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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409786

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409786

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2024 et le 25 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai de huit jours et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, ainsi que cela ressort de la motivation de l'arrêté qui ne mentionne pas son homosexualité et mentionne qu'il est célibataire alors qu'il vit en couple depuis plus d'un an ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il soulève les mêmes moyens que ceux soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les personnes homosexuelles sont l'objet de persécutions en Guinée ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il soulève les mêmes moyens que ceux soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,

- les observations de Me Fabre, substituant Me Leroy, représentant M. A qui soutient que :

o M. A, au titre de l'injonction, sollicite la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et non d'une attestation de demande d'asile ;

o le préfet a opposé une obligation de quitter le territoire français à M. A sans examen de la situation alors que sa situation nécessite le maintien sur le territoire français du fait de son orientation sexuelle ; les demandes d'asile du fait de l'orientation sexuelle sont difficiles à juger, compte tenu de motifs très personnels, très intimes ; il est difficile de démontrer une orientation sexuelle notamment quand le demandeur vient d'un pays où il est habituel de la cacher ; M. A produit les éléments matériels pour établir son orientation, en produisant l'attestation de l'association Nosig, auprès de laquelle il va depuis longtemps, et qui témoigne qu'il est en couple ; il a subi un traumatisme, réactivé de plus par la rupture avec son compagnon, qui n'avait pas respecté son souhait de non révélation de son homosexualité ; la simple production des photographies auprès de l'association Nosig augmente les risques encourus en cas de retour en Guinée ;

o la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il travaille depuis son entrée en France malgré son âge ; il a la capacité de se stabiliser en France ; en plus de son travail, il produit des attestations de bénévolat pour aider les plus précaires que lui ;

- et les observations de M. A qui rappelle son orientation sexuelle, qu'il a été maltraité dans son pays, par sa famille et par la population ; il avait rencontré son ancien compagnon au sein de l'association Nosig.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né en juin 2001, est entré en France en octobre 2021. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 janvier 2023. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2023. Par des décisions du 6 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. M. A demande l'annulation des décisions du 6 juin 2024.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

3. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 6 juin 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français. En particulier la circonstance que le préfet n'a pas mentionné explicitement l'orientation sexuelle de l'intéressé et a relevé qu'il était célibataire, ce qu'il est juridiquement, n'est pas de nature à établir ce défaut d'examen.

4. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. A, célibataire et sans enfant, ne réside en France que depuis moins de trois ans et n'a résidé régulièrement dans ce pays qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2023. Séparé de son compagnon, il ne fait pas état d'attaches privées et familiales particulières en France. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de M. A et de la nature de ses attaches privées et familiales, et malgré l'implication professionnelle de l'intéressé ainsi que son implication dans des associations caritatives, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

6. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule quant à lui que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 du jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2024 fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 6 juin 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A, notamment au regard des risques éventuellement encourus, avant de fixer le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

9. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du jugement.

10. En dernier lieu, si les pièces produites par M. A, et notamment le rapport circonstancié rédigé par la bénévole de l'association Nosig au sein de laquelle milite le requérant, bénévole qui atteste également de l'ancienne relation entre M. A et son ancien compagnon, autant que ses déclarations à l'audience publique, permettent de tenir pour établie son homosexualité, la réalité des mauvais traitements et menaces dont il soutient avoir été victime en Guinée n'est pas démontrée. A cet égard, s'il fait valoir qu'il a participé à des manifestations de l'association Nosig au cours desquelles il a été photographié, M. A ne démontre pas que cet évènement aurait reçu une publicité hors de France et aurait ainsi eu des retentissements sur sa situation personnelle. Enfin, en se bornant à soutenir que l'homosexualité est pénalement réprimée en Guinée et que les personnes homosexuelles y sont victimes de traitements discriminatoires, le requérant ne démontre pas davantage, par ces affirmations à caractère général, qu'il serait personnellement exposé à des risques pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine alors qu'en outre sa demande d'asile a été rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2024. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour :

11. L'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ".

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 du jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2024 prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 6 juin 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de prononcer à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

9. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Leroy et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2409786

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