mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2406914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mai 2024, M. A, représenté par Me Pollono, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour étranger malade, ainsi que celle du rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'enregistrer sa demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer un récépissé le temps de l'instruction de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. A son profit en cas de rejet.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée en matière de demande de renouvellement de titre de séjour et qu'il a précédemment bénéficié d'un titre de séjour valable du 18 juin au 17 décembre 2019 ; en tout état de cause, la décision attaquée le place dans une situation de précarité en ce qu'elle l'empêche de bénéficier de l'allocation adultes handicapés, alors-même qu'il est dans l'impossibilité de travailler en raison de son lourd handicap, évalué par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) entre 80% et 95% ; il se retrouve actuellement endetté et fait l'objet d'une procédure d'expulsion du logement qu'il occupe dans le cadre du dispositif Egérie ; par ailleurs, le refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour l'expose au risque d'éloignement en ce qu'une décision d'obligation de quitter le territoire français a été prononcée à son encontre le 22 mars 2021 par le préfet de Loire-Atlantique, alors même que son état de santé s'est aggravé.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'erreur de droit relative aux conditions s'agissant de l'enregistrement : il résulte des articles R. 431-10 à R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative chargée d'instruire les demandes de titres de séjour ne peut en refuser l'enregistrement que si le dossier est incomplet ;
* elle est entachée d'erreur d'appréciation et de droit sur les éléments nouveaux : tant les conditions de fond relatives à la disponibilité des soins en Côte d'Ivoire, que les éléments intervenus postérieurement au dépôt de la demande de renouvellement n'ont jamais été pris en compte et examinés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie en ce que le requérant ne peut être considéré comme sollicitant le renouvellement d'un titre de séjour alors qu'une décision de refus de renouvellement lui a été opposé le 22 mars 2021 ; en outre, le requérant ne produit aucune preuve quant à la situation de précarité dont il se prévaut, du fait du refus d'enregistrement de son titre de séjour datée du 7 décembre 2023 ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : la nouvelle demande de titre de séjour présentée par M. A présente un caractère abusif ou dilatoire. Le requérant ne présente aucun élément nouveau, en ce qu'il ne fait état d'aucun changement significatif dans sa situation personnelle, notamment à l'aune de son état de santé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mai 2024 à 10h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, conseil de M. A, en sa présence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibérée, présentée pour le requérant, a été enregistrée le 30 mai à 11h43. Elle a été communiquée.
L'instruction a été rouverte pour être à nouveau close le 31 mai 2024 à 16h00.
Une pièce complémentaire, présentée par le préfet, a été enregistrée le 31 mai 2024 à 11h09. Elle a été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 20 juillet 1984, est entré en France le 17 septembre 2018. Il a obtenu une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé du 18 juin au 17 décembre 2019. Le 22 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de renouvellement de titre et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire. Les 20 juin 2022 et 6 octobre 2023, l'intéressé a à nouveau sollicité son admission au séjour. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, ensemble celle du rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, la décision contestée, en ce qu'elle prive M. A du bénéfice de l'allocation adulte handicapé, porte atteinte de manière grave et immédiate à sa situation. Par ailleurs, la gravité de l'état de santé de l'intéressé, très lourdement handicapé, l'incertitude et la précarité de sa situation, au regard notamment de l'expulsion de son logement prévue le 1er juillet 2024, échéance qui ne pourra trouver une solution palliative grâce à l'aide de sa sœur, dès lors que son état nécessite un hébergement adapté, et qu'en tout état de cause celle-ci est appelée prochainement à quitter la France, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution du refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour " étranger malade " soit suspendue. La condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative est dans ces conditions et en tout état de cause remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées :
5. Il résulte des dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en dehors de l'hypothèse d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.
6. En l'espèce, au vu des pièces versées à l'instance, notamment médicales, qui démontrent l'absence de stabilisation de son état de santé, il ne résulte pas de l'instruction que la demande de titre de séjour de M. A présentait un caractère dilatoire ou abusif. Alors que la complétude de son dossier n'est pas contestée en défense, le moyen tiré de la violation des dispositions des articles R. 431-10 à R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dans ces conditions, propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées.
7. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente décision implique nécessairement que le préfet de la Loire-Atlantique convoque M. A afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et lui délivre à cette occasion, à titre provisoire, un récépissé de dépôt, valable au plus tard jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de prendre ces mesures dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais d'instance :
9. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour étranger malade de M. A, ainsi que celle portant rejet du recours gracieux, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A en qualité " d'étranger malade " et de lui délivrer à titre provisoire un récépissé de dépôt, valable au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué par le tribunal sur le recours au fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono la somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pollono.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 4 juin 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026