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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407803

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407803

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantSELARL BENGONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 mai 2024, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Nantes l'examen de la requête de M. A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 22 mars 2024, M. C A représenté par Me Bengono, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) de constater la caducité de la décision du 3 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

. En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision était compétent ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision du 3 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français était caduque et ne pouvait donc fonder une interdiction de retour sur le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

. En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- la décision est entachée des mêmes vices de légalité externe ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire est irrecevable car cette décision est devenue définitive depuis le 13 mars 2023 ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 30 octobre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, l'arrêté attaqué du 9 mars 2024 ne comportant pas une telle décision.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 et publiée par le décret n° 96-996 du 13 novembre 1996 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 et publié par le décret n° 2009-946 du 29 juillet 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant congolais (République du Congo) né en septembre 1992, est entré en France en septembre 2017. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée. Par des décisions du 3 février 2023, le préfet de la Sarthe a prononcé à son égard une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par une décision du 9 mars 2024, le préfet de police de Paris a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. A demande l'annulation de la décision du 9 mars 2024.

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

2. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, la décision du préfet de police de Paris du 9 mars 2024 a pour unique objet de prononcer à l'égard de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et aucunement de lui refuser un délai de départ volontaire, cette décision ayant assorti l'obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Sarthe du 3 février 2023. Il suit de là que les conclusions de M. A présentées dans la seconde partie de sa requête et dirigées contre la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet de police de Paris empêché par Mme B, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière. Par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

6. La décision attaquée du 9 mars 2024 comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de son insuffisante motivation en fait doit donc être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 9 mars 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de prononcer à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

8. En quatrième lieu, la décision contestée n'ayant pas pour objet de refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants et doivent donc être écartés comme tels.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet le 3 février 2023 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, dont il ressort des pièces du dossier, notamment de la copie d'écran de l'application électronique correspondante, non contestée par le requérant, qu'elle lui a été notifiée. Pour contester la présente interdiction de retour, le requérant fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français du 3 février 2023 serait caduque du fait de l'écoulement d'une année et qu'ainsi, elle ne pouvait légalement fonder l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, il ne résulte d'aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une obligation de quitter le territoire français deviendrait caduque à défaut d'avoir été exécutée à l'issue d'un délai déterminé. Le seul écoulement du temps depuis l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A le 3 février 2023 n'a pas entrainé sa caducité ni eu pour effet, en lui-même, de placer l'intéressé dans une situation juridique définitivement constituée de nature à faire obstacle à ce que la loi attache de nouvelles conséquences juridiques à cette mesure d'éloignement. Par suite le moyen tiré de la caducité de la mesure d'éloignement de février 2023 doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2017 à l'âge de vingt-cinq ans. Il ne justifie plus d'un séjour régulier depuis le rejet de sa demande d'asile. Il est célibataire et sans enfant et ne fait état d'aucune attache familiale particulière en France, se bornant à invoquer des liens amicaux tissés depuis son entrée en France. Dans ces conditions, malgré la circonstance que M. A a travaillé en qualité notamment d'ouvrier agro-alimentaire, en prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, le préfet de police de Paris n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Bengono et au Préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne au Préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2407803

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