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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407815

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407815

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 4ème chambre
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mai 2024 et le 24 décembre 2024, M. F E, représenté par Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation de cet avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requêté.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allio-Rousseau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Allio-Rousseau ;

- et les observations de Me Boezec, avocat du requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F E, ressortissant algérien né le 26 décembre 2003, déclare être entré irrégulièrement en France en 2018. Suite à son interpellation et son placement en garde à vue le 22 mai 2024 pour des faits de détention illicite de stupéfiants, le préfet de la Loire-Atlantique a édicté à son encontre le 23 mai 2024 un arrêté par lequel il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, le préfet de la Loire-Atlantique a, par un arrêté du 1er mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture de la Loire-Atlantique, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire avec ou sans délai, celles fixant le pays de renvoi et celles d'interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi que ceux-ci n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit, notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui la fondent. Le préfet n'a pas à énoncer l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération mais uniquement ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, et alors qu'il n'est pas établi que le requérant aurait porté à la connaissance du préfet de la Loire-Atlantique un éventuel changement dans sa situation personnelle et familiale, il ressort des pièces du dossier et de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a porté un examen complet et sérieux de la situation de M. E avant l'édiction de son arrêté.

5. En troisième lieu, si M. E fait valoir qu'il est entré en France en 2018 irrégulièrement et y réside depuis sans discontinuer, les documents produits ne permettent pas de tenir pour établie une résidence continue de six ans sur le territoire. Il est constant que le requérant ne justifie pas avoir cherché à régulariser son séjour depuis son entrée en France. S'il explique sans en justifier qu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, compte tenu de sa date de naissance le 26 décembre 2003, il ressort du courriel non contesté du consulat d'Algérie à Nantes en date du 30 juillet 2024, consulté par la préfecture de la Loire-Atlantique en vue de la délivrance d'un laissez-passer consulaire, qu'il a été identifié par les services consulaires sous la même identité sauf en ce qui concerne sa date de naissance établie au 4 août 1997. L'ancienneté et l'intensité de sa relation avec une ressortissante française, qui a donné naissance à leur enfant le 22 juin 2024, ne peuvent être regardées comme établies par les pièces produites, que sont des attestations émises par cette dernière et par des proches, des documents d'hospitalisation et de relances de paiement des soins faisant état d'une domiciliation de M. E chez cette ressortissante française à compter de 2022, alors que ce dernier, interrogé précisément à ce propos lors de sa garde à vue, a déclaré être célibataire, sans charge de famille et résider en France chez des amis. Par ailleurs, M. E a indiqué qu'il avait en Algérie ses parents, son frère et sa sœur. Enfin, il est constant qu'outre les faits pour lesquels il a été interpellé, M. E, connu sous plusieurs alias, est défavorablement connu des services de police pour des faits de vols, simple en réunion ou à l'arraché, de recels de biens provenant de vol, pour violation de domicile, de dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion, de détentions non autorisées de stupéfiants, de ports d'armes non autorisés, commis entre le 25 avril 2019 et le 22 mai 2024. Dans ces conditions, alors même qu'il n'aurait pas fait l'objet de condamnations en France, eu égard aux conditions du séjour en France de l'intéressé, aux incertitudes pesant sur son état civil et aux déclarations contradictoires de l'intéressé sur sa situation personnelle et familiale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, l'enfant de M. E n'était pas né à la date de l'obligation de quitter le territoire français attaqué. La légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français s'appréciant à la date de son édiction, M. E ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de destination et sur l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans :

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que M. E n'est pas fondé à soutenir que les décisions du 23 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français seraient illégales en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du même jour.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Boezec et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La magistrate désignée,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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