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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407853

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407853

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, suivie de pièces complémentaires le 12 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Lietavova, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 février 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle réside sur le territoire français depuis plus de six années et qu'elle est mère d'une fille à charge, ainsi que de deux fils qui vivent avec leur père à Cherbourg, dont elle continue de participer à l'entretien et l'éducation par le biais d'envoi de sommes d'argent, d'appels téléphoniques et de visites ; elle entretient ainsi des liens étroits avec ses trois enfants et a entrepris des démarches auprès du juge aux affaires familiales afin que la résidence habituelle de ses deux autres enfants puisse être fixée chez elle ; en outre, cette décision la maintient dans une situation précaire dès lors qu'elle ne peut pas travailler et ne peut subvenir aux besoins de ses enfants, ni les voir régulièrement compte-tenu du coût que cela engendre en terme de déplacement ; elle ne peut par ailleurs pas avoir accès à un logement social.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la compétence de son auteur n'est pas établie ;

* elle est entachée d'erreur de fait en ce que le préfet a retenu que ses fils vivaient au Cameroun à la date de la décision alors qu'ils vivent avec leur père sur le territoire français depuis le 26 janvier 2024 et sont bénéficiaires de visas de long séjour au titre du regroupement familial ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ainsi qu'à celle de ses enfants ; en effet, elle justifie de sa participation à leur éducation et leur entretien et avait engagé les procédures nécessaires afin que ses fils puissent venir en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial ; cette décision a ainsi pour conséquence de séparer sa fille de ses demi-frères en ce qu'elle sera obligée de quitter la France avec elle ; par ailleurs, le préfet n'a pas tenu compte de sa présence sur le territoire français depuis six ans, du suivi de sa formation de secrétaire assistante médico-social, ni de la promesse d'embauche qu'elle a obtenu de la société UNPRIM ; elle s'est ainsi intégrée dans la société française, où se trouve le centre de ses attaches familiales et personnelles ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en ce qu'elle est mère de trois enfants mineurs qui résident tous en France ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, suivi d'une pièce complémentaire le 11 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie.

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 mai 2024 sous le numéro 2407914 par laquelle Mme B A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juin 2024 à 09 heures :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de Me Lietavova, avocate de Mme B A, en sa présence, qui insiste sur la durée de présence en France de cette dernière, attestée par les nombreux documents versés à l'instruction, notamment médicaux. Sur l'erreur de fait, elle soutient que le préfet avait été informé de la présence de ses fils par un précédent conseil. La décision préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation dès lors, notamment, qu'elle a sur le sol français plusieurs membres de sa famille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 28 août 1986, est entrée sur le territoire français le 17 septembre 2017, munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Alors qu'elle s'est vu délivrer le 8 juillet 2019 un titre de séjour en qualité d'étranger malade jusqu'au 7 avril 2020, elle n'en a pas obtenu le renouvellement et a fait le 30 juin 2020 l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, confirmé par le tribunal le 16 février 2022 et la cour administrative d'appel le 17 mars 2023. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 février 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par Mme B A, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter la requête de Mme B A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lietavova.

Copie sera en outre transmise au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 19 juin 2024.

Le juge des référés,

L. Bouchardon

La greffière,

J. DionisLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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