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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409728

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409728

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Kaddouri, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de Me Kaddouri, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, s'agissant d'un refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que :

. elle a été signée par une autorité incompétente ;

. elle est insuffisamment motivée ;

. elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est mère d'un enfant de nationalité française, né de sa relation avec un ressortissant français, dont elle contribue à l'entretien et à l'éducation, et qu'elle séjournait régulièrement à Mayotte ;

. elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'elle est présente en France métropolitaine depuis le 28 septembre 2023 après avoir régulièrement résidé à Mayotte, et que l'essentiel de ses attaches privées et familiales, constituées de son fils de nationalité française et du père de celui-ci, se situent en France ;

. la décision méconnaît les stipulations de l'article 20 du Traité sur le Fonctionnement de l'Union Européenne (TFUE) ;

. elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, et de l'article 9 de la même convention, en ce qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son fils, né en France, où il a toujours vécu.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que si la condition d'urgence est présumée remplie, aucun des moyens soulevés par Mme B n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors notamment que :

- son signataire dispose d'une délégation de signature régulièrement consentie ;

- elle est dument motivée ;

- la requérante est entrée sur le territoire métropolitain de la France sans être muni du visa prévu par les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ne peut donc prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du même code ;

- la décision, qui n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle au droit de son enfant français à la libre circulation en France, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 20 du Traité sur le Fonctionnement de l'Union Européenne ;

- elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le centre des intérêts privés et familiaux de la requérante se situe à Mayotte, où son enfant a lui-même vécu et été scolarisé, avant de l'être en France seulement depuis un an.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 juin 2024 sous le numéro 2409750, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Besse, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Besse, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 à 9 heures 30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne née le 24 avril 1986, est entrée sur le territoire métropolitain de la France le 28 septembre 2023, en provenance de Mayotte, où elle résidait sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dont la validité territoriale était limitée à Mayotte, valable jusqu'au 26 janvier 2024, en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire, saisi par Mme B d'une demande de renouvellement de son titre de séjour, a refusé de procéder à ce renouvellement. Mme B demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté du 5 avril 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par Mme B, qui n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité et obtenu une autorisation spéciale valant visa telle que prévue à l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, délivrée par le représentant de l'État à Mayotte, pour se rendre, depuis Mayotte, en France métropolitaine, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Kaddouri.

Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 22 juillet 2024.

Le juge des référés,

P. Besse

La greffière,

J. DionisLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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