mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2409503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 7ème chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. A D représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 19 juin 2024 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation de signature ;
- les décisions sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside en France depuis neuf années ; ses cinq frères et sœurs résident en France ; il est père d'un enfant de nationalité française ; il travaille en France et est intégré ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il a fixé en France le centre des attaches privées et familiales ; la décision a pour effet de le séparer de son enfant ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public ; les faits reprochés sont anciens, sa dernière condamnation remontant à février 2019 ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; il a un enfant de nationalité française, dont la mère est également de nationalité française et réside en France ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. D.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- l'accord franco-tunisien relatif aux échanges de jeunes professionnels du 4 décembre 2003 ;
- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, ensemble le protocole relatif à la gestion relatif à la gestion concertée des migrations et le protocole en matière de développement solidaire du 28 avril 2008 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,
- les observations de M. D, qui rappelle qu'il est entré en France depuis 2013, il n'a plus personne dans son pays d'origine ; il a suivi des formations (CAP soudure, etc) en France et y a travaillé ; il était marié en 2014, puis séparé de corps et n'est pas divorcé depuis ; il a un enfant en France et vit avec cet enfant ; il est en couple.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant tunisien né en mars 1994, est entré en France en mars 2015. Par des décisions du 7 décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. D a été interpellé le 18 juin 2024 par les services de la gendarmerie, pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par des décisions du 19 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois. M. D demande l'annulation des décisions du 19 juin 2024.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 19 juin 2024 a été signé, pour le préfet et par délégation par M. B C, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers. Par un arrêté du 28 février 2024, publié le 1er mars 2024, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation au directeur de l'immigration et des relations avec les usagers pour signer, dans le cadre de ses fonctions, toute une série de décisions dont " () h) Les décisions d'éloignement des étrangers (obligations de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, décisions fixant le pays de renvoi, d'interdiction de retour, suppression de délai départ volontaires () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
4. L'obligation de quitter le territoire français du 19 juin 2024 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Si M. D est entré régulièrement en France depuis mars 2015 et a pu bénéficier d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Française, son titre de séjour a expiré en juin 2017, l'intéressé s'étant séparé de son épouse en 2017. M. D s'est maintenu depuis lors sur le territoire français sans solliciter de nouveau titre de séjour. Il réside donc en situation irrégulière depuis juin 2017. Si le requérant a une nouvelle compagne, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué fait suite à l'interpellation de l'intéressé pour des faits de violence conjugales et de la plainte déposée par sa compagne. Si M. D est père d'un enfant français né de sa relation avec sa dernière compagne, il n'apporte à l'appui de sa requête aucun élément de nature à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de son fils ou de nature à établir les liens entretenus avec son enfant. Par ailleurs, il ressort des déclarations de M. D lors de sa garde-à-vue que si plusieurs de ses frères résideraient en France, il a déclaré avoir deux sœurs résidant dans son pays d'origine. Il suit de là et compte tenu des conditions du séjour en France de M. D, qui a par ailleurs été condamné à trois reprises en mars 2016 pour des faits liés aux stupéfiants, le 20 mars 2018 pour des faits de violence commise en réunion, et enfin le 18 février 2019, à cinq ans d'emprisonnement, pour des faits de violence aggravée, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire, et de la nature de ses attaches privées et familiales, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
8. En premier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait l'obligation de quitter le territoire français du 19 juin 2024 doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement.
9. En deuxième lieu, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du jugement.
11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 6 du jugement, que M. D a été condamné à trois reprises. Il a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 30 mars 2016 à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'acquisition non autorisée de stupéfiants, de transport non autorisé de stupéfiants, d'usage illicite de stupéfiants, de détention non autorisée de stupéfiants et d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants commis en août 2015. Il a été condamné le 20 mars 2018 à une peine de 70 heures de travaux d'intérêt général pour des faits de violence commise en réunion en septembre 2017. Il a, en dernier lieu, été condamné le 18 février 2019 à une peine de cinq ans d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée, enlèvement, séquestration et détention arbitraire, suivi d'une libération avant le septième jour, faits commis sur son ancienne compagne. Par ailleurs, en juin 2024, la compagne de M. D a porté plainte contre lui pour des faits de violences conjugales. Dans ces conditions, compte tenu de la répétition et du caractère récent des faits reprochés au requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur d'appréciation.
Sur les décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays d'éloignement, et portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions du 19 juin 2024 refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français seraient illégales en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Kaddouri et au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La magistrate désignée,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2409503
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026