vendredi 28 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2407816 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | OQTF 6 semaines - 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, M. B A, représenté par Me Pronost, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a retiré son attestation de demande d'asile, fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder à un nouvel examen de sa situation afin de lui délivrer un titre de séjour et ce, dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- sa motivation est insuffisante ;
Sur la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :
- le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions du b) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour considérer qu'il ne bénéficiait plus du droit à se maintenir sur le territoire, dès lors qu'il n'a pas présenté sa demande de réexamen dans le seul but de faire échec à une décision d'éloignement ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet n'a pu légalement fonder sa décision sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de sa décision ; il justifie en effet de sept ans de présence en France ; du fait de son employabilité, il exercera un emploi dès que sa situation administrative le lui permettra ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- il craint pour sa sécurité en Guinée du fait de son homosexualité ; un retour dans ce pays l'exposerait au risque de subir des traitements inhumains et dégradants ; le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 22 novembre 2024, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience du 8 janvier 2025.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 11 mars 1995, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 7 septembre 2018. Il a déposé, le 1er octobre 2018, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) datée du 28 février 2020. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 31 mars 2021. Par un arrêté daté du 21 avril 2021, le préfet de Maine-et-Loire a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le pays de destination. M. A n'a pas déféré à cette obligation et a demandé à l'OFPRA, le 9 octobre 2023, de réexaminer sa demande d'asile. Par une décision du 13 octobre 2023, l'Office a rejeté cette première demande de réexamen comme irrecevable. M. A a saisi la CNDA d'un recours contre cette décision. Toutefois, sans attendre la décision de la CNDA, le préfet de Maine-et-Loire, par un arrêté du 18 décembre 2023, a retiré l'attestation d'asile de M. A, fait obligation à celui-ci de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé la Guinée comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () Lorsque le demandeur : / () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; / () ". L'article L. 542-3 dudit code dispose quant à lui que : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / () ". Aux termes de l'article L. 531-32 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiées et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ". Enfin, l'article L. 531-27 du même code dispose que : " l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 4° Le demandeur ne présente une demande d'asile qu'en vue de faire échec à une mesure d'éloignement ; / () ".
3. M. A fait valoir qu'il n'a jamais reçu l'arrêté du 21 avril 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui avait fait obligation de quitter le territoire français de sorte qu'il ne savait pas qu'il faisait l'objet d'une décision d'éloignement quand il a déposé sa demande de réexamen. Il en déduit que le préfet n'a pu considérer, sans faire une inexacte application des dispositions précitées du b) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa demande de réexamen avait pour unique objectif de faire échec à une décision d'éloignement. Il ressort des pièces produites par le préfet que le pli contenant l'arrêté du 21 avril 2021 a été présenté à l'adresse de M. A le 14 mai 2021, placé en point de retrait pendant quinze jours pour permettre à M. A de le retirer puis, ce dernier n'ayant pas procédé à ce retrait, renvoyé à la préfecture qui l'a reçu le 3 juin 2021. Ainsi, il n'est pas établi qu'à la date à laquelle il a déposé sa demande de réexamen, le requérant avait connaissance de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 21 avril 2021. Pour démontrer que cette demande de réexamen n'a été introduite par M. A que pour faire échec à cette mesure d'éloignement, le préfet de Maine-et-Loire se borne à faire valoir que l'OFPRA a statué sur cette demande en procédure accélérée sur le fondement des dispositions, citées ci-dessus, du 4° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, cette utilisation par l'OFPRA de la procédure accélérée, à la demande du préfet, ne dispense pas celui-ci d'exposer, dans le cadre de la présente instance, les raisons pour lesquelles il a estimé que la demande de réexamen n'avait été introduite par M. A que pour faire échec à une mesure d'éloignement. Faute de préciser ces raisons, le préfet n'établit pas que les conditions de mise en œuvre des dispositions du b° du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles il s'est fondé pour retirer l'attestation de demande d'asile du requérant et prononcer à l'encontre de celui-ci une obligation de quitter le territoire français, sans attendre que la CNDA se soit prononcée sur le recours dont elle était saisie, étaient remplies. Par suite, le moyen tiré par M. A de ce que le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 542-2 dudit code doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 18 décembre 2023 dans son ensemble.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
6. En application de ces dispositions, l'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2024. Son conseil peut donc se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pronost, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution étatique à l'aide juridictionnelle, d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté attaqué du préfet de Maine-et-Loire du 18 décembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pronost, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution étatique à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Pronost.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.
Le magistrat désigné,
L. MARTIN La greffière,
S. BARBERA La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2407816
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026