Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 juin 2024, 7 mars 2025, 30 septembre 2025 et 6 mars 2026, Mme B... M..., agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de Mme C... A... et M. N... J..., M. D... A..., M. E... M... et Mme F... A..., représentés par Me Poulard, demandent au tribunal :
d’annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, saisie d’un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 29 décembre 2023 de l’autorité consulaire française à L... (République démocratique du Congo) refusant de délivrer à M. D... A..., M. E... M..., Mme F... A..., Mme C... A... et M. N... J... des visas de long séjour a, à son tour, par une décision implicite, refusé de délivrer les visas sollicités ;
d’enjoindre au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur de faire délivrer les visas sollicités dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation, leur droit à la réunification familiale étant établi, et les éléments de possession d’état confirmant les liens entre Mme M... et les demandeurs ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés, et doit être regardé comme demandant deux substitutions de motifs, tirées, d’une part, de ce que M. D... A... ne peut se prévaloir ni de la qualité de conjoint ni de la qualité de concubin pour bénéficier d’une réunification familiale en application de l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d’autre part, de ce que le jugement d’adoption de M. N... J... serait entaché de fraude.
Un mémoire présenté pour Mme M..., M. D... A..., M. E... M... et Mme F... A... par Me Poulard, a été enregistré le 13 mars 2026 et n’a pas été communiqué.
Mme B... M... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2025, s’agissant des refus de visas opposés à M. D... A..., Mme F... A..., Mme C... A... et M. N... J..., et sa demande a été rejetée s’agissant de la demande de visa de M. E... M.... Par une décision du 24 avril 2026, la demande d’aide juridictionnelle de M. E... M... a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code civil ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme d’Erceville, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique du 11 mai 2026.
Considérant ce qui suit :
Mme B... M..., ressortissante congolaise née le 25 mai 1972, s’est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 16 octobre 2017. Des visas de long séjour ont été sollicités au titre de la réunification familiale pour son concubin, M. D... A..., ses enfants M. E... M..., Mme F... A..., Mme C... A... et M. N... J..., auprès de l’autorité consulaire française à L... (République démocratique du Congo), laquelle a refusé de délivrer les visas sollicités. Saisie d’un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions de refus, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a, à son tour, par une décision implicite, refusé de délivrer les visas sollicités. Les requérants demandent au tribunal l’annulation de cette décision de la commission.
Sur le moyen tiré de la motivation insuffisante :
Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ». Aux termes de l’article L. 211-5 de ce code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article D. 312- 8- 1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ».
Pour refuser la délivrance des visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, qui est réputée s’être appropriée les motifs des décisions consulaires, s’est fondée, s’agissant de la demande de visa de M. E... M..., sur le motif tiré de ce que : « en application des articles L. 561-2 et R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, vous étiez âgé de plus de dix-neuf ans le jour où vous avez déposé votre demande de visa auprès des services consulaires, et vous ne justifiez pas d'un état de dépendance à l'égard de la bénéficiaire de la protection OFPRA ou d'une situation particulière de vulnérabilité ». S’agissant des demandes de visa pour M. D... A..., Mme F... A... et Mme C... A..., le motif opposé par la commission indique que : « en application de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, vos déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale ». Enfin, s’agissant de la demande de visa concernant M. N... J..., le motif opposé est que : « en application de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, votre lien familial allégué avec la bénéficiaire de la protection de l'OFPRA ne correspond pas à l'un des cas vous permettant d'obtenir un visa au titre de la réunification familiale ». La décision attaquée comporte ainsi un exposé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. En conséquence, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
Sur le refus de visa opposé à M. E... M... :
En premier lieu, l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que : « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : (…)3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire.(…) L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ».
Il résulte de ces dispositions que l’âge de l’enfant pour lequel il est demandé qu’il puisse rejoindre son parent réfugié sur le fondement de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c’est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu’aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu’après son enregistrement par l’autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs, lorsqu’une nouvelle demande de visa est déposée après un premier refus définitif, il convient, pour apprécier l’âge de l’enfant, de tenir compte de cette demande, et non de la première demande.
