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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408812

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408812

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Asile - 15 jours
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, Mme G D C, représentée par Me Lietavova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a prononcé son transfert vers le Portugal en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lietavova de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision de transfert est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les règlements (UE) nos 603/2013 et 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thomas, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-6, L. 614-9 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 juin 2024 à partir de 14h30 :

- le rapport de Mme Thomas, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lietavova, avocate de Mme D C, absente, et en présence de M. B, interprète en langue lingala. Me Lietavova conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève des moyens nouveaux, tirés du défaut d'examen par le préfet de la situation de la requérante, de ce que l'arrêté attaqué est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, et de la méconnaissance par l'arrêté attaqué des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et de l'absence d'accord des autorités portugaises à la prise en charge de la fille de la requérante, née en France le 2 avril 2024.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G D C, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 23 avril 2001, est entrée en France le 24 janvier 2024. Elle a déposé le 29 janvier 2024 une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Loire-Atlantique. La consultation du fichier Visabio a fait apparaître que l'intéressée était en possession d'un visa délivré par les autorités portugaises et périmé depuis moins de six mois à la date de sa demande d'asile. Les autorités portugaises ont été saisies le 2 février 2024 par les autorités françaises au titre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de Mme D C. Les autorités portugaises ont accepté expressément le 25 mars 2024 de se considérer responsable de cette demande. Par un arrêté du 26 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire a ordonné le transfert de D C aux autorités portugaises. La requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations ont été reprises par l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En outre, en application de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable/ () ". L'application de ces critères peut toutefois être écartée en vertu de l'article 17 du même règlement, aux termes duquel : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".

3. Il résulte de ces dispositions que si le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit en principe qu'une demande d'asile est examinée par un seul État membre et que cet État est déterminé par application des critères fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application des critères d'examen des demandes d'asile est toutefois écartée en cas de mise en œuvre, soit de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre, soit de la clause humanitaire définie par le paragraphe 2 de ce même article 17 du règlement.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des différents documents médicaux de suivi de grossesse en France, que Mme D C a accouché d'une fille le 2 avril 2024 à Nantes. Il ressort des pièces du dossier que Mme F C fait l'objet d'une prise en charge médicale en France pour les suites de cet accouchement encore très récent à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la situation de la requérante, jeune mère célibataire ayant été victime de violences, la place, avec son nourrisson, dans une situation de vulnérabilité toute particulière. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de Maine-et-Loire, en écartant la mise en œuvre au bénéfice de l'intéressée, de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 a entaché son appréciation d'erreur manifeste.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision de transfert vers le Portugal de Mme D C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Maine-et-Loire délivre à Mme D C dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, une attestation de demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, la somme de 1 100 euros à verser à Me Lietavova, avocate de la requérante. Ce versement vaudra, conformément à cet article 37, renonciation à ce qu'elle perçoive la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle dont bénéficie Mme D C.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2024 du préfet de Maine-et-Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire d'enregistrer la demande d'asile de Mme F C en procédure normale dans le délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de mille cent (1 100) euros à Me Lietavova en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D C, à Me Lietavova et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La magistrate désignée,

S. THOMAS

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière,

No 240881

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