lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2409162 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, suivie de la production de pièces complémentaires les 28 juin et 1er juillet 2024, M. E A, agissant en son nom et en qualité de représentant légal des enfants C B et F A A, représenté par Me Regent, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'autorité consulaire française à Téhéran a implicitement refusé d'enregistrer et d'instruire les demandes de délivrance de visas de long séjour de ses frères mineurs, C B et F A A ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de convoquer les jeunes C B et F A A pour procéder à l'enregistrement de leur demande et de leur délivrer des quittances de frais de visa, dans un délai de 21 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus d'enregistrement des demandes empêche les enfants de rejoindre leur frère et leur porte gravement préjudice. Alors qu'il a été contraint de quitter l'Afghanistan en novembre 2018, au regard des persécutions dont il était victime, son père a été assassiné du fait de sa fuite. Ses frères sont aujourd'hui gravement menacés.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne repose sur aucune base légale : aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit la possibilité pour le poste consulaire de refuser d'enregistrer et d'instruire une demande de visa de long séjour. Ils tentent d'obtenir un créneau de rendez-vous auprès du poste consulaire depuis le mois de décembre 2023. Malgré de nombreuses relances, le poste n'a donné suite à aucune de leurs demandes de rendez-vous ;
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle méconnaît l'intérêt supérieur des enfants et porte une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête ; à titre principal, en ce qu'elle est irrecevable, dès lors qu'elle ne comporte aucune demande explicite de la part du requérant suite à la réponse automatique apportée par courriel par l'autorité consulaire en date du 29 février 2024 ; à titre subsidiaire, dès lors que la condition d'urgence n'est pas remplie.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2024.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juillet 2024 à 09h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Sachot, substituant Me Regent, avocat de M. A, en sa présence ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité afghane né le 31 décembre 1995, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en France par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du
15 novembre 2021. Les enfants C B et F A A, qui se présentent comme ses frères, ont sollicité les autorités consulaires françaises à Téhéran aux fins de déposer une demande de visas de long séjour. Dans son ordonnance n° 2404510 du 27 mars 2024, le juge des référés a rejeté la requête de M. D tendant à ce que soit ordonné la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'autorité consulaire française a implicitement refusé d'enregistrer la demande de visa de long séjour de ses frères, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 522-3 du code de justice administrative, considérant que l'intéressé ne pouvait être regardé comme démontrant l'existence d'une situation d'urgence. Par la présente requête, arguant de la production d'éléments nouveaux, M. D demande une nouvelle fois au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de ladite décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Eu égard aux conséquences qu'emporte la délivrance d'un visa tant sur la situation du réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire que sur celle de son conjoint et ses enfants demeurés à l'étranger, notamment sur leur droit de mener une vie familiale normale, il incombe à l'autorité consulaire saisie d'une demande de visa au titre de la réunification familiale, accompagnée des justificatifs d'identité et des preuves des liens familiaux des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire, de convoquer ces personnes afin de procéder, notamment, aux relevés de leurs empreintes digitales, puis à l'enregistrement de leurs demandes dans un délai raisonnable.
5. Lorsque, saisie d'une telle demande, l'autorité consulaire s'abstient de convoquer l'intéressé pendant deux mois, soit qu'elle conserve le silence soit qu'elle se borne à formuler une réponse d'attente, le demandeur peut déférer au juge de l'excès de pouvoir la décision implicite refusant de le convoquer. S'il s'y croit fondé, l'intéressé peut assortir son recours en annulation d'une demande tendant à la suspension en référé de l'exécution de cette décision, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ce cas, si les conditions posées par ces dispositions sont remplies, le juge des référés peut enjoindre à l'administration de proposer une date de rendez-vous.
6. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision en litige, M. A fait valoir en se fondant, s'agissant des liens familiaux revendiqués, sur l'atteinte à l'intérêt supérieur des enfants et le droit au respect de la vie privée et familiale, que ses frères mineurs, âgés de 13 et 15 ans, orphelins depuis août 2021, vivent reclus chez leur oncle au regard des menaces dont ils font l'objet de la part des talibans. Toutefois, la seule production de quelques photographies ne saurait permettre, ni d'établir les circonstances dans lesquelles les blessures dont il est fait état ont été occasionnées aux enfants, ni le lien entre ces évènements et la fuite de leur frère aîné de l'Afghanistan, datée de 2018, alors que l'agression dont ils auraient fait l'objet est présentée comme ayant eu lieu le 20 septembre 2023. Alors qu'il est constant qu'un rendez-vous leur avait été fixé par l'ambassade de France à Téhéran le 12 février 2024, qu'ils n'ont toutefois pu honorer, les circonstances ainsi invoquées ne sauraient justifier que leur situation puisse le cas échéant être étudiée prioritairement à celle d'autres familles ayant également présenté une demande d'obtention d'un rendez-vous. Par suite, alors qu'il n'est pas contesté que le poste consulaire français à Téhéran fait face à un nombre extrêmement important de demandes de visa, notamment au titre de la réunification familiale, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à l'égalité de traitement entre les demandes dont il est saisi, à laquelle concourt le système automatisé de prise de rendez-vous, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme satisfaite, en dépit des affres de la séparation des membres d'une famille.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.
Fait à Nantes, le 8 juillet 2024.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
J. DionisLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026