B A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A, au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer et à Me Leudet.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique

Fait à Nantes, le 28 mai 2024.

La juge des référés,

O. ROBERT-NUTTE

La greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2406474

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