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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2406768

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2406768

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2406768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2024, M. B C et Mme A D, représentés par Me Régent, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France a rejeté leur recours formé à l'encontre de la décision du 23 octobre 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Addis Abeba (Ethiopie) a refusé de délivrer à Mme D, un visa de long séjour sollicité au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros hors taxes au profit de leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de la durée de leur séparation et de la situation de particulière vulnérabilité de Mme D, femme isolée, ayant également fui l'Erythrée, et ne bénéficiant pas d'un droit au séjour en Ouganda, pays dans lequel elle séjourne actuellement de manière précaire, dans un camp de réfugiés ; de plus, la requérante se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité en raison des épisodes de migraines invalidantes dont elle souffre depuis plusieurs mois ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

*elle méconnaît l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation, en ce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne démontre pas le caractère frauduleux d'une part, des documents d'état civil de Mme D, et d'autre part de leur acte de mariage ; de plus, elle justifie de son état civil et de son lien matrimonial en fournissant un certificat de baptême de l'église orthodoxe érythréenne, d'une valeur en pratique équivalente à celle d'un acte d'état civil, dont les informations sont corroborées par plusieurs éléments de possessions d'état, notamment une carte de réfugié fournie par le Haut-Commissaire aux Nations-Unies pour les réfugiés, ainsi qu'un certificat de naissance en date du 17 août 2020, et un certificat de mariage du 7 mars 2022 ; le lien matrimonial invoqué est également établi par possession d'état ;

*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations en ce qu'elle porte atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en les empêchant d'être réunis, en dépit de l'autorisation de regroupement familial dont ils bénéficient.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par M. C et Mme D n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

M. C et Mme D ont été admis à l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 26 avril 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 avril 2024 sous le numéro 2405728 par laquelle M. C et Mme D demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 à 14 h 30 :

- le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés,

- les observations de Me Régent, représentant Mme D et M. C, en présence de ce dernier,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C ressortissant érythréen né le 12 mars 1993, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 septembre 2018. Par une décision du 24 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a autorisé le regroupement familial sollicité par l'intéressé au bénéfice de Mme D, qu'il présente comme son épouse. A ce titre, Mme D a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Addis Abeba (Ethiopie) lesquelles ont rejeté cette demande, le 23 octobre 2023. Par la présente requête, M. C et Mme D demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif contre la décision consulaire du 23 octobre 2023, a refusé de délivrer le visa litigieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

3. Le moyen invoqué par M. C et Mme D à l'appui de leur demande de suspension et tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que l'identité de la demandeuse de visa et lien matrimonial l'unissant au regroupant sont établis par les documents produits, est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

5. Eu égard à la durée de séparation des requérants et alors, de surcroît, que Mme D séjourne dans des conditions précaires dans un Etat dont elle n'est pas ressortissante, la condition d'urgence, prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre de la décision du 23 octobre 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Addis Abeba (Ethiopie) a refusé de délivrer à Mme D, un visa de long séjour sollicité au titre du regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande de visa de Mme D, dans un délai de 10 jours à compter de sa notification.

Sur les frais liés à l'instance :

8. M. C et Mme D ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%). Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Régent d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre de la décision du 23 octobre 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Addis Abeba (Ethiopie) a refusé de délivrer à Mme D, un visa de long séjour sollicité au titre du regroupement familial, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande de visa de Mme D, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Régent, avocate de M. C et Mme D, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, Mme A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.

Fait à Nantes, le 10 juin 2024.

La juge des référés,

O. ROBERT NUTTE

La greffière,

M-C MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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