lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2407613 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête des pièces complémentaires enregistrées les 23 et 27 mai 2024, Mme B C, représentée par Me Emmanuelle Neraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°2024-1220 du 17 mai 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assignée à résidence dans le département de la Loire-Atlantique pour une durée de quarante-cinq jours, et l'a obligé à se présenter tous les lundis et mardis sauf les jours fériés auprès du commissariat central de Nantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, la somme de 1 700 euros HT en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé et notifié par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision de transfert ;
- le préfet de Maine-et-Loire n'a pas examiné sa situation personnelle et n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité et de ses besoins particuliers ;
- la mesure d'assignation à résidence n'est ni nécessaire ni proportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kubota, conseillère, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-5, L. 614-9 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 mai 2024 à 11 heures:
- le rapport de Mme Kubota, magistrate désignée,
- les observations de Me Neraudau, représentant Mme C qui maintient ses conclusions et moyens, et développe notamment le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de transfert qui est entachée d'un vice de procédure, en ce que le préfet de Maine-et-Loire ne justifie pas que l'agent qui a conduit l'entretien serait une personne qualifiée, et d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que le système espagnol comporte des défaillances systémiques qui font obstacle à son transfert.
Le préfet de Maine-et-Loire, régulièrement convoqué à l'audience, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1997, déclare être entrée irrégulièrement en France le 18 janvier 2024. Elle a présenté une demande d'asile le 31 janvier 2024 auprès du guichet unique de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté n°2024-425 du 26 février 2024, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé le transfert de Mme C auprès des autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté n°2024-1220 du 17 mai 2024 dont Mme C demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé une assignation à résidence à son encontre dans le département de la Loire-Atlantique pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligée à se présenter tous les lundis et mardis, sauf les jours fériés auprès du commissariat central de Nantes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 28 février 2024 régulièrement publié, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme A E, cheffe du pôle régional Dublin et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions relevant de la compétence de son bureau, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers. En outre, les modalités de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, Mme C ne peut utilement soutenir que l'agent notifiant ne serait pas habilité. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'article L. 751-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qu'il vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, et mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C. Il précise, par ailleurs, que Mme C a fait l'objet d'un arrêté portant remise aux autorités espagnoles qui, saisies le 5 février 2024, ont donné leur accord le 9 février 2024, et que l'organisation du transfert de Mme C, qui ne dispose d'aucun moyen lui permettant de se rendre par elle-même en Espagne, ni d'aucune ressource, nécessite qu'elle soit assignée à résidence. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, la requérante entend, pour contester la légalité de l'arrêté litigieux portant assignation à résidence, exciper de l'illégalité de l'arrêté du 26 février 2024 portant remise aux autorités espagnoles.
6. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas, qui n'est pas celui de l'espèce, où l'acte et la décision ultérieure constituent les éléments d'une même opération complexe. Une décision administrative devient définitive à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l'objet d'un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué par lequel le préfet de Maine-et-Loire a assigné à résidence Mme C a été pris sur le fondement de l'arrêté du 26 février 2024 par lequel la même autorité a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cet arrêté a été rejetée par un jugement n°2404053 du 28 mars 2024 du tribunal administratif de Nantes. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la requête en appel produite à l'appui de la présente requête, que la requérante a bien interjeté appel de ce jugement. Par suite, et dès lors que l'arrêté susmentionné n'est pas devenu définitif et que la décision de transfert aux autorités espagnoles qu'il prononce à l'encontre de Mme C constitue le fondement légal de la décision d'assignation à résidence contestée dans le cadre de la présente instance, la requérante est recevable à exciper de l'illégalité de l'arrêté de transfert pris à son encontre.
8. D'une part, si la requérante se prévaut de son état de santé pour démontrer sa particulière vulnérabilité ainsi que des défaillances du système espagnol pour exciper de l'illégalité de la décision de transfert, elle n'assortit pas ce moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. D'autre part, si la requérante, notamment à l'audience, précise que la décision de transfert serait entachée d'un vice de procédure, en ce que le préfet de Maine-et-Loire ne justifie pas que l'agent ayant conduit l'entretien serait une personne qualifiée, s'appuyant notamment sur l'absence de délégation de signature de cet agent, en défense, le préfet établit que les initiales " ML " apposées de manière manuscrite sur le compte rendu, sont celles d'une agente affectée au sein du bureau de l'asile et de l'intégration de la préfecture, secrétaire administrative de classe normale, qui, compte tenu de son grade et de ses fonctions, doit être regardée comme qualifiée en vertu du droit national pour mener un entretien individuel avec un demandeur d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de transfert du 26 février 2024 ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable en vertu de l'article L. 751-4 : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Selon l'article R. 733-1, applicable en vertu de l'article R. 751-4 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
10. D'une part, si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
11. D'autre part, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
12. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est astreinte à l'obligation de se présenter tous les lundis et mardis à 8h, sauf les jours fériés, au commissariat central de police de Nantes. Si elle soutient que l'arrêté ne tient pas compte de sa vulnérabilité et de ses besoins particuliers en tant que demandeuse d'asile, l'intéressée ne faisant état d'aucune contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à ses obligations de présence et de pointage, se prévaut de son état de santé, en produisant une ordonnance lui prescrivant du paracétamol et de l'hydroxyzine ainsi qu'une confirmation de rendez-vous pour le 18 juin 2024 avec un praticien du centre hospitalier de Nantes. Ces éléments sont insuffisants pour démontrer le caractère excessif de la mesure d'assignation ou son incompatibilité avec sa situation personnelle, durant le temps nécessaire à la mise à exécution de la décision d'éloignement. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Neraudau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
La magistrate désignée,
J-K. KUBOTA
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°24076131
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026