mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2408738 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, M. B D et Mme F, agissant en leur nom et en ceux des enfants E D et C D, représentés par Me Pollono, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, née le 13 mai 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours préalable qu'ils ont formé contre les décisions du 4 janvier 2024 par lesquelles les autorités consulaires françaises à Téhéran ont refusé de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme G D et à leurs deux enfants ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer leur demande, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros HT à verser à leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. A défaut, à leur profit.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite :
* au regard de la durée de séparation de la famille, ce qui les place en situation de détresse psychologique avérée, le jeune C, âgé de 10 ans, ayant ainsi récemment tenté de mettre fin à ses jours ;
* au regard de la précarité de leur situation en Iran, pays dans lequel ils sont isolés, dont ils ne connaissent pas la langue, où les ressortissants afghans et notamment les femmes sont particulièrement vulnérables et privés de libertés et où ils risquent l'expulsion vers l'Afghanistan dès l'expiration prochaine de leurs visas, ces derniers ayant été renouvelés jusqu'au 13 août 2024, sans certitude de prolongation ; ils craignent pour leur sécurité en cas de retour dans leur pays d'origine ; par ailleurs, ils ne sont pas médicalement pris en charge en Iran ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : ils remplissent les conditions de délivrance de plein droit d'un visa au titre de la réunification familiale, dès lors qu'ils établissent leurs liens familiaux avec M. B D, par les actes versés à l'instance et en tout état de cause au regard des éléments de possession d'état produits ; si l'OFPRA n'a pas enregistré l'acte de mariage qui unit Mme D à M. D du fait que celle-ci était seulement âgée de quatorze ans au moment des faits, il reconnaît néanmoins leur relation de concubinage ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que les requérants ont manqué de diligences, que les pièces versées ne démontrent pas suffisamment la situation de détresse médicale alléguée, et qu'il sera théoriquement possible à cette famille d'obtenir une deuxième prorogation de visa de 3 mois, jusqu'en novembre 2024.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que la famille n'est pas éligible à la réunification familiale. Force est de constater que les éléments attestant du maintien des liens de M. D avec sa famille sont peu nombreux depuis son entrée en France le 16 juin 2016.
Par une décision du 4 juin 2024, la demande d'aide juridictionnelle formulée par M. et Mme D a été rejetée.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 juin 2024 sous le numéro 2408813 par laquelle M. B D et Mme G D demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juin 2024 à 11 heures :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Pollono, avocate de M. et Mme D, en présence de ce dernier, qui développe notamment le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont la décision en litige est entachée au regard des dispositions des articles L. 561-2 à 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer, lequel s'en rapporte à ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant afghan né le 20 octobre 1992 ayant obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale pour ceux qu'il présente comme son épouse, Mme G D, et ses enfants mineurs, E D et C D. Dans son ordonnance du 2405922 du 23 avril 2024, le juge des référés a rejeté sa requête tendant à la suspension de l'exécution des décisions du 4 janvier 2024 par lesquelles les autorités consulaires françaises à Téhéran ont refusé de délivrer les visas sollicités, en application de la procédure prévue aux dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, motif pris de ce que les éléments versés à l'instance ne permettaient pas de caractériser l'urgence particulière à statuer sur la requête avant l'intervention d'une décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par la présente requête, M. B D et Mme F demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, née le 13 mai 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours préalable qu'ils ont formé contre les décisions consulaires du 4 janvier 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. En l'état de l'instruction, au vu des pièces versées à l'instance, notamment quant à la justification de l'identité des demandeurs de visa et de leurs liens familiaux avec M. B D, le moyen tiré de ce que la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 561-2, L. 561-3 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité. Il n'est par ailleurs pas sérieusement contesté et en tout état de cause justifié par la documentation de cet évènement, que l'enfant C D a tenté de mettre fin à ses jours, mais également que Mme F est isolée avec ses enfants mineurs en Iran, et que les risques que la famille puisse être expulsée de force par les autorités iraniennes et être persécutée, notamment en raison de leurs origines, par les autorités talibanes en Afghanistan, sont désormais avérés à court terme. Il suit de là que les requérants présentent une situation d'urgence suffisamment caractérisée pour que soit remplie la condition prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
4. Il résulte de tout ce qui précède que, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
5. Au regard de ses motifs, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de Mme G D et des enfants E D et C D. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit en revanche besoin de l'assortir de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme globale de 800 euros à verser à M. et Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours préalable formé contre les décisions du 4 janvier 2024 par lesquelles les autorités consulaires françaises à Téhéran ont refusé de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme G D et aux enfants E D et C D est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de long séjour de Mme G D et des enfants E D et C D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'État versera à M. et Mme D la somme globale de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée M. B D, à Mme F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Nantes, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026