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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409647

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409647

mardi 28 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGOUILLON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de la Sarthe refusant son admission exceptionnelle au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Sur le fond, le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'absence d'attaches familiales prépondérantes en France et de l'activité professionnelle à temps partiel de la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, Mme A... B..., représentée par Me Gouillon, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d’office à l’issue de ce délai ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir, dans cette attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l’aide juridique.

Elle soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2025, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Besse, président-rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante camerounaise née le 27 octobre 1990, est entrée en France le 23 février 2017, munie d’un visa d’entrée et de court séjour. Elle a sollicité du préfet de la Sarthe son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 28 septembre 2023, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d’office à l’issue de ce délai. Mme B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :


En premier lieu, l’arrêté attaqué du 28 septembre 2023 a été signé par M. Éric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, auquel, par un arrêté du 19 avril 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à l’effet de signer « tous arrêtés, décisions, saisines juridictionnelles, circulaires, rapports, correspondances, documents et avis, relevant des attributions de l’Etat dans le département de la Sarthe » à l’exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l’éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

En second lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ». L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n’institue pas une catégorie particulière de titre de séjour mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.

D’une part, si Mme B... se prévaut de sa durée de séjour en France, depuis six ans à la date de la décision attaquée, et soutient qu’elle y dispose d’attaches familiales, elle ne justifie pas, par la seule présence en France de son frère, ressortissant camerounais, avoir ancré sur le territoire français l’essentiel de sa vie privée et familiale, alors notamment que résident au Cameroun, où elle a elle-même vécu la majeure partie de sa vie, ses deux enfants mineurs. D’autre part, si elle fait valoir qu’elle a travaillé en qualité d’auxiliaire de vie, dans un secteur professionnel en tension, il résulte toutefois des bulletins de salaire versés à l’instance qu’elle a essentiellement travaillé à temps partiel. Dès lors, ces seules circonstances ne suffisent pas à établir l’existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste qu’aurait commise le préfet dans l’appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, l’illégalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour à Mme B... n’étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.

En second lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe n’aurait pas procédé à un examen de la situation de la requérante ou qu’il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

En premier lieu, en l’absence d’illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, Mme B... n’est pas fondée à exciper de l’illégalité de ces dernières à l’encontre de la décision fixant le pays de destination.

En second lieu, la décision attaquée vise l’article L. 721-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et fait état de ce que l’intéressée n’établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée tant en droit qu’en fait. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.


Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D É C I D E :


Article 1er :
La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l’audience du 7 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,
M. Vauterin, premier conseiller,
Mme Gavet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2025.

Le président-rapporteur,

P. BESSE
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,

VAUTERIN
La greffière,

F. MERLET


La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


F. MERLET






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