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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408429

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408429

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, Mme B D et M. A D, représentés par Me Chartier, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours préalable contre la décision du 21 février 2024 par laquelle les autorités consulaires françaises à Annaba (Algérie) ont refusé de leur délivrer le visa de court séjour qu'ils sollicitent ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée a pour effet de les empêcher de rendre visite à la grand-mère maternelle de B D, de nationalité française et résidant en France, alors que celle-ci est veuve depuis 2020, isolée et âgée de 69 ans, qu'elle souffre d'un syndrome dépressif depuis la mort de son mari, d'un diabète sévère avec syncope, d'une gonarthrose sévère et d'une insuffisance rénale, et a subi une chute le 12 novembre 2023 qui a nécessité l'intervention du SAMU et entraîne un suivi médical ; ils n'ont pu lui rendre visite depuis deux ans en raison des refus systématiques de leur délivrer un visa, et celle-ci n'est pas en mesure, compte tenu de son état de santé, de se déplacer en France ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un défaut de motivation, en ce qu'ils ont assorti leur recours préalable auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'une demande de communication des motifs de la décision, dès lors, l'absence de réponse de la commission ne leur permet pas de connaître les raisons ayant motivé le refus de délivrer les visas qu'ils sollicitent ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il n'y a aucun risque de détournement de l'objet du visa : ils résident habituellement en Algérie où se situe le centre de leurs intérêts personnels, économiques et familiaux, et disposent des ressources suffisantes pour ne pas être une charge financière pour Mme C ; Mme C justifie elle-même des ressources et d'une superficie de logement suffisants pour accueillir les membres de sa famille chez elle ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : leur dossier est complet, ils souhaitent seulement rendre visite à un membre de leur famille particulièrement vulnérable.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 18 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à la suspension de la décision contestée et s'en remet à la sagesse de la juridiction s'agissant de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 juin 2024 sous le numéro 2408263 par laquelle M. et Mme D demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience puis informées, le 18 juin 2024, de la radiation de l'affaire du rôle de l'audience du 19 juin 2024.

Un mémoire, enregistré le 19 juin 2024, a été présenté par M. et Mme D et a été communiqué dans lequel les intéressés maintiennent leurs conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 20 juin 2024, présentées par le ministre de l'intérieur ont été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants algériens, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision née le 25 mai 2024 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'ils ont formé contre la décision du 21 février 2024 par laquelle les autorités consulaires françaises à Annaba ont refusé de leur délivrer le visa de court séjour qu'ils sollicitent pour rendre visite à un membre de leur famille.

2. Lorsque le juge des référés a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d'engager la procédure prévue à l'article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique. Il en va cependant différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête. Dans ce cas, le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d'audience.

3. Postérieurement à l'introduction de la requête, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que la Commission des recours contre la décision de refus de visa a fait droit au recours de M. et Mme D le 27 mai 2024, et qu'il a, par note diplomatique du 10 juin 2024, donné instruction aux autorités consulaires françaises à Annaba de délivrer les visas de court séjour sollicités par les intéressés. Il produit notamment à l'appui de sa défense les copies des vignettes visa qui ont été délivrées le 20 juin 2024. Ce faisant, le ministre doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement procédé au retrait de la décision contestée. Par suite, les conclusions présentées par M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte, sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 500 (cinq cents) euros au titre des frais exposés par M. et Mme D et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme D aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme D la somme globale de 500 (cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et M. A D, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 21 juin 2024.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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