lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2408380 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
| Avocat requérant | BENVENISTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 5 et 6 juin 2024, M. A B, représenté par Me Benveniste, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024, notifié le même jour, par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a renouvelé l'assignation à résidence prononcée à son encontre le 22 avril 2024 pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 7 juin 2024 renouvelable deux fois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle a méconnu le principe du contradictoire et le droit d'être entendu, tel que garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de mesure d'éloignement exécutoire dès lors que celle-ci a implicitement été abrogée à la suite de sa demande de réexamen de sa demande d'asile et la délivrance subséquente d'une attestation de demandeur d'asile ;
- elle méconnaît ces mêmes dispositions en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement ;
- les modalités d'application de la mesure d'assignation sont disproportionnées, au regard notamment de son état de santé ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de sa durée de présence en France et de l'intensité des liens qu'il y a développés.
Le préfet de la région Pays-de-la-Loire, préfet de la Loire-Atlantique a produit des pièces le 6 juin 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. Danet, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Benveniste, avocate de M. B, également présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été reportée au 7 juin 2024 à 12h.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien né le 29 août 1979, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 24 décembre 2021. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été enregistrée le 29 juin 2022. Statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 30 septembre 2022. Son recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a été rejeté par une ordonnance du 29 juin 2023. Par un arrêté du 3 août 2023, pris notamment sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique, lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours, à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il serait légalement admissible. M. B a formulé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 11 septembre 2023. Par une décision du 7 novembre 2023, l'OFPRA, statuant en procédure accélérée sur le fondement du 2° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté cette demande. Par un arrêté du 22 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par un nouvel arrêté du
5 juin 2024, l'autorité administrative a renouvelé cette assignation pour une durée identique, à compter du 7 juin 2024. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
3. D'autre part, aux termes de L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 531-24 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; () ". Aux termes de son article L. 541-2 : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de son article L. 542-1 : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Et aux termes de son article L. 542-2 : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; ().
4. Enfin, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
5. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 1, l'OFPRA, statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a, par décision du 30 septembre 2022, rejeté la demande d'asile de M. B. Son recours contre cette décision devant la CNDA a également été rejeté par une ordonnance du 29 juin 2023. Ainsi, à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français le
3 août 2023, M. B ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-2 du même code et l'autorité administrative a pu ainsi, a bon droit, édicter une telle mesure en se fondant sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 précitées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement, M. B a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été considérée comme recevable et il lui a été délivré par la préfecture de la Loire-Atlantique, le
23 août 2023, une attestation de demande d'asile, en vue d'un examen en procédure accélérée, en application du 2° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En délivrant une telle attestation, valant autorisation provisoire de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a implicitement mais nécéssairement entendu rapporter la décision portant obligation de quitter le territoire français du 3 août précédent. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait édicté une nouvelle mesure d'éloignement à la suite de la dernière décision de l'OFPRA du 7 novembre 2023. Dès lors, en édictant l'arrêté attaqué renouvelant l'assignation à résidence de M. B sur le fondement de la décision du 3 août 2023 et en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais de l'instance :
6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Benveniste, avocate du requérant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 juin 2024 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à Me Benveniste, avocate de M. B, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Benveniste renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Benveniste.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
Le magistrat désigné,
J. DANET
La greffière,
M-C. MINARD
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026