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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406494

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406494

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril et 2 septembre 2024, M. D B A, représenté par Me Leudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation de provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur le moyen commun à l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se fonde sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur l'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992 ;

- elle méconnaît l'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992, ainsi que la circulaire du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère sérieux des études des étudiants étrangers ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il est fondé à demander que l'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992 soit substitué, en tant que base légale du refus de séjour opposé au requérant, à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République islamique de Mauritanie, signée à Nouakchott le 1er octobre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douet, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Obriot, substituant Me Leudet, représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, ressortissant mauritanien né le 15 juin 1997, est entré en France le 15 septembre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Par la suite, il a bénéficié d'un titre de séjour, en qualité d'étudiant, valable en dernier lieu, du 1er septembre 2022 au 31 août 2023. L'intéressé en a sollicité le renouvellement auprès du préfet de la Loire-Atlantique. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 20 mars 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux différentes décisions :

2. L'arrêté attaqué du 20 mars 2024 a été signé par M. E C, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 1er mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet de ce département a donné délégation à l'adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties de décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et fixation du délai de départ, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, dont il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions de ce code " s'appliquent sous réserve des conventions internationales ". L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens. L'article L. 422-1 du même code dispose : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". L'article L. 433-1 du même code dispose que " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ". L'article 9 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes stipule : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi () ainsi que () de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention ‹ étudiant ›. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études () et de la possession de moyens d'existence suffisants () ".

4. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, M. B A ayant la nationalité mauritanienne, et souhaitant poursuivre des études supérieures sur le territoire français, sa situation est régie par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-mauritanien du 1er octobre 1992. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de procéder à une substitution de base légale, en substituant à l'article L. 422-1 du code précité, l'article 9 de l'accord franco-mauritanien précité.

6. Les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-mauritanien du 1er octobre 1992 peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par la décision en cause, dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées de l'article 9 de cet accord et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation notamment sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, en troisième lieu, que ce dernier a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Ainsi, il y a lieu de substituer les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-mauritanien, comme fondement légal du refus de titre de séjour en cause portant la mention " étudiant " à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, entré sur le territoire français le 15 septembre 2018, s'est inscrit au conservatoire national des arts et métiers des Pays de la Loire pour l'année académique 2018-2019, en vue d'obtenir un diplôme de gestion et de comptabilité. A l'issue de cette année académique, M. B A n'a pas obtenu ce diplôme en raison de résultats insuffisants. Il s'est réinscrit dans la même formation pour les années académiques 2019-2020, 2020-2021, 2021-2022, 2022-2023. Il ressort des relevés de notes produits par le requérant que pour chacune de ces années, il n'a pas obtenu de résultats suffisants lui permettant d'obtenir le diplôme visé et a échoué à cinq sessions académiques successives au sein du même cursus. Si le requérant fait également part d'un état de dépression survenu à partir du mois de mars 2020 du fait de l'épidémie de covid-19, et ayant eu des conséquences sur ses études, il ne produit aucune pièce médicale tandis que le témoignage d'un membre de son entourage apparaît à cet égard insuffisant. Enfin, M. B A ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère sérieux des études des étudiants étrangers, qui n'a pas de caractère réglementaire et ne comporte pas de lignes directrices opposables à l'administration. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique a pu, sans méconnaitre l'article 9 de l'accord franco-mauritanien du 1er octobre 1992, regarder les études de M. B A comme revêtant un caractère insuffisamment sérieux en l'absence de progression dans son cursus et refuser, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait elle-même illégale du fait de cette illégalité.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B A, entré en France en septembre 2018, fait valoir sa durée de séjour en France et son investissement dans ses études. Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit pas avoir noué des attaches personnelles et familiales anciennes, stables et intenses en France. En outre, M. B A ne démontre pas davantage être dépourvu de tout lien avec son pays d'origine. Dans ces circonstances, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En troisième lieu, M. B A soutient que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet porte atteinte à sa situation personnelle, notamment en ce qu'elle l'empêche de se présenter aux examens de sa formation qui se déroulent au mois de mai 2024. Cependant, le requérant n'a pas produit de pièce confirmant sa convocation à ces examens. Par suite, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. L'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait elle-même illégale du fait de cette illégalité.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

14. En l'espèce, si M. B A allègue que le délai de départ volontaire compromet la poursuite de son parcours académique, ce moyen doit être écarté compte tenu de ce qu'il a été dit au point 5 du jugement alors que l'intéressé ne fait par ailleurs état d'aucune circonstance particulière pouvant justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Ainsi, la décision fixant à trente jours le délai accordé à M. B A pour quitter volontairement le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Leudet.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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