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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408165

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408165

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408165
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTHULLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2024, M. B A et Mme C A, représentés par Me Thullier, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'autorité consulaire française à Islamabad a implicitement refusé de convoquer Mme C A, ainsi que leurs enfants mineurs, en vue d'enregistrer leur demande de visa ;

2°) " d'enjoindre au consulat de leur permettre de déposer leurs demandes de visa par voie dématérialisée pour leur permettre de se rendre sur le territoire pakistanais pour une durée courte, et ce afin d'éviter tout risque de renvoi vers l'Afghanistan et donc d'identification par les autorités, dans un délai de 15 jours à compter de notification de l'ordonnance à intervenir. A titre subsidiaire, d'enjoindre au consul de faciliter leur comparution devant les autorités consulaires, notamment par l'émission de documents consulaires ou des laissez-passer et de réduire au strict nécessaire le nombre des comparutions, dans un délai de 15 jours à compter de notification de l'ordonnance à intervenir. A titre infiniment subsidiaire, de fixer une date de convocation à l'ambassade préalablement à leur arrivée sur le territoire pakistanais afin de leur permettre de réduire la durée de leur séjour irrégulier sur le territoire pakistanais et donc de limiter les risques de renvois en Afghanistan et d'identification par les autorités afghanes " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. A défaut, à leur profit.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite :

* eu égard à la durée de séparation des membres de la famille ;

* eu égard à leurs conditions de grande précarité ;

* eu égard aux risques encourus pour leur intégrité physique et pour leur vie vis-à-vis des talibans. M. B A est particulièrement inquiet pour sa famille en raison notamment des faits survenus au sein de la famille d'un de ses collègues et ami, lequel travaillait avec lui auprès des autorités afghanes et a obtenu le statut de réfugié en Australie. Les talibans ont enlevé son fils et l'ont lapidé. Il souhaite ainsi limiter les risques d'identification de sa famille par les autorités afghanes. Eu égard aux risques de renvois vers l'Afghanistan depuis le territoire pakistanais, ils souhaitent ainsi limiter la durée de leur séjour au Pakistan et par conséquent les risques de renvois vers l'Afghanistan. Plus ils seront contraints de rester sur le territoire pakistanais dans l'attente d'une convocation, puis, durant l'instruction de leurs demandes de visas et, enfin, dans l'attente de la délivrance de leurs visas, plus les risques de renvois vers l'Afghanistan seront exponentiels. Les services consulaires ne sauraient retarder plus longtemps l'instruction de leurs demandes de visas. Ils ont ainsi alerté les autorités consulaires françaises afin que ces dernières adaptent le protocole de dépôt de demande de visa à leur situation singulière.

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle méconnait la directive 2011/95, les stipulations des articles 3-1, 9-1 et 10-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation : ils tentent depuis plusieurs mois d'enregistrer leurs demandes de visa auprès des autorités consulaires françaises à Islamabad ;

* elle est entachée d'une erreur de droit.

Vu :

- la requête en annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l''article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Eu égard aux conséquences qu'emporte la délivrance d'un visa tant sur la situation du réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire que sur celle de son conjoint et ses enfants demeurés à l'étranger, notamment sur leur droit de mener une vie familiale normale, il incombe à l'autorité consulaire saisie d'une demande de visa au titre de la réunification familiale, accompagnée des justificatifs d'identité et des preuves des liens familiaux des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire, de convoquer ces personnes afin de procéder, notamment, aux relevés de leurs empreintes digitales, puis à l'enregistrement de leurs demandes dans un délai raisonnable.

4. Lorsque, saisie d'une telle demande, l'autorité consulaire s'abstient de convoquer l'intéressé pendant deux mois, soit qu'elle conserve le silence soit qu'elle se borne à formuler une réponse d'attente, le demandeur peut déférer au juge de l'excès de pouvoir la décision implicite refusant de le convoquer. S'il s'y croit fondé, l'intéressé peut assortir son recours en annulation d'une demande tendant à la suspension en référé de l'exécution de cette décision, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ce cas, si les conditions posées par ces dispositions sont remplies, le juge des référés peut enjoindre à l'administration de proposer une date de rendez-vous.

5. En l'espèce, alors qu'il n'est pas contesté que le poste consulaire français à Islamabad fait face à un nombre extrêmement important de demandes de visa, notamment au titre de la réunification familiale, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à l'égalité de traitement entre les demandes dont il est saisi, à laquelle concourt le système automatisé de prise de rendez-vous, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme satisfaite. En tout état de cause, les requérants n'apportent pas d'éléments suffisamment probants sur les conditions de vie des demandeurs de visa en Afghanistan, de nature à justifier que leur situation puisse le cas échéant être étudiée prioritairement à celle d'autres familles ayant également présenté leur demande d'obtention d'un rendez-vous, au surplus au regard de l'adaptation du protocole de dépôt des demandes telle que sollicitée. En l'espèce, la circonstance que les talibans auraient exécuté en 2023 le fils d'un ami de M. B A, avec lequel il travaillait avant sa fuite de l'Afghanistan, ne saurait en l'état démontrer l'imminence des risques allégués. Dès lors, en dépit des affres de la séparation des membres d'une même famille, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme satisfaite.

6. Il résulte de ce que précède que la présente requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B A et de Mme C A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Mme C A et à Me Thuillier.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 10 juin 2024

Le juge des référés,

L. Bouchardon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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