mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2407659 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Néraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a prononcé son transfert aux autorités espagnoles ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les meilleurs délais ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités espagnoles :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ; il ne comporte pas le critère de détermination de l'Etat membre responsable ; il ne fait pas apparaitre un examen complet de sa situation et de sa vulnérabilité ;
- il a été pris en méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié que l'entretien individuel ait eu lieu dans des conditions garantissant sa confidentialité et ait été conduit par une personne qualifiée, ayant suivi une formation adéquate ; l'agent ayant conduit l'entretien ne l'a pas interrogée de manière approfondie sur son parcours migratoire, les raisons l'ayant conduite à quitter son pays, les conditions d'accueil en Espagne et la délivrance d'un visa ; l'entretien a été réalisé à une heure particulièrement tardive ; il n'est pas justifié de la compétence de l'agent ayant mené l'entretien ;
- il a méconnu le droit à l'information prévu par les articles 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 13 du règlement n° 2016/679 du 27 avril 2016 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'elle a reçu dès l'introduction de sa demande d'asile, ou, à tout le moins, " en temps utile ", dans une langue qu'elle comprend, les informations prévues à l'article 4, paragraphe 3, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; elle ne lit pas la langue française ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, son état de santé n'a pas été examiné ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement " Dublin III " ; elle est vulnérable, notamment en raison de son état de santé et encourt des risques en cas de transfert vers l'Espagne où il n'est pas possible de d'assurer qu'elle bénéficiera de conditions matérielles d'accueil et d'un accès effectif à la procédure d'asile ;
- il est entaché d'un défaut d'examen du risque de violation des articles 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ni des conditions de sa notification ;
- il est insuffisamment motivé ; il ne vise pas l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il sera annulé par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté de transfert ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, notamment de sa vulnérabilité ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; il n'apparait ni justifié, ni nécessaire, ni proportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L.572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique du 28 mai 2024 à 14h, au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Baufumé, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Néraudau représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, qu'elle développe.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante ivoirienne née le 8 octobre 2002, qui déclare être entrée en France le 20 janvier 2024, y a déposé une demande d'asile le 2 février 2024 et a été mise en possession de l'attestation correspondante le même jour. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 26 avril 2024, notifié le 22 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé le transfert de Mme B aux autorités espagnoles. Par l'arrêté susvisé du 17 mai 2024, notifié le 22 mai suivant, il l'a assignée à résidence. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités espagnoles :
2. En premier lieu, par un arrêté du 28 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation permanente à Mme C D, attachée, cheffe du pôle régional Dublin de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions d'application du règlement " Dublin III " prises à l'égard des ressortissants étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne que la requérante a présenté une demande d'asile à la préfecture de Seine-Saint-Denis le 2 février 2024, que les recherches entreprises sur le fichier Eurodac ont fait apparaître que cette dernière était en possession d'un visa délivré par les autorités espagnoles et en cours de validité au moment du dépôt de sa demande d'asile, que les autorités espagnoles ont été saisies le 9 février 2024 d'une requête en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et que ces autorités doivent être regardées comme responsables de la demande d'asile de Mme B en application des dispositions de l'article 10 de ce même règlement. Ces motifs permettent de comprendre que les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de prise en charge de l'intéressée. D'autre part, l'arrêté attaqué vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprend les éléments essentiels de la situation personnelle de Mme B et précise notamment, d'une part, que cette dernière a déclaré qu'elle était célibataire, qu'elle n'avait pas de membre de sa famille en France et qu'elle n'a pas déclaré qu'elle souffrait de problèmes de santé, et, d'autre part, qu'elle ne présentait pas une vulnérabilité particulière. Ces motifs énoncent de façon suffisamment détaillée les éléments de droit et de fait sur lesquels est fondé l'arrêté attaqué et suffisent à permettre d'identifier le critère du règlement dont le préfet a fait application. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier, et notamment de cette motivation, que le préfet n'aurait pas examiné les facteurs de vulnérabilité de la requérante. Il s'en suit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information /1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: /a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; /b) des critères de détermination de l'État membre responsable (); /c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; /d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert;/e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; /f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune ().3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5(). ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que, le 2 février 2024, Mme B a bénéficié de l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, ainsi qu'en atteste sa signature apposée sans réserve au bas du résumé de cet entretien après qu'elle a déclaré qu'elle avait compris la procédure et que les renseignements la concernant étaient exacts. Lors de cet entretien, les brochures, qui comprennent l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'une protection internationale en vertu de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, lui ont été remises en langue française. Il est précisé, aux termes de sa fiche de " recueil ", qu'elle comprend la langue française. Enfin, si les informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ont été communiquées à la requérante lors de l'enregistrement de sa demande d'asile par les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, en leur qualité de guichet unique des demandeurs d'asile, le 2 février 2024, il ne résulte pas des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que ces informations doivent être délivrées préalablement à l'enregistrement de la demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile. Dans ces conditions, Mme B qui, si elle allègue ne pas lire la langue française, a, comme cela a été souligné ci-dessus, reconnu avoir compris la procédure engagée à son encontre, n'est pas fondée à se prévaloir d'une quelconque méconnaissance des dispositions des articles 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et 13 du règlement n° 2016/679 du 27 avril 2016.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
7. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, il ressort des mentions figurant sur le résumé de l'entretien de Mme B qu'elle a bénéficié, le 2 février 2024, soit avant l'intervention de la décision attaquée, d'un entretien, tel que prévu par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, réalisé à la préfecture de Seine-Saint-Denis. Il ressort également du résumé de cet entretien que l'intéressée a été interrogée sur son parcours migratoire et qu'elle a déclaré qu'elle avait traversé la Côte d'Ivoire, le Maroc puis l'Espagne, qu'elle est célibataire, qu'elle a quitté son pays d'origine le 18 janvier 2024 et qu'elle dispose d'un document d'identité délivré par la Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, et à la lecture de ces éléments, l'absence d'indication de l'identité exacte de l'agent ayant mené l'entretien, dont il est précisé qu'il s'agit d'un agent qualifié de la préfecture de Seine-Saint-Denis et dont les initiales figurent sur le résumé de l'entretien, n'a pas privé la requérante de la garantie tenant au bénéfice d'un entretien individuel et de la possibilité de faire valoir toutes observations utiles. De plus, aucun élément du dossier n'établit que cet entretien, qui a été assuré par un agent habilité de la préfecture qui est réputé qualifié en vertu du droit national au sens des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et dans des conditions qui n'en auraient pas garanti la confidentialité. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 et notamment de l'absence de justification de la compétence de l'agent ayant mené l'entretien ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, Mme B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen actualisé de sa situation, des facteurs de vulnérabilité dont elle fait état, notamment de son état de santé, et des conséquences de son transfert sur son état de santé ainsi que d'erreurs de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé n'a pas été examiné par l'administration. Toutefois, il résulte de la motivation de l'arrêté attaqué, tel que cela ressort du point 3 ci-dessus, que l'arrêté attaqué mentionne que l'intéressée n'a pas déclaré souffrir de problèmes de santé. Par ailleurs, si Mme B soutient souffrir d'un état de santé dégradé et avoir été hospitalisée d'urgence au mois de mars 2024, elle ne l'établit pas. Enfin, il ressort des pièces du dossier que cette dernière a refusé de signer le formulaire de consentement au transfert d'informations médicales aux autorités espagnoles dans le cadre de l'arrêté attaqué. Il suit de là que les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle, d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations ont été reprises par l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En outre, en application de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable/ () ". L'application de ces critères peut toutefois être écartée en vertu de l'article 17 du même règlement, aux termes duquel : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".
10. Il résulte de ces dispositions que si le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit en principe qu'une demande d'asile est examinée par un seul État membre et que cet État est déterminé par application des critères fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application des critères d'examen des demandes d'asile est toutefois écartée en cas de mise en œuvre, soit de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre, soit de la clause humanitaire définie par le paragraphe 2 de ce même article 17 du règlement. Cette faculté laissée à chaque État membre par l'article 17 de ce règlement est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
11. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
12. Mme B soutient qu'elle souffre de problèmes de santé mais n'apporte aucun élément permettant de l'établir. Par ailleurs, la requérante soutient que la décision attaquée n'écarte pas le risque qu'elle subisse de mauvais traitements lorsqu'elle sera de retour sur le territoire espagnol et qu'il existe des raisons de croire à l'existence de défaillances systémiques en Espagne. Elle soutient enfin que sa vulnérabilité, liée à son état de santé, aux persécutions qu'elle a subies dans son pays d'origine, à son parcours migratoire et aux conditions de son accueil en Espagne auraient dû conduire le préfet à faire usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 précité. Toutefois l'Espagne est un Etat membre de l'Union européenne partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des rapports et articles généraux produits par la requérante, que les conditions matérielles d'accueil en Espagne seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure à l'existence de défaillances systémiques ou de risques réels et concrets. Dans ces conditions, l'intéressée, qui n'apporte pas d'élément permettant d'établir l'existence en Espagne, à la date de l'arrêté attaqué, de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, ni qu'en cas de transfert dans ce pays, il existerait un risque qu'elle ne bénéficie pas d'un examen de sa demande d'asile et d'une prise en charge médicale dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile ou des voies de recours existant contre une décision d'éloignement, au niveau national ou européen, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013. Il résulte, enfin, de ce qui vient d'être dit ainsi que de ce qui a été dit aux points 3, 7 et 8 du présent jugement, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen du risque de violation des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en prononçant le transfert de Mme B aux autorités espagnoles.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B dirigées contre la décision de transfert aux autorités espagnoles doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
14. Aux termes de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7. ". Aux termes de l'article L. 751-2 de ce code : " () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. ".
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que le moyen tiré de l'incompétence de Mme D, signataire de l'arrêté attaqué, doit être écarté.
16. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué en date du 17 mai 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a assigné à résidence Mme B pendant quarante-cinq jours dans le département de Maine-et-Loire comporte l'indication des circonstances de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé cette assignation. Dès lors, cet arrêté est régulièrement motivé.
17. En troisième lieu, et en tout état de cause, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas justifié des conditions de notification de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté comme inopérant.
18. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'arrêté du 26 avril 2024 portant transfert de Mme B aux autorités espagnoles doit être écarté.
19. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B, notamment de sa vulnérabilité.
20. En sixième et dernier lieu, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que Mme B est assignée à résidence pour une durée de 45 jours, qu'elle ne peut quitter, sans autorisation, les limites du département de Maine-et-Loire, qu'elle doit se présenter, hormis les jours fériés, tous les lundis et mardis à 8 heures au commissariat de police situé 4 rue du Bordage-Fontaine à Cholet (Maine-et-Loire). Si la requérante soutient que son obligation de pointage présente un caractère disproportionné, elle ne fait pas état de circonstances particulières de nature à établir que cette obligation de se présenter deux fois par semaine, et bien que ces deux jours soient consécutifs, au sein du commissariat central de police à Cholet, ville dans laquelle elle réside ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation et d'injonction, ainsi que la demande tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Néraudau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La magistrate désignée,
A. BaufuméLa greffière,
M-C. Minard
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous comissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026