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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409545

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409545

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPAPINEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024, M. B C, représenté par Me Papineau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder à un nouvel examen de sa situation et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'urgence est présumée puisque la décision attaquée constitue un refus de renouvellement de son titre de séjour ; les délais d'audiencement de la requête au fond sont de plus d'un an alors que la décision emporte des incidences graves, directes et immédiates sur sa situation ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

* la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

* la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas produit l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qu'il n'est pas établi qu'un médecin rapporteur ait été désigné ni qu'il ait remis un rapport aux médecins du collège ; il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'OFII ait été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ;

* il n'a pas été procédé à l'examen complet de sa situation ;

* la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour ;

* la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'aura pas accès à une prise en charge effective de son état de santé eu égard aux défaillances du système de santé en Géorgie ; le traitement dont il doit disposer est indisponible dans ce pays ;

* la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juillet 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 juillet 2024 à 9h30 :

- le rapport de M. Huin, juge des référés,

- et les observations de Me Papineau, représentant M. C, en sa présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. S'agissant en l'espèce d'un refus de renouvellement de titre de séjour opposé à un ressortissant géorgien résidant sur le territoire français depuis 2018, la condition d'urgence est, en l'espèce, présumée satisfaite, le préfet de la Vendée ne faisant d'ailleurs valoir aucune circonstance de nature à renverser cette présomption.

4. En second lieu, le moyen tiré de ce que le refus de renouvellement du titre de séjour sollicité méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé, à M. C, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné.

6. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder au réexamen de la demande de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de munir sans délai l'intéressé, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'une astreinte ne soit toutefois nécessaire.

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Papineau d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 9 avril 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de munir sans délai l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Papineau, avocate de M. C, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, au préfet de la Vendée et à Me Cindie Papineau.

Fait à Nantes, le 12 juillet 2024.

Le juge des référés,

F. HUIN

La greffière,

M. A La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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