Il est constant que M. E... M... est né le 16 février 2003, et était âgé de vingt ans à la date de la demande de visa dont le refus est contesté. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation concernant le droit à réunification familiale de M. E... M... doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
Les requérants soutiennent que M. E... M... dépend financièrement de sa mère et se trouve dans une vulnérabilité particulière. Il ressort des pièces du dossier qu’il a bénéficié d’une formation à la conduite automobile durant le premier semestre 2023, et il indique aux services consulaires, le 12 septembre 2023, en réponse à une question sur sa profession, qu’il travaille, et qu’il est carreleur depuis deux ans. En outre, M. E... M... n’est pas isolé en République démocratique du Congo, dès lors que sa sœur, Mme G... H..., y réside. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté s’agissant de M. E... M.... En outre, et ainsi qu’il a été dit au point 6, M. M... étant âgé de vingt ans à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme inopérant.
Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l’annulation de la décision de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France en tant qu’elle refuse de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à M. E... M....
Sur le refus de visa opposé à M. D... A... :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue (…) ». Aux termes de l’article L. 561-5 du même code : « Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ».
La commission fonde son refus d’accorder le visa sollicité par M. A... sur le motif tiré de ce que ses déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse en vue d’obtenir un visa au titre de la réunification familiale, en application de l’article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A... n’a produit aucun acte d’état civil à l’appui de son recours contentieux. S’agissant de la possession d’état, il ressort des pièces du dossier que Mme B... M... et M. D... A... ont conclu un mariage coutumier monogamique à L... le 19 février 2005, ainsi que l’indique une attestation du 30 mars 2005 produite par les requérants. M. A... ne peut, dès lors, être regardé comme le conjoint de Mme M... au sens du 1° de l’article L. 561-2 visé au point précédent. Il est constant qu’ils ont eu deux enfants, Mme F... A..., née le 4 mai 2006, et Mme C... A..., née le 25 novembre 2009, et que Mme B... M... a quitté la République démocratique du Congo en 2016. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... M... n’a pas fait mention de son union avec M. D... A... à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et qu’elle a indiqué être célibataire. Si elle produit un certificat médical du 27 janvier 2017 indiquant qu’elle était alors en état de stress post traumatique et dans l’incapacité de faire toute démarche, les requérants ne démontrent pas que des démarches aient été depuis entreprises pour faire enregistrer ce concubinage par l’OFPRA. En outre, les requérants ne démontrent pas un maintien des relations entre Mme B... M... et M. D... A..., entre le départ de Mme M... et le dépôt de sa demande d’asile en France, aucune des pièces produites ne concernant des échanges entre Mme M... et M. A.... Par conséquent, les requérants n’établissent pas entre la réunifiante et M. A... une vie commune suffisamment stable et continue avant la date d’introduction de la demande d’asile, et ne peuvent être regardés comme concubins. Dès lors, les liens familiaux entre Mme M... et M. A... n’étant pas établis, ils ne sont pas fondés à soutenir que la commission a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s’agissant de la demande de visa de M. A....
Sur les refus de visas opposés à Mme F... A... et Mme C... A... :
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission fonde son refus d’accorder les visas sollicités pour Mme F... A... et Mme C... A... sur le motif tiré de ce que les déclarations des demanderesses conduisent à conclure à une tentative frauduleuse en vue d’obtenir des visas au titre de la réunification familiale, en application de l’article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Pour établir l’état civil de Mme F... A... a été produit en réplique un acte de naissance n° 500 enregistré le 19 mars 2019, et indiquant que F... A... est née le 4 mai 2006, la naissance étant déclarée par M. D... A.... En marge de l’acte, il est indiqué que cette déclaration a été faite suivant jugement supplétif d’acte de naissance du tribunal pour enfants de L.../ I... du 13 février 2019. Pour établir l’état civil de Mme C... A..., est produit l’acte de naissance n° 501 enregistré le 19 mars 2019, et indiquant que C... A... est née le 25 novembre 2009, et que sa naissance a été déclarée par M. D... A.... En marge de l’acte, il est également indiqué que la déclaration a été faite suivant jugement supplétif d’acte de naissance du tribunal pour enfants de L.../I... du 13 février 2019. En l’absence de production des jugements supplétifs mentionnés dans ces actes, les états civils de F... et C... A... ne peuvent être considérés comme établis.
Aux termes de l’article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « (…) En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ».
