Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée les 24 mai 2024, M. A... G..., représenté par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :
1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler la décision née le 24 mars 2024 par laquelle le sous-directeur des visas a implicitement rejeté le recours formé contre la décision du 10 janvier 2024 de l’autorité consulaire française à Moscou (Russie) refusant à Mme E... F... et aux enfants C... et B... G... la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France, ensemble la décision consulaire du 10 janvier 2024 ;
3°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer des visas d’entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à son profit de la même somme en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent les dispositions de la directive n° 2001/55/CE du 20 juillet 2001 ;
- il a justifié de l’identité de son épouse et de ses enfants.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée pouvait également être fondée sur deux autres motifs, dont il demande la substitution, tirés de ce que les demandeurs ne justifient pas de ressources suffisantes pour financer leurs frais de séjour en France et qu’ils présentent un risque de détournement de l’objet des visa sollicités à des fins migratoires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2001/55/CE du 20 juillet 2001 ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lehembre, conseiller ;
- les conclusions de M. Garnier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. G..., ressortissant ukrainien, est titulaire de la protection temporaire du 6 novembre 2023 au 5 mai 2024. Son épouse, Mme E... F..., et ses enfants, C... et B... G..., ont sollicité la délivrance d’un visa d’entrée et de court séjour en France auprès de l’autorité consulaire française à Moscou (Russie). Par décision du 10 janvier 2024, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite du 24 mars 2024, dont M. G... demande l’annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision de l’autorité consulaire :
Il résulte des dispositions de l’article D. 312-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la décision du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer se substitue à celle qui a été prise par l’autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision implicite née le 24 mars 2024 du sous-directeur des visas s’est substituée à la décision du 10 janvier de l’autorité consulaire française à Moscou. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de refus du sous-directeur des visas.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du sous-directeur des visas de la direction de l’immigration du ministère de l’intérieur et des outre-mer :
En premier lieu d’une part, aux termes de l’article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, est chargé d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (…). ». Aux termes de l’article D. 312-8-1 du même code : « En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ».
D’autre part, aux termes de l’article 21 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas), qui régit intégralement les conditions de délivrance des visas d’entrée et de court séjour au sein de l’espace Schengen : « (…) 3. Lorsqu’ils contrôlent si le demandeur remplit les conditions d'entrée, le consulat ou les autorités centrales vérifient : (…) b) la justification de l’objet et des conditions du séjour envisagé fournie par le demandeur (…). 7. L’examen d’une demande porte en particulier sur l’authenticité et la fiabilité des documents présentés ainsi que sur la véracité et la fiabilité des déclarations faites par le demandeur (…) ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « 1. Sans préjudice de l’article 25, paragraphe 1, le visa est refusé : (…) a) si le demandeur : (…) ii) ne fournit pas de justification quant à l’objet et aux conditions du séjour envisagé (…) b) s’il existe des doutes raisonnables sur l’authenticité des documents justificatifs présentés par le demandeur ou sur la véracité de leur contenu, sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l’expiration du visa demandé. 2. La décision de refus et ses motivations sont communiquées au demandeur au moyen du formulaire type figurant à l'annexe VI (…) ». Parmi les motifs mentionnés à l’annexe VI du règlement, de nature à justifier un refus de délivrance d’un visa de court séjour, figure notamment le motif tiré de ce que « les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé ne sont pas fiables ».
En l’espèce, le sous-directeur des visas s’est approprié, dans sa décision implicite, les motifs opposés par l’autorité consulaire, en application de l’article D. 312-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il résulte des dispositions citées au point 4 que, lorsque la décision de l’autorité consulaire, qui est obligatoirement notifiée au moyen du formulaire figurant à l’annexe VI du règlement, est fondée en fait sur l’un des motifs limitativement énumérés par cette annexe, elle doit être regardée comme étant implicitement mais nécessairement fondée en droit sur l’article 32 du règlement (CE) n° 810/2009, qui renvoie explicitement à cette annexe. Par suite, en s’appropriant l’un des motifs limitativement énumérés par l’annexe VI du règlement (CE) n° 810/2009, dont il fait ainsi application, le sous-directeur des visas motive suffisamment sa décision, en droit comme en fait, au sens et pour l’application de ce règlement. Il s’ensuit qu’en rejetant les demandes de visa de court séjour au motif que les informations communiquées pour justifier l’objet et les conditions du séjour envisagé ne sont pas fiables, l’administration a suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 15 de la directive n° 2001/55/CE du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil : « 1. Aux fins du présent article, lorsque les familles étaient déjà constituées dans le pays d'origine et ont été séparées en raison de circonstances entourant l'afflux massif, les personnes suivantes sont considérées comme membres de la famille: /a) le conjoint du regroupant ou son partenaire non marié engagé dans une relation stable, lorsque la législation ou la pratique en vigueur dans l'État membre concerné traite les couples non mariés de manière comparable aux couples mariés dans le cadre de sa législation sur les étrangers; les enfants mineurs célibataires du regroupant ou de son conjoint, qu'ils soient légitimes, nés hors mariage ou adoptés ; (…) 3. Lorsque le regroupant bénéficie de la protection temporaire dans un État membre et qu'un ou plusieurs membres de sa famille ne sont pas encore présents sur le territoire d'un État membre, l'État membre dans lequel le regroupant bénéficie de la protection temporaire regroupe les membres de la famille qui nécessitent une protection et le regroupant, dans le cas des membres de la famille dont il a acquis l'assurance qu'ils correspondent à la description du paragraphe 1, point a) (…) ». Aux termes de l’article R. 581-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pris pour l’application des dispositions de la directive précitée : « L'étranger admis au séjour en France au titre de la protection temporaire peut demander à être rejoint par un membre de sa famille qui bénéficie de la protection temporaire dans un autre Etat membre de l'Union européenne. /Lorsque la demande concerne le conjoint de l'étranger admis au séjour en France, ses enfants mineurs ou ceux de son conjoint, le préfet de département et, à Paris, le préfet de police l'accepte en fonction des capacités d'accueil respectives des Etats membres intéressés et sous réserve que cet étranger justifie du consentement de sa famille. Dans les autres cas, le préfet de département et, à Paris, le préfet de police statue en fonction des capacités d'accueil et en tenant compte des motifs de nécessité et d'urgence invoqués par les intéressés. »
Il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions figurant sur la décision consulaire et celle du sous-directeur des visas, que l’épouse et les enfants du requérant ont déposé des demandes de visa d’entrée et de court séjour en France, et non de long séjour aux fins d’un établissement familial comme il le soutient dans ses écritures. Dans ces conditions, et alors même qu’il bénéficie de la protection temporaire prévue par la directive n° 2001/55/CE du 20 juillet 2001, M. G... ne peut utilement soutenir que la décision attaquée en méconnaitrait les dispositions. Au demeurant, il résulte des dispositions précitées de l’article R. 581-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la mesure de regroupement doit préalablement avoir été autorisée par le préfet du département de résidence du titulaire de la protection temporaire, que le requérant ne justifie pas avoir saisi à cette fin.
Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, ni d’examiner les substitutions de motifs sollicitées par le ministre en défense, la requête de M. G... doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... G... et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Moreno, conseillère,
M. Lehembre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
Le rapporteur,
P. Lehembre
Le président,
E. Berthon
L’assesseure la plus ancienne,
M. D...
Le président-rapporteur,
A. MARCHAND
L’assesseure la plus ancienne,
M. D...
La greffière,
S. Fournier
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,