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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407663

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407663

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 mai et 28 mai 2024, M. G A, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024, notifié le 22 mai suivant, par lequel le préfet de la loire-Atlantique a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;

2°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne justifie pas d'une perspective raisonnable d'éloignement dans un délai de 45 jours ni ne démontre avoir entrepris des démarches pour obtenir un laisser-passer, l'envoi d'un courriel de demande d'identification ne suffisant pas à garantir la délivrance d'un sauf conduit dans les plus brefs délais.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. G A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique du 28 mai 2024 à 14h, au cours de laquelle le rapport de Mme Baufumé a été entendu.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 mai 2024, notifié le 22 mai suivant, le préfet de la Loire-Atlantique a renouvelé l'assignation à résidence, pour une durée de 45 jours, de M. G A, ressortissant sénégalais né le 6 novembre 1986. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet de la Loire-Atlantique a, par un arrêté du 1er mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 4 mars suivant, donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture de la Loire-Atlantique, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions d'assignation à résidence en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. B, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi ni même soutenu que ceux-ci n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Loire-Atlantique a entendu faire application ainsi que les arrêtés du 7 avril 2024 par lesquels ce même préfet a édicté une obligation de quitter le territoire à l'encontre de M. A et l'a assigné à résidence. Il mentionne par ailleurs que l'intéressé ne peut immédiatement quitter le territoire français dès lors qu'il est dépourvu de document d'identité et de voyage et qu'il nécessaire d'obtenir un laisser-passer mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Ainsi, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit et en fait et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : /1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Selon l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

5. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence. L'arrêté attaqué, qui se fonde sur l'existence de l'arrêté du 7 avril 2024 susmentionné par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel le requérant sera renvoyé, et, notamment, sur le fait que l'intéressé justifie, par son adresse domiciliaire, de garanties de représentation suffisantes, satisfait aux conditions prévues à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et apparaît adapté, nécessaire et proportionné à la finalité qu'il poursuit. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'assignation à résidence de M. A est renouvelée pour une durée de 45 jours, qu'il ne peut quitter, sans autorisation, les limites de l'agglomération de Nantes et qu'il doit se présenter les lundis, mercredis et vendredis entre 8 et 9 heures à la brigade de gendarmerie de Sainte-Luce-sur-Loire (Loire-Atlantique). Or le requérant, qui ne conteste pas entrer dans le champ de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point 4, ne fait état d'aucune contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à cette obligation d'assignation à résidence ni n'invoque l'existence d'une activité qui serait spécialement affectée par cette sujétion. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation, ainsi que la demande tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en tout état de cause, à la condamnation de l'Etat au paiement des entiers dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Laplane.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La magistrate désignée,

A. BaufuméLa greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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