vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2408676 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M. C, représenté par Me Pollono, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 mars 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un récépissé constatant le dépôt de sa demande de titre de séjour, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande, le tout dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros hors taxes à verser à son conseil par application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée fait obstacle à la régularisation de sa situation administrative, l'empêche de se présenter à ses examens de fin d'études, fixés du 3 au 7 juillet prochains, ainsi que de percevoir l'allocation qui lui a été allouée en tant que travailleur handicapé ; de plus, il bénéficie d'un accompagnement particulier dans le cadre d'un contrat jeune majeur valable jusqu'au 18 septembre 2024, qui ne pourra être renouvelé à défaut d'être muni d'un récépissé constatant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour ; l'urgence de la mesure résulte également de la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service public ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation : le préfet ne pouvait considérer que son dossier de demande de titre de séjour était incomplet dès lors qu'il est dans l'impossibilité de produire des documents relatifs à sa nationalité ; il a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour l'ensemble des pièces démontrant les démarches entreprises pour établir sa nationalité, notamment auprès des autorités italiennes et l'ambassade du Monténégro en France ;
* elle emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation : l'absence d'enregistrement de sa demande de titre de séjour le place dans une situation de particulière vulnérabilité quant à sa prise en charge en qualité de jeune majeur, l'empêche de percevoir l'allocation à laquelle il a droit en qualité de personne handicapée ainsi que de pouvoir se présenter à ses examens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir à la requête, en ce qu'elle est dirigée contre une décision ne faisant pas grief.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 juin 2024 sous le numéro 2408864 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juin 2024 à 14h30 :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- et les observations de Me Pollono, représentant M. C, en sa présence, accompagné de ses enseignants, qui reprend ses écritures à la barre et indique qu'il doit être enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de produire le dossier de demande de titre de séjour du frère du requérant qui doit contenir des pièces permettant d'établir sa nationalité ; par ailleurs, il est précisé que les frais de formation de M. C s'élèvent à environ 10 000 euros et sont pris en charge par les services de protection judiciaire de la jeunesse qui sont susceptibles de financer la scolarité d'un autre élève l'année prochaine si M. C ne peut se présenter à ses examens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 18 mars 2005 en A, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 14 mars 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux ou lorsque la ou les pièces manquantes ne rendent pas impossible l'instruction de la demande de titre de séjour.
3. S'il est constant que M. C n'a pas produit dans son dossier de demande de titre de séjour de documents justifiant de sa nationalité, requis par les dispositions de l'article
R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte, toutefois, de l'instruction qu'il a communiqué l'ensemble des pièces dont il était en possession faisant état des démarches auprès des autorités italiennes et monténégrines, en vue d'établir sa nationalité dont il n'a pas connaissance, étant né A, en 2005, avant l'indépendance du Monténégro, d'un père yougoslave né en A, et d'une mère yougoslave, née à Titograd (Podgorica). En outre, il ne saurait lui être reproché de ne pas avoir initié de démarches en vue de demander le statut d'apatride, dès lors qu'au regard de ces pièces, il ne peut être considéré que A et le Monténégro ne considèreraient pas l'intéressé comme leur ressortissant par application de leur législation. Ainsi, au regard des éléments versés à l'instance, le requérant établit suffisamment être dans l'impossibilité de justifier de sa nationalité, laquelle reste indéterminée. Par ailleurs, M. C soutient, sans être contesté, que le préfet de la Loire-Atlantique a délivré un titre de séjour à son frère, de nationalité italienne et que cette autorité est ainsi en possession de documents susceptibles d'établir sa propre nationalité. En outre, le préfet de la Loire-Atlantique ne démontre pas que l'absence de certitude sur la nationalité monténégrine ou italienne de M. C fait obstacle à l'instruction de sa demande de titre de séjour. Par suite, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, dans les circonstances très particulières de l'espèce, la décision contestée, bien que fondée sur le caractère incomplet du dossier de demande de titre de séjour du requérant, lui fait grief et la présente requête est recevable. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. D'une part, au regard des circonstances évoquées au point 3, le moyen invoqué par M. C à l'appui de sa demande de suspension et tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation, est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
6. D'autre part, il est constant que la décision contestée, en ce qu'elle a pour effet de ne pas munir M. C d'un récépissé constatant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour empêche celui-ci de justifier qu'il est autorisé à demeurer sur le territoire et le cas échéant d'y travailler. La précarité administrative dans laquelle l'intéressé est ainsi placé, alors qu'il est entré sur le territoire national à l'âge de 12 ans, y séjourne depuis près de sept années et démontre sa parfaite insertion en France, est de nature à caractériser l'urgence à statuer sur sa demande. De surcroît, M. C soutient, sans être contredit, qu'en l'absence de délivrance du récépissé litigieux, il ne peut percevoir l'allocation de travailleur handicapé qui lui a été accordée, ni prétendre au renouvellement de son contrat jeune majeur et ne pourra se présenter à ses examens de fin d'études, prévus à partir du 3 juillet 2024, alors qu'il résulte de l'instruction qu'il est un élève sérieux et impliqué, et que faute de valider son diplôme à l'issue de cette année académique, il risque de ne pas être en mesure de l'obtenir, les services de la protection judiciaire de la jeunesse étant susceptibles de financer la scolarité d'un autre élève. Par suite, au regard de l'ensemble de ces circonstances, la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de M. C pour que la condition d'urgence soit considérée comme remplie.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 14 mars 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. C un récépissé constatant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et l'autorisant à travailler, document qui présente un caractère provisoire en ce qu'il ne préjuge pas des suites données à la demande de titre de séjour de l'intéressé, dans un délai de deux jours à compter de sa notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pollono d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 14 mars 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. C un récépissé constatant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de 2 jours à compter de la notification de cette ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono, avocate de M. C, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 28 juin 2024.
La juge des référés,
O. Robert-NutteLa greffière,
M-C. Minard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2408676
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026