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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408172

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408172

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKHATIFYIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 18 juin 2024, M. B C, représenté par Me Khatifyian, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 mai 2024 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour pour motif familial ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Maine-et-Loire de lui délivrer, en l'attente du réexamen de sa demande, un récépissé de demande de délivrance d'une carte de résident ou de demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge du préfet de Maine-et-Loire la somme de 1 500 euros HT au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ; il se trouve en situation irrégulière et dans l'incapacité de mener une activité professionnelle lui permettant de subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux enfants mineurs ; l'urgence a déjà pu être retenue compte tenu de sa situation, par une ordonnance de ce tribunal en date du 22 mai 2024 et le préfet échoue à démontrer qu'il constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

* elle est insuffisamment motivée en droit comme en fait, au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas sollicité la commission de titre de séjour dans le cadre de l'instruction de sa demande de délivrance d'une carte de résident ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle : le préfet n'a pas tenu compte de sa demande parallèle de délivrance d'une carte de résident en qualité de parent d'un enfant mineur réfugié alors qu'il était soumis à l'injonction de réexaminer la globalité de sa situation administrative ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : le préfet n'établit pas qu'il représente une menace réelle et actuelle et suffisamment pour l'ordre public, en se contentant de se référer aux condamnations pénales dont il a fait l'objet par le passé ;

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces articles, dès lors qu'il remplissait à la fois les conditions de délivrance du titre de séjour sollicité et celles gouvernant la délivrance d'une carte de résident : il est entré sur le territoire français le 22 janvier 2014, soit il y a plus de dix ans ; il est père de deux enfants mineurs nés en France, A C née le 8 février 2016 qui bénéficie du statut de réfugiée en France, et Mariam C née le 10 novembre 2023 ; il est également père d'un enfant majeur ; il contribue activement à l'entretien et l'éducation de ses enfants ; il ne dispose plus d'aucune attache dans son pays d'origine et le centre de ses attaches privées et familiales se situe en France ; son frère réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour pluriannuel et ses parents résident en France également ; il ne constitue pas une menace grave et actuelle à l'ordre public compte tenu de l'ancienneté de ses condamnations pénales et de leur degré de gravité ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors notamment, que les anciennes condamnations dont il a fait l'objet n'ont pas été considérées, lors de l'instruction de ses précédentes demandes de titre de séjour, comme faisant de lui une menace à l'ordre public ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que la cellule familiale sera éclatée et la jeune A se trouvera séparée de son père ;

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête :

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite eu égard au comportement du requérant qui a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales lesquelles commandent, dans l'intérêt de l'ordre public, de maintenir le caractère exécutoire de la décision contestée ;

- aucun des moyens soulevés ne créé de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Echasserieau, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 19 juin 2024 à 10 heures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 24 août 1982, déclare être entré en France le 22 janvier 2014. Il bénéficiait d'un titre de séjour pluriannuel mention vie privée et familiale dont le renouvellement lui a été plusieurs fois accordé. Le dernier titre de séjour en date était valable du 26 avril 2021 au 25 avril 2023. Il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 23 mai 2024 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour pour motif familial.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 4 juin 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. C. Par suite, les conclusions susvisées sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aucun des moyens invoqués par M. C, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour pour motif familial. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter la requête de M. C en toutes ses conclusions.

O R D O N NE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Khatifyian.

Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire

Fait à Nantes, le 24 juin 2024.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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