Pour établir, par la possession d’état, la filiation des enfants F... et C..., les demandeurs produisent des justificatifs d’appels téléphoniques entre la réunifiante et sa cousine, Mme K... M.... S’ils soutiennent qu’elle permettait aux enfants d’échanger avec Mme B... M..., cela ne ressort pas des pièces du dossier. De même, il n’est pas établi, par les deux attestations produites, peu circonstanciées, que les versements d’argent de Mme B... M... à Mme K... M... et à Mme G... H... avaient pour objet de subvenir aux besoins des enfants. Dès lors, les éléments communiqués ne suffisent pas à établir la filiation de F... et C... A... par la possession d’état. En conséquence, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation en ce qui concerne le lien de filiation de F... et C... A... doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ».
Ainsi qu’il a été dit aux points 13 et 14, le lien de filiation de Mme F... A... et de Mme C... A... avec Mme M... n’étant pas établi, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l’annulation de la décision de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France en tant qu’elle refuse de délivrer des visas de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme F... A... et Mme C... A....
Sur le refus de visa opposé à M. N... J... :
Ainsi qu’il a été dit aux points 4 et 10, l’article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorise la réunification familiale aux enfants du réunifiant et de son conjoint ou concubin.
Aux termes de l’article L. 463-3 du même code : « Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ».
L’article L. 811-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l’article 47 du code civil. L’article 47 du code civil dispose quant à lui que : « Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ». Il résulte de ces dispositions que la force probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l’acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l’administration de la valeur probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l’ensemble des éléments produits par les parties.
Il n’appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d’une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux et ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
Si la commission de recours oppose à la demande de visa concernant M. N... J... le motif tiré de ce que sa situation ne correspond pas à l’un des cas lui permettant d’obtenir un visa au titre de la réunification familiale, son lien familial avec la requérante n’étant pas établi, il ressort cependant des pièces du dossier que M. J... a fait l’objet d’un jugement du 5 juillet 2021 du tribunal pour enfants de L... / I... n° R. C. 608, prononçant son adoption par Mme B... M..., établissant ainsi que le lien de filiation allégué avec la requérante est de nature à fonder le droit à réunification de M. J.... Dès lors, la commission a fait une inexacte application de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en considérant que le lien familial de M. N... J... avec Mme M... n’est pas établi.
Toutefois, l’administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l’excès de pouvoir que la décision dont l’annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l’auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d’apprécier s’il résulte de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision si elle s’était fondée initialement sur ce motif. Dans l’affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu’elle ne prive pas le requérant d’une garantie procédurale liée au motif substitué.
Pour établir que la décision contestée était légale, le ministre a fait valoir devant le tribunal un nouveau motif fondé sur le caractère frauduleux du jugement d’adoption de M. N... J... par Mme M....
L’article L. 811-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l’article 47 du code civil. L’article 47 du code civil dispose quant à lui que : « Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ». Il résulte de ces dispositions que la force probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l’acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l’administration de la valeur probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l’ensemble des éléments produits par les parties.
Il n’appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d’une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux et ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
Il ressort des pièces du dossier que le jugement portant adoption de M. J... par Mme M... mentionné au point 23 a fait l’objet de deux rectifications. Par un jugement rectificatif d’erreur matérielle rendu le 2 décembre 2024 par le tribunal pour enfants de L... sous la référence RC. 9969, il est précisé que c’est son père qui a consenti à son adoption. Par un second jugement rectificatif d’erreur matérielle rendu le 5 août 2025 sous la référence RC. 10.559, il est précisé que la mère de N... J... est décédée le 10 novembre 2011. La circonstance opposée par le ministre que ces jugements rectificatifs sont postérieurs à la date de la décision attaquée ne les prive pas d’effet, dès lors qu’il s’agit seulement de la rectification d’erreurs matérielles, et n’est pas de nature à entacher le jugement d’adoption de fraude. Par conséquent, il n’y a pas lieu d’accueillir la substitution de motifs sollicitée par le ministre.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que les requérants sont seulement fondés à demander l’annulation de la décision attaquée en tant qu’elle concerne le refus de visa opposé à M. N... J....
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu’un visa de long séjour soit délivré à M. N... J.... Par suite, il y a lieu d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai de trois mois à compter de sa notification, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Mme B... M... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à Me Poulard, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France est annulée uniquement en tant qu’elle refuse la délivrance d’un visa de long séjour à M. J....
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de faire délivrer à M. N... J... le visa sollicité dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à Me Poulard la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... M..., M. D... A..., M. E... M..., Mme F... A..., au ministre de l'intérieur et à Me Poulard.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
Mme d’Erceville, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
La rapporteure,
G. d’Erceville
La présidente,
P. Picquet
La greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,