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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408180

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408180

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juin 2024 et le 22 juillet 2024, M. B E, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen, notamment actualisé, de sa situation personnelle ; l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notamment été édicté dix mois avant la décision ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au préfet d'établir que :

o le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins ;

o l'avis rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration est collégial et issu d'une délibération ;

o les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont délibéré sur la question des conséquences d'un défaut de prise en charge médicale et de la disponibilité du traitement médical du requérant, conformément à l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 qui établit les critères d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

o les signatures apposées par les médecins sur l'avis des médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sont lisibles et présentent des garanties de signatures authentiques conformément aux dispositions de l'article 1367 du code civil et de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

o l'avis est incomplet, n'indiquant pas si des examens complémentaires et vérification d'identité ont été effectués, la durée des soins devant lui être fournis, la disponibilité du traitement ;

o le préfet n'a pas produit la liste des médecins agréés pour émettre des avis et rapports en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour délivré en raison de son état de santé, le préfet doit démontrer soit une amélioration de son état de santé ou une modification de son traitement médical, soit une amélioration des caractéristiques du système de soins au Tchad ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside en France depuis neuf années ; il s'est inséré par le travail, ayant travaillé constamment depuis l'obtention de son titre de séjour l'autorisant à travailler ; il justifie de craintes en cas de retour au Tchad ;

- il était fondé à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait la circulaire du 28 novembre 2012 ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;

- la décision est insuffisamment motivée notamment concernant son état de santé ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle notamment au regard des craintes encourues en cas de retour au Tchad et de la possibilité de demeurer sur le territoire français au titre des circonstances humanitaires ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, notamment au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet s'étant uniquement fondé sur le rejet de la demande d'asile ; le préfet n'avait aucunement accès aux documents produits par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et ne l'a pas interrogé ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'est pas établi qu'il soit admissible dans un autre pays que le Tchad, alors qu'il encourt des risques de persécutions au Tchad, pays dans lequel la situation s'aggrave depuis 2017 ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. E.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 2 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Neraudau, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant tchadien né en juin 1990, est entré en France en octobre 2015. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 20 mai 2016. Son recours contre cette décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 septembre 2018. En octobre 2018, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé et s'est vu délivrer des titres de séjour pour cette raison jusqu'en octobre 2022. M. E a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 7 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à M. E, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. E demande au tribunal d'annuler les décisions du 7 septembre 2023.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet par délégation par Mme C D, cheffe du bureau du séjour. Par un arrêté du 30 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Loire-Atlantique a donné une délégation à la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture à l'effet de signer, notamment au titre du bureau du séjour " - les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire, d'une décision fixant le pays de destination, d'une décision portant sur le délai de retour volontaire () ", et au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement " - les décisions portant obligation de quitter le territoire () / - les décisions fixant le pays de renvoi () ". En cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, l'article 2 de l'arrêté accordait la délégation de signature ainsi accordée à l'adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration. Enfin, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjoint, l'article 3 de ce même arrêté accordait la même délégation " dans les limites des attributions respectives de leurs services ou bureaux " à plusieurs agents, dont Mme D, cheffe du bureau du séjour. Il n'est ni établi ni même soutenu que la directrice des migrations et de l'intégration et son adjoint n'auraient pas été absents ou empêchés. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

4. Le refus de séjour attaqué du 7 septembre 2023 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté. Il en résulte, dès lors que le refus de séjour est suffisamment motivé, et en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français du même jour doit également être écarté. Enfin, la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourrait être éloigné comportant également l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit également être écarté.

5. En dernier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 7 septembre 2023 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. E, notamment au regard de sa situation personnelle, y compris médicale, de la possibilité de lui délivrer un titre de séjour à titre exceptionnel et des risques éventuellement encourus en cas de retour au Tchad, avant d'adopter les décisions attaquées. La seule circonstance que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été émis en novembre 2022 plus de dix mois avant les décisions attaquées ne permet pas à elle seule d'établir que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas examiné la situation notamment médicale de M. E, ce dernier n'établissant ni même n'alléguant que son état de santé aurait sensiblement évolué entre ces deux dates.

