jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2406521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 7ème chambre |
| Avocat requérant | BOURGET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, Mme A D E, représentée par Me Bourget, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 3 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Vendée l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de sept jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 3 novembre 2023 lui a été notifié en préfecture le 2 avril 2024 ;
En ce qui concerne le retrait du titre de séjour :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté, qui n'est pas le préfet de la Vendée seul compétent en application de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était compétent ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle vit en France depuis cinq années, est proche de sa sœur résidant à Orléans, est intégrée, notamment par le travail puisqu'elle a conclu un contrat à durée indéterminée en décembre 2022 ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité du retrait du titre de séjour entache d'illégalité l'obligation de quitter le territoire français ;
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses liens en France et des traumatismes vécus dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête de Mme D E.
Il soutient que :
- la requête de Mme D E est irrecevable :
o en raison de sa tardiveté, la décision du 7 septembre 2023 portant retrait du titre de séjour ayant été régulièrement notifiée à l'intéressée au début du délai de garde légal par les services postaux le 12 septembre 2023 et la décision du 3 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français ayant été régulièrement notifiée au début du délai de garde légal par les services postaux le 9 novembre 2023 ;
o en l'absence de requête distincte contre la décision du 7 septembre 2023 portant retrait du titre de séjour ;
- les moyens soulevés par Mme D E ne sont pas fondés.
La demande d'aide juridictionnelle de Mme D E a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D E, née au Tchad en janvier 1984, est entrée en France en octobre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 septembre 2020. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 février 2021. Mme D E a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 janvier 2022. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 juin 2022. Mme D E a déposé une demande de titre de séjour en qualité de ressortissante de l'Union européenne en invoquant avoir la nationalité belge. En mai 2023, elle s'est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable entre mars 2023 et mars 2028. Le 7 septembre 2023, le préfet de la Vendée a procédé au retrait de la carte de séjour pluriannuelle de Mme D E. Par des décisions du 3 novembre 2023, le préfet de la Vendée a obligé Mme D E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Mme D E demande l'annulation des décisions du 3 novembre 2023.
Sur l'étendue du litige :
2. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, Mme D E demande, par la présente requête, uniquement l'annulation des décisions du 3 novembre 2023, dont aucune n'a pour objet de retirer la carte de séjour pluriannuelle qui lui avait été délivrée en mai 2023. En effet, son titre de séjour avait été retiré par une décision, antérieure de presque deux mois, du 7 septembre 2023.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
4. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
5. Mme D E invoque, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français du 3 novembre 2023, l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Vendée avait procédé au retrait de son titre de séjour délivré en mai 2023. Ainsi qu'il a été dit au point 2 du jugement, ce retrait a été opéré par la décision du 7 septembre 2023. Il ressort des pièces du dossier que cette décision a été présentée le 12 septembre 2023 à l'adresse que Mme D E avait indiquée au préfet, le pli la contenant étant revenu avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait informé le préfet de la Vendée d'un changement d'adresse. Il suit de là que la décision du 7 septembre 2023, qui comporte l'exposé des voies et délais de recours, doit être considérée comme régulièrement notifiée à la date du 12 septembre 2023. Il suit de là qu'à la date de l'introduction de la requête de Mme D E, ce retrait est devenu définitif. Dès lors, la requérante ne peut utilement invoquer l'illégalité de la décision du 7 septembre 2023, qui présente un caractère définitif.
6. En deuxième lieu, l'arrêté du 3 novembre 2023 a été signé pour le préfet par M. C B, directeur de la citoyenneté et de la légalité. Par un arrêté du 3 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Vendée a accordé au directeur de la citoyenneté et de la légalité une délégation de signature lui permettant de signer au nom du préfet les décisions telles que celles en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
7. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D E est entrée en France en octobre 2019, soit environ quatre années avant l'obligation de quitter le territoire français contestée. Son séjour dans ce pays n'est pas continu puisqu'elle indique avoir résidé pendant quelques mois en Belgique au cours de l'année 2020 où elle s'est procurée une carte d'identité belge, dont elle ne conteste pas le caractère falsifié. Elle n'a résidé régulièrement en France qu'en qualité de demandeure d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile de juin 2022, puis sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle obtenue grâce à la fausse carte d'identité belge. Si elle fait état de la présence en France de sa sœur, qui réside à Orléans, Mme D E est majeure, célibataire, a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et n'établit ni même n'allègue que ses quatre enfants résideraient en France. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de Mme D E et de la nature de ses attaches privées et familiales, le préfet de la Vendée n'a pas porté au droit de l'intéressée à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et dès lors que Mme D E n'apporte aucun élément de nature à établir les faits dont elle soutient avoir été victime dans son pays d'origine, le préfet de la Vendée n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de ses décisions sur la situation de Mme D E.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non recevoir soulevée par le préfet défendeur, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D E doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D E, à Me Bourget et au préfet de la Vendée.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024
La magistrate désignée,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2406521
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026