mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2408155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024 sous le n° 2408155, M. B A, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, dès lors qu'il ne représente pas une menace d'une particulière gravité pour l'ordre et la sécurité publics, et que les autres conditions édictées par cet article ne sont pas réunies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024.
II. Par une requête enregistrée le 29 août 2024 sous le n°2413293, M. B A, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a renouvelé une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, dès lors qu'il ne représente pas une menace d'une particulière gravité pour l'ordre et la sécurité publics, et que les autres conditions édictées par cet article ne sont pas réunies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Brémond, premier conseiller,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, prononcé une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois et une interdiction de paraitre dans le périmètre entourant le passage de la flamme olympique à Angers le 28 mai 2024 à l'encontre de M. A. Par un arrêté du 8 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a renouvelé la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois à compter du 17 août 2024. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2408155 et 2413293 présentent des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu d'y statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut () faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune () ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / L'obligation prévue au 1° du présent article peut être assortie d'une interdiction de paraître dans un ou plusieurs lieux déterminés se trouvant à l'intérieur du périmètre géographique mentionné au même 1° et dans lesquels se tient un événement exposé, par son ampleur ou ses circonstances particulières, à un risque de menace terroriste () / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre () ".
5. Il résulte de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance prévues aux articles L. 228-2 et suivants ne peuvent être prises qu'à fin de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
6. S'agissant de la première condition, le ministre a estimé dans ses arrêtés du 31 mai 2024 et du 8 août 2024 qu'il existait des raisons sérieuses de penser que le comportement de M. A constituait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics, en se fondant sur le fait que l'intéressé s'est signalé récemment pour son activité sur les réseaux sociaux, en lien avec l'idéologie et la sphère pro-djihadiste, en particulier par l'appartenance à un groupe intitulé " protecteur de la religion " dédié aux partages de photos et vidéos de l'organisation terroriste Daech et qu'ainsi, il témoignait de convictions radicales et de sa proximité avec des individus pro-djihadistes. Par ailleurs, M. A présente des difficultés d'intégration et un profil particulièrement inquiétant en raison de son idéologie religieuse radicale, de ses liens avec des pro-djihadistes et de son appétence pour la violence.
7. S'agissant de la seconde condition, le ministre a estimé que M. A avait apporté son soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes dès lors qu'il avait publié de nombreux contenus sur un réseau social promouvant le djihadisme.
8. D'une part, M. A ne conteste pas avoir été intégré à un groupe pro-djihadiste sur les réseaux sociaux. S'il soutient ne pas avoir intégré volontairement ce groupe, et déclare ne pas en cautionner l'idéologie, sa participation récente à ce groupe, dont il ne pouvait ignorer le contenu, est en tout état de cause établie et atteste de son adhésion à une idéologie religieuse radicale prônant la violence. En outre, il ressort également des pièces du dossier que M. A présente des difficultés d'intégration à la société française, étant déscolarisé depuis juin 2022, sans emploi et sans projet professionnel. M. A est également décrit par un membre de sa famille proche comme un individu passant son temps plus jeune à dessiner des armes à feu ainsi que des scènes d'attentat ou d'exécution. Si le requérant soutient que ces dessins seraient l'expression de scènes de guerre vécues dans son enfance, ils ne peuvent exclure une appétence pour la violence. De surcroit, il ressort de la note des services de renseignement versée au débat contradictoire qu'une visite domiciliaire du logement familial de l'intéressé réalisée le 7 février 2024 a permis la découverte de passeports russes en cours de validité des membres de la famille, obtenus postérieurement à la reconnaissance de leur statut de réfugiés, traduisant ainsi un rétablissement de l'allégeance à un autre pays que la France. Au vu de l'ensemble de ces éléments, le comportement du requérant constitue, dans un contexte de menace terroriste particulièrement élevé, une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics.
9. D'autre part, si M. A déclare que les messages échangés sur le réseau social portaient uniquement sur la situation géopolitique en Syrie, il ressort des pièces du dossier qu'il ne pouvait ignorer le contenu pro-djihadiste de ce groupe, dont l'intitulé et les symboles se référaient à l'organisation terroriste Daech. S'il allègue également avoir quitté spontanément ce groupe pro-djihadiste à la fin de l'année 2023 et ne plus être en contact avec ses membres, il a, par sa participation à ce groupe, contribué de manière récente à la diffusion de messages et de vidéos incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes, et a nécessairement été en contact avec les autres membres de ce groupe. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le ministre aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure en lui imposant la mesure contestée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et à Me Kaddouri.
Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
E. BRÉMOND
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2408155,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026