Sur le refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Enfin aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme, soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

8. D'une part, il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, produit à l'instance par le préfet de la Loire-Atlantique, que celui-ci mentionne le nom de la médecienne ayant rédigé le rapport médical du 26 octobre 2022, qui, ne faisait pas partie du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant émis un avis sur l'état de santé de M. E. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Les médecins ayant siégé au sein du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont été régulièrement nommés pour y siéger, ainsi que cela ressort des données librement accessibles. Si les cases relatives à la convocation possible de l'intéressé pour examen ou la possibilité de demander des examens complémentaires ou de justifier l'identité ne sont cochées, M. E n'établit ni même n'allègue avoir été convoqué dans ce cadre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, l'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant " qui fait foi du caractère collégial de l'avis jusqu'à preuve contraire, preuve qu'aucun élément du dossier ne vient établir. Par ailleurs, dans le respect des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 21 novembre 2022 en réponse à la saisine du préfet de la Loire-Atlantique mentionne que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, appréciation dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas été effectuée conformément à l'arrêté du 27 décembre 2016. Dans ces conditions, ce collège n'était pas tenu de se prononcer sur la disponibilité éventuelle du traitement dans le pays d'origine de M. E ou sur la durée des soins. Enfin, il ne ressort des pièces du dossier ni que les signatures des médecins de ce collège ne seraient pas authentiques, ni que le procédé de signature ne pouvait pas bénéficier de la présomption de fiabilité prévue par les dispositions combinées de l'article 1367 du code civil. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour pris à son encontre aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

9. D'autre part, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

10. Pour refuser à M. E le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 novembre 2022, lequel a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

11. S'il ressort des pièces du dossier, notamment médicales, que M. E a des troubles digestifs, des troubles psychologiques et a subi en janvier 2022 une intervention chirurgicale à la main, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci ne pouvant découler de la seule circonstance que M. E s'est vu antérieurement admettre au séjour en raison de son état de santé. Il ressort notamment du compte-rendu de consultation de janvier 2023, le plus proche de la décision attaquée, que le bilan notamment digestif de l'intéressé s'est révélé strictement normal, de même que le bilan rhumatologique. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé qu'il ne remplissait plus les conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Si M. E soutient résider en France depuis l'année 2015, il n'y a résidé régulièrement qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile de septembre 2018, et à titre temporaire, en raison de son état de santé, alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 11 du jugement qu'il n'est établi que son état de santé justifie encore la délivrance d'un tel titre de séjour. Par ailleurs, M. E a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, où il ne soutient pas être dépourvu de toute attache privée ou familiale, ne contestant pas les circonstances, relevées par le préfet dans l'arrêté attaqué, selon lesquelles résident toujours au Tchad l'épouse de M. E, son père et ses six frères et sœurs. Dans ces conditions, quand bien même l'intéressé a travaillé lorsqu'il y était autorisé, en refusant de délivrer à M. E un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

15. M. E, qui n'établit pas avoir déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.

16. En quatrième lieu, M. E ne saurait davantage utilement se prévaloir des orientations générales, que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, résultant de la circulaire du 28 novembre 2012, dès lors qu'il ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. E.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 17 du jugement que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision du 7 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale de M. E serait susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, en prononçant une obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

21. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du jugement.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

22. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule quant à lui que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

23. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et dès lors notamment qu'il n'est pas contesté que résident toujours au Tchad l'épouse, le père et les membres de la fratrie de l'intéressé, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du jugement.

24. En second lieu, M. E soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison des heurts entre les autorités tchadiennes et les populations de la région du Ouaddaï et du risque d'extension du conflit au Soudan. Toutefois, les documents produits, constitués d'articles et documents généraux et d'une photographie de participation à une manifestation, ne permettent pas d'établir la réalité des risques personnels allégués. Au demeurant, la demande d'asile présentée par l'intéressé a été rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile de septembre 2018. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance, par la décision fixant le pays de destination, des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Néraudau et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2408180

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