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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407917

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407917

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, M. A B, représenté par Me Le Floch, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé d'office, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative,

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

- la décision refusant le renouvellement du titre de séjour est entachée d'illégalité :

o il n'est pas établi que la décision ait été signé par une autorité compétente ;

o la décision est insuffisamment motivée ;

o la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

o la décision est entachée d'une erreur de droit ; dès lors qu'il a demandé la délivrance du titre de séjour initial sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme mentionné dans l'arrêté, le préfet devait examiner sa demande de renouvellement sur le même fondement ;

o la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la vie commune avec sa compagne n'a pas cessé depuis la délivrance du titre de séjour dont il demande le renouvellement ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas établie ; si une carte temporaire de séjour a été délivrée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, la demande de titre de séjour en litige constitue une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 29 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 mai 2024 sous le numéro 2407925 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Specht pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juin 2024 :

- le rapport de Mme Specht, juge des référés, qui a informé les parties présentes, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle qui sont devenues sans objet dès lors que par une décision du 29 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative) a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale ;

- les observations de Me Le Floch, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre que :

o contrairement à ce que soutient le préfet, le litige porte bien sur un refus de renouvellement de titre de séjour pour lequel l'urgence est présumée ; en effet, M. B a été admis au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a formulé une demande de renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " via la plateforme dématérialisée, qui ne permet pas de préciser le fondement du titre de séjour ; les services de la préfecture ont adressé le formulaire relatif à une demande sur le fondement de l'article L. 423-23, mais l'arrêté du préfet vise bien un refus de renouvellement sur le fondement de l'article L. 435-1 ;

o sur le fond, la vie commune est établie ; il produit les mêmes pièces, actualisées, que celles produites pour l'obtention du titre de séjour initial et sa situation familiale n'a pas changé ; il ne peut être inscrit sur le bail de sous-location au nom de sa compagne ; sa domiciliation administrative dans un CCAS n'est pas contradictoire avec le fait qu'il réside chez sa compagne ; il a indiqué qu'il est célibataire car il n'est pas marié ; il vit aux côtés de sa compagne et de la fille de celle-ci depuis 2014, depuis que cette dernière a 6 ans ; plusieurs attestations de voisins confirment sa présence habituelle au domicile ;

- et les observations de M. B.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mongol né le 26 avril 1983 déclare être entré irrégulièrement en France en 2013. Il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié sous une autre identité. Sa demande a été rejetée par une décision du 31 mars 2014 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 10 novembre 2015 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 1er février 2016, il a fait l'objet, sous cette identité, d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Il a ultérieurement été interpelé le 5 septembre 2019 sous cette même identité et a fait l'objet le 6 septembre 2019 d'une deuxième décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Il a sollicité en 2022 son admission exceptionnelle au séjour et s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire valable du 9 mai 2022 au 8 mai 2023. Il a présenté une demande de renouvellement qui a été rejetée par un arrêté du 27 février 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1, la suspension de l'exécution de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 29 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite les conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

En ce qui concerne la situation d'urgence :

4. Il résulte des dispositions précitées que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. B a bénéficié d'une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, du 9 mai 2022 au 8 mai 2023, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Le requérant soutient qu'il a demandé, via la plate-forme dématérialisée de la préfecture, un rendez-vous pour le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sans préciser le fondement textuel. Alors même que le formulaire adressé au requérant pour compléter sa demande concerne un titre de séjour fondé sur les dispositions de l'article L. 423-23 du même code, relatives à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du fait des liens personnels et familiaux en France, il est constant que l'arrêté en litige refuse le renouvellement du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est celui ayant justifié la délivrance du titre de séjour initial. Dès lors, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

6. Le moyen tiré de ce que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. B contenue dans l'arrêté du 27 février 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. L'exécution de la présente décision implique nécessairement que le préfet de la Loire-Atlantique procède au réexamen de la situation de M. B et, dans l'attente, lui délivre une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision à la suite de ce réexamen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal sur la requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais d'instance :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, le versement à Me Le Floch, avocate du requérant, de la somme de 800 euros. Conformément aux dispositions de 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 27 février 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête tendant à l'annulation de la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Le Floch, avocate de M. B, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Floch.

Fait à Nantes le 24 juin 2024.

La juge des référés,

F. SPECHT

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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